LA CULTURK HELLÉNIQUE EN SICILE ET EN GRANDE GRÈCE
l'a précédée ; c'est ensuite, malgré ces vastes proportions, la lourdeur — majestueuse sans doute mais écrasante — qui caractérise l'esprit dorien; c'est enfin — ce dont les recherches archéologiques ont permis de se rendre compte — la vive polychVomie qui devait égayer ces temples en les rapprochant des vastes palazzi bariolés de Naples et de Païenne. Badigeonnés extérieurement de couleurs éclatantes, ils étaient garnis à l'intérieur de tapisseries à personnages ou de vastes peintures murales : on connaît le péplos qu'Alkisthénès de Sybaris donna vers 520 à Héra Lakinia et les peintures exécutées un siècle plus tard par Zeuxis pour le temple de Crotone. Bientôt remplis sous leurs portiques d'un peuple de statues' — au début du v<^ siècle, Pythagoras de Rhégion y multipliait en bronze les dieux et les coureurs ou .athlètes vainqueurs — •, ces temples, ainsi parés et peuplés, loin de présenter l'aspect auguste et désolé d'aujourd'hui, devaient former comme un étincelant passage entre la vie intense des villes qu'ils dominaient et l'azur ardent et calme qui les surplombait.
Au terme de cet aperçu de ce que la Grèce d'Occident a été dans l'hellénisation et pour l'hellénisme il nous faut rappeler l'attention sur ce que lui doit l'Occident barbare et la Gaule en particulier.
Immense bienfait pour la Grèce elle-même dont elle régénère l'activité, et, surtout, pour l'Occident qu'elle défend contre la barbarie sauvage des populations indigènes et contre la barbarie civilisée des peuples orientalisés — Etrusques et Carthaginois, — pour y faire pénétrer l'idéal hellénique, ancêtre de l'idéal européen.
Grand bienfait pour Rome et la civilisation latine, que ce contact avec l'hellénismo afïine et adoucit, préparant la civilisation gréco-latine qui est la nôtre.
Grand bienfait pour la Gaule ! Car le don de Marseille a été précieux pour l'accession rapide de la Gaule celtique
à la civilisation. Marseille a rayonné sur la vallée du Rhône, pourvu nos rudes ancêtres d'armes et de monnaies, d'objets usuels et d'objets de luxe. Elle a agrandi leurs horizons, préparé leur culture en donnant aux Celtes l'alphabet grec. Educatrice de la Gaule celtique et romaine, foyer intellectuel du Midi, Marseille est une fleur de l'Ionie transplantée sur le sol gaulois ; elle y entretient encore de nos jours la richesse d'imagination et l'esprit entreprenant des navigateurs phocéens. Si Marseille est la reine de la Méditerranée, et, pour nous, par un juste retour du sort, la porte de l'Orient hellénique, africain et asiatique, elle le doit surtout aux bienfaits de son hérédité hellénique — Massalia Graecorum dit encore lâNotitia Dignitaium — elle est le trait d'union entre ces deux génies si apparentés, celui de la France et celui de l'Hellade. Si Marseille n'avait pas été fondée par des Grecs, sans doute elle serait devenue, par la force des choses, une grande ville méditerranéenne, comme Gênes ou Barcelone. Mais nous n'aurions pas la joie d'entendre chanter sur la Cannebière les échos vivants du merveilleux roman d'aventure qui berça l'enfance de la vieille Phocée. Il manquerait à notre pays le sens d'un certain héroïsme, fait d'entrain communicatif et de faconde imperturbable, je veux dire l'héroïsme du héros génial de VOdyssée \
Adolphe Reinach.
1. Cette dernière page reproduit presque textuellement la fin de la conférence de M. G. fougères que ce chapitre remplace.
L'HELLÉNISME ENTRE LA PERSE ET CARTHAGE • LE PREMIER EMPIRE ATHÉNIEN ET LE PREMIER EMPIRE SYRACUSAIN (500-450)
On a vu, dans les deux chapitres précédents, les progrès de l'hellénisme et la jeune vigueur de son expansion colonisatrice. Il nous faut exposer maintenant les raisons pour lesquelles il entra en conflit avec d'autres puissances, les causes de son succès et les résultats de son triomphe dans la politique de la Grèce et du monde méditerranéen.