‹ L'Hellénisation du monde antiqueChapitre 68 sur 157 · EMPIRES D ATHÈNES ET DE SYRACUSE \^'A · texte numérisé non relu

EMPIRES D ATHÈNES ET DE SYRACUSE \^'A

qui dépassait les frontières de l'Empire athénien et de la Grèce, et qu'on pourrait appeler une politique méditerranéenne.

Dans ce tableau que j'ai essayé de tracer de l'Empire athénien et de l'Empire syracusain, j'ai insisté sur le premier, peut-être aux dépens de la symétrie. 11 y a à cela plusieurs raisons. D'abord, en fait, nous connaissons mieux l'histoire d'Athènes que celle de Syracuse, et nous avons pour la première des documents d'une valeur inestimable : Hérodote, Thucydide, les renseignements fournis par les inscriptions attiques. Pour Syracuse au contraire, c'est trop souvent Diodore, Plutarque, des auteurs et des récits douteux qui nous servent de guide. ^.

Ensuite, il y a dans le triomphe d'Athènes, dans l'éclat de ses victoires, dans l'originale organisation de son empire — sans parler de sa suprématie littéraire et artistique, dont nous n'avons pas à parler ici — ■ quelque chose de plus vigoureux, de plus définitif, de plus complètement réalisé que dans les succès siciliens. Après les victoires d'Athènes, la Perse n'exista plus comme empire méditerranéen, sinon par les louches agissements et la corruption diplomatique qui sont la honte de la politique grecque du début du iv^ siècle ; au contraire, Carthage ne fut pas épouvée par la défaite d'Himère, mais seulement avertie, et elle conserva jusqu'aux guerres puniques son rang dans le bassin occidental de la Méditerranée. Et l'impérialisme athénien, les plans et jusqu'aux rêveries de Thémistocle, ont quelque chose de plus grandiose que la prudente politique syracusaine.

Enfin, on ne peut oublier ici les différences de constitution qui séparent les deux cités. Syracuse est une « tyrannie » — ■ avec toute l'aménité et l'esprit civilisateur qu'on peut reconnaître à la plus sympathique des dynasties de li/rannoi grecs ; Athènes, au contraire, faisait, au début des guerres médiques, l'apprentissage laborieux de la liberté. Le bien

que les victoires d'Athènes firent aux principes démocratiques peut se mesurer à ce petit fait que, lorsque la ville de Phocée voulut se donner une constitution, elle copia jusqu'au nom des tribus athéniennes telles que les avait organisées Clisthène. Et c'est peut-être là la dernière raison qui nous inspire pour la jeune république triomphante tant de sympathique admiration. En assurant le salut de l'hellénisme, la jeune république était devenue du même coup l'éducatrice de la Grèce'.

J. Hatzfeld,

AGRÉGÉ DE GRAMMAIRE. ANCIEN MEMBRE DE l'ÉCOLE d'aTHÈNES.

1. Tt,<; 'EHolooz 77a(oe'jaiv, Thuc, II, 41. Ainsi on a pu montrer que le code civil d'Athènes a été peu à peu adtjpté dans la plupart des cités confédérées, voir H. Weber, Attisches Prozessreclit und das atlische Seebund (Padurborn, 1908). De même, le système monétaire d'Athènes s'est imposé à la plupart de ses confédérées (P. Gardner, Journal liellenic Sludies, l'Jl3).

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