‹ L'Hellénisation du monde antiqueChapitre 82 sur 157 · LKS ELEMENTS DU SUCCÈS D ALEXANDRE · texte numérisé non relu

LKS ELEMENTS DU SUCCÈS D ALEXANDRE

Xénophon et de Ktésias n'ont pas d'autre rêve. Alexandre va en faire une réalité.

Si Alexandre a trouvé de l'appui en Grèce, c'est donc, en partie, il faut le reconnaître, pour la même raison qui lui a fait rencontrer devant lui plus de 50.000 mercenaires grecs. Ce ne sont pas les belles pages d'Isocrate qui avaient convaincu ceux qui se mirent à sa solde ; la même cupidité les enflammait. A côté du rôle de ces convoitises, on ne saurait nier d'ailleurs celui d'un enthousiasme sincère qui grandit à travers le monde grec au bruit des premières victoires. Admirateurs — sinon imitateurs — d'Achille, de son courage invincible et de sa magnanimité chevaleresque, les Grecs ne tardèrent pas à reconnaître en ce nouvel Achille le vengeur qu'ils n'avaient cessé de lui rêver.

Ce chef, la Grèce — où Isocrate n'avait guère été suivi quand il s'adressait à Jason de Phères ou à Phihppe de Macédoine, — ce chef, la Grèce, si elle était jamais disposée à le voir en quelqu'un, devait le reconnaître en Alexandre. Descendant d'Achille et d'Héraklès et élève d'Aristote, il n'était pas seulement plus Grec que son père ; il incarnait à beaucoup d'égards l'idéal hellénique.

La Grèce se montrera donc disposée à fournir à Alexandre autant de mercenaires que les trésors conquis lui permettront d'en solder et, surtout, l'appui d'une opinion publique qui le trouvait assez Grec pour voir en lui le vengeur et le champion de l'Hellénisme.

Grâce à Philippe, la Macédoine offrait à Alexandre un instrument de guerre comme l'antiquité n'en avait pas encore connue Un peuple de montagnards, une noblesse de cavaliers, tous, par de séculaires conflits de frontière, autant que par de perpétuelles dissensions féodales, habitués à la guerre, tous également dévoués au roi. Leur nom est tout

1. Sur l'armée et, en général, les batailles d'Alexandre, voir H. Droysen, Unlersuchungen ueber Alexanders lleerwesen (1885) el R. Delhruck, Geschichle der Kriegs/cunsl : I, Uns Alterihum (lo éd.).

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un symbole : ce n'étaient pas ses soldats, mais ses hétaïres^ ses (( compagnons )>. L'infanterie formait, d'une part la phalange des sarissophores, véritable hérisson de fer qu'aucune masse de cavalerie ou de gens de trait ne pouvait ébranler et qu'on peut s'imaginer d'après le carré des lansquenets suisses à Marignan ; d'autre part, les hypaspistes, infanterie légère qu'on lançait à l'attaque. La cavalerie était formée par une ardente noblesse ; l'élite des deux armes constituait les deux agémata, la garde à pied et la garde à cheval; enfin, immédiatement autour du roi, les somatophy laques, autant aides de camp que gardes du corps, tous résolus à mourir pour le sauver. Gomme gens de trait, les peuples voisins du Nord récemment soumis par Philippe, Péoniens, Dardaniens, Thraces et Agrianes lui en fournissaient autant qu'il en pouvait équiper ; comme archers, il était facile de lever autant de Cretois qu'il en pouvait payer. En outre, un remarquable parc de siège — qui avait fait ses preuves aux sièges d'Olynthe et de Périnthe — avec d'excellents commandants du génie et des hématistes et autres fourriers et officiers d'état-major, qui combinaient les étapes et établissaient les camps. Tous les services — étapes et intendance, train, castramétation et ambulance — • furent encore mieux assurés dans l'armée d'Alexandre que dans celle de César. Joignez-y une discipline égale, et une de ces disciplines qui ne sont pas seulement imposées par les règlements mais que les soldats s'imposent à eux-mêmes par conscience et fierté de leur devoir; ajoutez-y un entraînement à la fois physique et militaire qui leur permettait et d'endurer toute les fatigues et de manœuvrer dans toutes les conditions comme à la parade ; ajoutez encore un armement supérieur à celui des ennemis, qui explique et la modicité de leurs pertes et la grandeur de celles de l'ennemi ; ajoutez enfin le dévouement aveugle à leur chef, et vous comprendrez pourquoi Alexandre a si aisément vaincu. Alexandre a suscité chez ses soldats un de ces enthousiasmes qui touchent au fétichisme comme n'en ont connu depuis que César et Napoléon.

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