‹ L'Hellénisation du monde antiqueChapitre 85 sur 157 · LA PREMIÈRE PHASE DES CONQUÊTES D ALEXANDRE · texte numérisé non relu

LA PREMIÈRE PHASE DES CONQUÊTES D ALEXANDRE

20.000 fantassins, Grecs pour la plupart. Cette infanterie donna à peine, tout se réduisant presqu'à une violente mêlée de cavalerie au passage du Granique suivie de la mise en pièces d'une partie des mercenaires (juin 334). Jamais Alexandre ne paya plus de sa personne. Vingt-cinq de ses hétaires tombent autour de lui ; il les fit immortaliser en bronze par Lysippe dans un groupe de cavaliers chargeant dont l'Alexandre d'Herculanum peut donner une idée. Au milieu d'un tel carnage, il resta presque seul indemne : son prestige se confirma avec sa réputation de héros. Elle ne le grisa point. Rien de plus sagement calculé que la suite de ses opérations. Une s'enfonce pas à la poursuite des ennemis en Anatolie ; il lui faut d'abord s'assurer une base d'opérations, tout le ruban des ports grecs qui permettront à sa flotte de coopérer avec son armée et lui ouvriront de rapides communications avec la Grèce. Faisant occuper par Parménion Daskylion, la capitale de la Phrygie hellespontique, il marche sur Sardes que son gouverneur lui livre : au sommet de la plus forte citadelle de la Lydie, tête de la route de Suse, il jette aussitôt les bases d'un temple de Zeus Olympien, dominant celui d'Anaïtis fondé par Artaxerxès ; c'est annoncer à l'Asie qu'elle a passé des dieux de la Perse à ceux de la Grèce.

Et Alexandre réalise cette promesse. S'approchant de la côte ionienne en même temps que sa flotte, il proclame la liberté des cités grecques : partout, les oligarchies ou les tyrannies, soutenues par les armes ou par l'or de la Perse, s'écroulent ; les démocraties acclament de toutes parts le libérateur, qui les exempte du tribut et qui, d'Ephèse, s'occupe, à la façon de Napoléon, de projets grandioses : reconstruction de Smyrne, achèvement des temples d'Ephèse, de Didymes et de Priène, percement de l'isthme de Clazomènes et dé celui de l'Athos.

Cependant, après avoir essayé en vain d'arrêter Alexandre devant Milet, Memnon se préparait en Carie à un grand effort pour le rejeter de l'Asie ou l'y enfermer. Plus que les Perses, les Grecs ont menacé alors la fortune

du Macédonien. Non seulement le siège d'Halicarnasse, qu'Alexandre entreprit aussitôt pour essayer d'écraser dans leur réduit les forces de ses adversaires, lui a coûté presque autant d'efforts qu'en demandera celui de Tyr ; mais, même entré dans la ville au prix de flots de sang, il ne put ni s'emparer de la citadelle, ni, surtout, empêcher la flotte ennemie de rétablir la prépondérance du Grand Roi dans toutes les îles d'Asie, de Rhodes à Ténédos ; Memnon assiégeait Mitylène et s'apprêtait à passer dans la Grèce travaillée par ses émissaires quand sa mort délivra Alexandre du plus redoutable adversaire qu'il devait rencontrer (février 333).

Alexandre ne semble pas s'être ému du danger ; avec une merveilleuse confiance en lui-même, il n'avait pas rétrogradé vers l'Hellespont comme Memnon l'espérait. Divisant son armée en plusieurs corps, il avait combiné ses opérations avec ses généraux de façon à parcourir la haute Phrygie, la Carie, la Lycie, la Pamphylie et la Pisidie, gagnant les uns par les promesses, soumettant les autres par la force. Quand, au printemps de 333, après avoir occupé Kélainai, chef-lieu perse de la Phrygie, il concentre ses troupes à Gordion, l'autre capitale des Midas — à la fois à portée des renforts qui lui arrivaient de Macédoine et sur la « route royale » qui menait à Suse où Darios assemblait ses armées — il était, nominalement au moins, maître de toute l'Asie Mineure, des chaînes de Paphlagonie aux massifs de Cilicie. L'empire des Mida's n'avait jamais été plus étendu ; Alexandre pouvait s'affirmer leur successeur en tranchant le nœud gordien.

Mais Darios approchait, par la même grande route royale dont Gordion était une étape. Par Ancyre où il reçut la soumission de la Paphlagonie, Alexandre se précipite à sa rencontre pour occuper avant lui les portes de Cihcie. La maladie qui l'arrêta à Tarse lui profita en engageant Darios à aller le chercher dans les gorges de Cihcie au lieu de l'attendre dans les plaines de Syrie, où il eût pu déployer son immense armée. C'est entre les défilés du Taurus et ceux

Page 1