‹ L'Hellénisme en FranceChapitre 122 sur 216 · LE VOYAGE LITTÉRAIRE DE GUYS · texte numérisé non relu

LE VOYAGE LITTÉRAIRE DE GUYS

têraire de la Grèce, ou Lettres sur les Grecs anciens et modernes, avec un parallèle de leurs mœurs, par M. Guys, qui, ù titre de Marseillais, avait porté dans l'exploration de ces contrées une sorte de eu* riosité patriotique. Depuis longtemps l'Europe était résignée à l'esclavage de la Grèce, qu elle tenait pour irrémédiable ( 1 ) . 11 est donc piquant de voir un Français, bon connaisseur de grec et de latin, babile et sympathique observateur des hommes et des lieux, relever les Grecs orientaux de ce long discrédit, et, sans réclamer une croisade en leur faveur, établir du moins qu'il paraît encore chez eux, çà et là, quelques étincelles du génie antique ; que si le christianisme y recouvre souvent un fonds de superstition toute païenne, il y entretient aussi de très-solides vertus, par exemple dans ce qui tient aux mariages et à l'hospitalité. C'était encore, si je ne me trompe, la première fois qu'on essayait d'intéresser l'Europe occidentale aux poésies populaires des Hellènes dégénérés, et que Ton recommandait la douceur de leur prononciation à des Français , habitués depuis longtemps à n'en pas pratiquer d'autre que celle des disciples d'Érasme. La seconde édition du livre de Guys nous iutéresse encore par quelques pages écrites

tes lumières de l'observation n étaient pas non plus inutiles en telle matière. D'ailleurs M. Guys est loin d'avoir les prétentions que lui attribue De Pauw.

(1) Voir, dans le Recueil de l'Académie des Inscriptions, t. XV, première partie, le mémoire de Berger de Xivrey Sur une tentative d' insurrection organisée dans le Magne, de 1612 à 1619, au nom du duc de Nevers, comme héritier des droits des Paléologues. Cf. ci-dessus, XXe leçon, p. 50.

de la main d'une femme dont le nom seul réveille des souvenirs bien chers aux lettres françaises: Mme de Chénier, la mère des deux poètes, Grecque de naissance et résidant à Péra, au sein d'une famille nombreuse, avait adressé à M. Guys, qui était son ami, deux lettres empreintes d'un sentiment noble et délicat, sur les danses et sur les funérailles chez les Grecs d'Orient ; il a voulu en faire jouir ses lecteurs. C'est pour nous comme le premier parfum de la grande poésie que bieutôt fera renaître en France le génie d'André Chénier.

Le comte de Choiseul-Gouffier doit aussi être compté parmi les promoteurs intelligents de l'hellénisme en France. Son Voyage en Grèce, dont le premier volume a seul paru avant la Révolution française, éveillait et entretenait le goût de la belle nature et des grands souvenirs de ce pays. D'Ansse de Villoison, qui visita l'Orient de 1785 à 1787, eût fait plus encore, si aux richesses d'une immense érudition il eût joint plus de critique et un senti ment plus fin des choses de l'art. Les quinze volumes de notes qu'il avait amassées, en lisant tous les auteurs anciens pour éclairer et compléter ses observations de voyageur et d'épigraphiste , sont restés inédits (1). Un rapport sommaire, lu à l'Académie des inscriptions et imprimé dans ses Mémoires (2), quelques pages jointes, en 1800, à la relation d'un voyage en Troade par Le Chevalier, et la relation

(1) Dacier, Notice historique sur la vie et les ouvrages de M. de Villoison (Paris, 1806, in-8°), p. 25-27.

(2) Tome XLVII, p. 283, et II, p. 111 de la nouvelle série:

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