LE MORCELLEMENT DE L EMPIRE U ALEXANDRE
de Macédoine auquel il pouvait prétendre comme époux de Phila, fille d'Antipatros (hiver 294-3).
Ce n'était qu'une trêve pour lui. A peine avait-il achevé de soumettre la Béotie au prix d'un double siège de Thèbes, et à peine avait-il restauré dans Athènes son autorité appuyée par une garnison à Mounichya (291), que Lysimachos, revenu de sa guerre danubienne, s'alliait contre lui à Pyrrhos et aux Etoliens (289-8). Attaqué des deux côtés pendant que la flotte de Ptolémée se rendait maîtresse de la mer, et trahi par son armée, Démétrios dut abandonner la Macédoine que Pyrrhos et Lysimachos se partagèrent ; il assiégea en vain Athènes qui avait expulsé sa garnison et dut lever le siège à l'approche de Pyrrhos. Laissant alors à son fds, Antigonos II Gonatas, le soin de défendre les possessions qui lui restaient en Grèce, il passa en Asie, espérant s'y reconstituer un royaume à la faveur de la désaffection générale créée par les rigueurs de Lysimachos et en profitant des grands souvenirs laissés par Antigonos (automne 287). Mais il n'y trouva pas l'appui qu'il escomptait et, serré de près, au nord du Taurus, par Agathocle, au sud par Séleukos, il vit son armée passer peu à peu à l'ennemi. Livré lui-même, il fut interné près d'Apamée sur l'Oronte (hiver 286-5). C'est là que le vin, auquel il se livrait pour se procurer l'oubh, le mena au tombeau en moins de trois ans (283), l'année même où mourait Ptolémée I, le plus obstiné de ses adversaires'.
S'ils avaient encore vécu deux ans, les deux rivaux auraient pu voir la chute du possesseur de cet Etat-tampon que sa position même condamnait à s'écrouler, Lysimachos. Démétrios disparu et Antigonos encore impuissant, c'est Pyrrhos qui lui dispute la Macédoine ; mais la popularité du vieux général d'Alexandre y dépassait trop celle du brillant Epirote pour qu'il put résister. L'Empire de Lysi-
1. DémtHrios Poliorcotc n"a pas encore été l'objet de la monographie qu'il mérite. Mais on tiouvcra tous les faits dans l'art. Uemelrios de la Heal-Enci/clopddie et une roconslitution très heureuse des dernières années de sa vie dans la récente, monographie de Tarn sur son lils [Aniigonos Gnnnias, l"-<1.'îi.
machos s'étendait des Thermopyles au Taurus quand les intrigues de sa jeune femme Arsinoé, en amenant la perte du fils du premier lit, Agathocle, fournirent à Séleukos l'occasion qu'il cherchait pour réunir toute l'Asie sous son sceptre. Il s'avança lentement à travers les places livrées par les partisans d'Agathocle, dont la veuve Lysandra l'accompagnait avec ses enfants et le beau-fils de Lysimachos, Ptolémée Kéraunos : puis, maître de Sardes et de Pergame avec leurs trésors royaux, il vint livrer à Lysimachos, dans la plaine lydienne du Kouros la bataille décisive : Lysimachos resta sur le terrain, et Séleukos fut reconnu dans toute l'Asie Mineure (été 281). Il venait de passer en Europe, méditant de soumettre la Thrace et la Macédoine où il se serait établi laissant l'Asie à son fils Antiochos, quand le dernier survivant des lieutenants d'Alexandre tomba sous le poignard de Ptolémée Kéraunos et, avec lui, le dernier rêve de monarchie universelle que la griserie de la victoire lui avait peut-être fait concevoir (hiver 281-80).
Petit- fils d'Antipatros et beau-frère d'Agathocle, le meurtrier crut se faire de nouveaux titres au trône de Lysimachos en épousant sa veuve Arsinoé qui était sa demisœur. Mais les fils d'Arsinoé et de Lysimachos refusèrent de le reconnaître ; il s'ensuivit cinq ans de guerres intestines, interrompues par les invasions gauloises en 278 : enfin, Antigonos Gonatas, après la disparition de tous ses compétiteurs, réussit à se faire reconnaître roi en Macédoine et en Thrace, tandis qii' Antiochos I^^ s'affermissait dans l'Asie entière et que, d'Egypte, Ptolémée II cherchait à conserver quelques restes des possessions asiatiques de Lysimachos dont il épousait la veuve, sa sœur Arsinoé : mariés selon la coutume pharaonique, le frère et la sœur devenaient les rois « Philadeiphes ».
Cette adoption caractéristique d'une des traditions des vaincus qui répugnaient le plus aux Grecs venant après les morts successives de Ptolémée I^^", de Lysimachos et de Séleukos I^^", peut marquer que l'ère des grands Diadoques était close ; la succession d'Alexandre, si longtemps dis-
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putée, s'était définitivement scindée en trois empires que les Epigones allaient porter à un haut degré de prospérité.
Avant de passer à l'étude de ce que ces trois Empires ont fait pour l'hellénisation et pour l'hellénisme, il faut indiquer comment cette Grèce, qui restait le cœur du monde grec démesurément agrandi, finit, après quelques convulsions, par accepter le nouvel état de choses, et quel rôle elle y a joué : rôle, disons-le tout de suite, qui n'a pas seulement été réduit en soi et ruineux pour la Grèce elle-même, mais qui n'a que trop contribué aux dissensions qui ont causé la ruine politique de l'hellénisme macédonien.
En Grèce, on l'a vu, les intrigues n'avaient pas cessé contre Alexandre tandis qu'il conquérait l'Asie. Pour y mettre un terme apparent, il avait fallu la défaite du roi de Sparte Agis par Antipatros, laissé par Alexandre comme vice-roi en Macédoine ; il avait fallu le généreux pardon accordé par le conquérant à la plupart des mercenaires grecs de Darios ; il avait surtout fallu ses éclatants succès sur les confins de la Scythie et de l'Inde. Dès lors, ce n'est pas l'adulation politique seulement, mais l'imagination populaire qui salue en lui un nouveau Dionysos; Athènes, gouvernée par le modéré Lycurgue, décide de l'honorer comme un dieu (324) et la plupart des cités suivent son exemple, d'autant plus disposées à l'adorer qu'elles escomptent les largesses du nouveau maître des trésors de l'Orient'.
Tout en se montrant généreux envers les envoyés qui vinrent le trouver à Babylone, comme théores — ce qui était le traiter en dieu — Alexandre, désireux d'achever la pacification de la Grèce, et d'y affirmer son autorité au moment
1. Le plus exact i;t plus vivant tableau lie l'iiistuiro alliénicuiic (luteni|is d'Alexanfirc au temps (IpSylhi ;i cli' ddniH' pai W. S. FerfjnMiii, llellenis/ic Alkem (IDli).
HELI.ÉN'ISATION. 1 •'
de revenir vers l'Occident, envoya un de ses officiers lire aux jeux olympiques un décret invitant toutes les villes à rappeler leurs bannis. Cette mesure d'apaisement, aussi politique que généreuse, ne manqua pas d'exaspérer tous les beati possidentes que le retour des bannis pouvait inquiéter, surtout à Athènes et en Etolie. Aussi, à peine la mort d'Alexandre fut-elle connue que, profitant des mercenaires campés au Ténare et des trésors laissés à Athènes par Harpale, le trésorier infidèle d'Alexandre, Athéniens et Etoliens unirent leurs forces en Thessalie; l'éloquence de Démosthène, les talents militaires de Léosthène décidèrent la plupart des nations de la Grèce centrale à s'unir à eux. Devant ces forces combinées, Antipatros, trop inférieur en nombre, dut s'enfermer dans Lamia, en attendant l'arrivée de Kratéros (hiver 323-2). Dégagé par Léonnatos, le satrape de la Phrygie hellespontique, il reparut en Thessalie quand les vieilles bandes de Kratéros les eurent rejoints : une double défaite, sur terre à Krannon, sur mer à Amorgos, mit fm pour jamais à la puissance militaire d'Athènes : il lui fallut livrer ses grands orateurs anti-macédoniens, Démosthène et Hypéride, et recevoir une garnison macédonienne à Mounichya (été 322).
Quand Polyperchon, succédant à Antipatros, chercha des appuis contre Kassandros, il crut opportun de faire proclamer « la liberté » des Grecs, c'est-à-dire la restaura lion des démocraties. Mais, si Athènes s'empressa de rétablir, il n'en fut pas de même ailleurs, et, après avoi assiégé en vain Mégalopolis, Polyperchon abandonna ses projets.Tandis que Kassandros réinstallait à Athènes une oligarchie modérée confiée à Démétrios de Phalère (317), et relevait Thèbes de ses ruines, le reste de la Grèce reprenait son indépendance, sauf Gorinthe et Sicyone occupées parAlexandros, fils de Polyperchon. Kassandros essaya en vain, à deux reprises, d'achever d'établir son hégémonie sur la Grèce du Nord en soumettant les Etoliens qui en devenaient la grande puissance militaire ; Polémaios, neveu d'Antigonos, soutint contre lui les cités du Péloponèse, et l'exclut