‹ L'Hellénisation du monde antiqueChapitre 87 sur 157 · LA SECONDE PHASE DE LA CONQUETE D ALEXANDRE · texte numérisé non relu

LA SECONDE PHASE DE LA CONQUETE D ALEXANDRE

par sa bravoure éclatante, venaient à lui ; il ne lui restait, afin de passer à leurs yeux pour le successeur légitime des Acliéménides, qu'à faire disparaître leur dernier descendant. Aussi le poursuivait-il à travers la Médie, puis, après une halte à Ecbatane (Hamadane), la ville sainte des Mèdes, la plus septentrionale des résidences du Grand Roi, à travers la Parthie et les « portes Gaspiennes » ; il allait l'atteindre aux confins de la Bactriane, quand Bessos, satrape de cette région, qui aspirait à remplacer Darios, assassina son maître. Alexandre ne trouva que son cadavre ; il lui rendit tous les honneurs qui pouvaient lui concilier à lui-même la sympathie des Perses (juillet 330).

Cette sympathie ne lui fit pas défaut alors que les nouvelles d'Occident lui montraient combien peu il pouvait faire fond sur les Grecs : Antipatros, qu'il avait laissé en Macédoine, venait de battre à grand'peine devant Mégalopolis le roi de Sparte Agis à la tête de la plus grande partie des Péloponésiens, tandis que son satrape Zopyrion se faisait tuer par les Gètes et que son cousin, Alexandros d'Epire, tombait sous les coups des Lucaniens. Tous deux avaient été mal soutenus par les villes grecques, Zopyrion par celles deThrace, Alexandros par celles de Grande Grèce. Indigné, Alexandre ne voulut plus être le général de la Ligue de Corintho; il renvoya tous ceux des soldats grecs qui, d'auxiliaires libres, ne voulurent pas devenir ses mercenaires.

Dès lors — • et c'est la seconde phase qui commence — tandis que les Grecs le regardent avec d'autant plus de haine qu'ils se montrent plus serviles, les nobles Iraniens viennent de toutes parts vers Alexandre. Ce n'est pas trahison ou lâcheté ; ils sont sincèrement séduits par sa générosité, enthousiasmés par son audace, émerveillés par sa fortune. Do plus, ils n'ont plus de souverain légitime ; Darios est mort sans héritier désigné ; sans doute Bessos, son meurtrier, a revêtu la tiare; mais, entre le lâche satrape de Bactriane et le prodigieux conquérant de l'Orient, l'aristocratie iranienne ne saurait hésiter. Oxathrès, le frère de Darios, lui donne exemple en devenant hctairos du roi.

192 i/hkllknisation du monde antujue

On verra qu'Alexandre a fait, d'ailleurs, tout ce qu'il fallait pour l'attirer à lui sans se laisser arrêter par l'ombrageuse jalousie des Macédoniens. Dès lors, Alexandre est plus « Grand Roi » que roi de Macédoine, successeur de Darios que fds de Philippe, et c'est justice qiilskandar ait survécu dans la mémoire des Persans autant et plus qu'Alexandre dans celle des Grecs.

C'est comme Grand Roi qu'il va conquérir tout le reste de l'Orient. Parvenu à ce réseau des capitales du monde oriental — qui, de Ninive à Babylone et d'Ecbatane à Suse, forment, aux yeux des Grecs comme les bornes dorées de leur horizon oriental — , il avait bien atteint alors ce qui pour les Grecs était l'extrémité du monde. C'est ce que dit en 330 Eschine dans son Contre Ctésiphon : <( il s'en faut de peu qu'Alexandre n'ait dépassé le monde habité )\ Pourtant, il est à peine à la moitié de sa carrière dans ce merveilleux Eldorado iranien qui a succédé à l'Eldorado de Colchide de ses ancêtres qui découvrirent le Pont. Il était au 50^ degré de longitude alors que, parti du 25^", il ne devait s'arrêter qu'au Ib^ ; il était près du 35*^ degré de latitude alors qu'il avait dépassé, à l'Oasis d'Amon, le 30^ et qu'il devait franchir le 40^ à Samarkand.

Ainsi, comme Grand Roi, Alexandre n'avait encore soumis que la moitié de son Empire. Quand il devint, par la mort de Darios, le monarque de l'Orient, il venait de dépasser Ragae, la plus septentrionale des capitales iraniennes, près de la moderne Téhéran ; il était à 13.000 stades, soit 400 parasanges (cette difïérence entre les unités itinéraires n'est elle pas symbolique de l'immensité de la Perse comparée à la petitesse de la Grèce ?), il était donc à 2.000 kilomètres de la mer Egée ; la même distance le séparait encore de rindus et de l'Hyphase où devaient s'arrêter ses conquêtes et ce n'étaient plus les plaines fluviales et les hauts plateaux d'Anatolie et de Syrie, le Delta ou la Mésopotamie qu'il avait à parcourir, mais le réseau de massifs impénétrables qui s'étendent du Caucase à l'Himalaya, flanqués au Nord des steppes de Scythie, au Sud du littoral désertique

Page 1