‹ L'Hellénisme en FranceChapitre 124 sur 216 · NOMBREUSES TRADUCTIONS D'AUTEURS GRECS · texte numérisé non relu

NOMBREUSES TRADUCTIONS D'AUTEURS GRECS

Auger dans ses efforts pour nous rendre en français tous les orateurs attiques et les harangues extraites des historiens grecs (I); il a manqué au laborieux mais inexact interprète d'Athénée, Lefèvre de Villebrune (2), souvent aussi à Belin de Ballu, qui a repris, après Perrot d'Ablancourt, la difficile tâche de mettre en français toutes les œuvres de Lucien (3).

Au reste, parmi les traductions d'auteurs grecs, qui se multiplient singulièrement dans cette seconde moitié du dix -huitième siècle, il en est plusieurs qui marquent les tendances de l'esprit public. La Vie d'Apollonius de Tyane, par Philostrate, publiée en notre langue, à Berlin, par J. de Gastillon, d'après l'édition anglaise et avec les commentaires de Ch. Blount (1774), a tout à fait l'air d'un pamphlet antichrétien. La même intention semble avoir dirigé les éditeurs du Recueil des Moralistes anciens, dont les premiers volumes contiennent les moralistes grecs (4). La simple curiosité des érudits n'expliquerait pas

(1) Traduction de Démosthène, 1771; d'Isocrate, de Lysias, etc., 1781 et années suivantes ; des Harangues tirées des historiens, 1788. Je remarque que ce dernier ouvrage a été imprimé en vertu d'une décision de l'Académie des belles-lettres, qui en a « cédé le privilège à l'abbé Auger, académicien », le 6 juillet 1787.

(2) Paris, 1789, de l'Imprimerie de Monsieur (5 vol. in-4°). Schweighœuser, dans la préface de sa riche édition du texte d'Athénée, relève avec sévérité l'injuste rigueur du jugement de Yillebrune sur Casaubon (voir la fin de notre IXe leçon).

(3) Paris, 1788, six volumes in-8°, contenant une collation, fort imparfaite, il est vrai, des manuscrits de Lucien.

(4) Paris, 1785-1792. Un recueil semblable et en français paraissait vers le même temps à Dresde.

comment le Manuel d'Épictète fut imprimé près de vingt fois en français, de 1700 à 1803, et comment il trouva chez nous jusqu'à sept traducteurs après André Dacier (1); comment une de ces traductions, celle de Desforges, publiée en 1796, est en vers français, « à l'usage de l'adolescence et de la jeunesse ». Le mouvement philosophique du siècle portait la morale à se séculariser par un retour aux traditions grecques. Il allait plus loin lorsqu'il poussait l'école des athées, présidée par le célèbre d'Holbach, à publier sous le nom de Fréret, dont les écrits authentiques étaient alors presque tous inédits, des ouvrages hostiles au christianisme, comme la Lettre de Thrasybule à Leucippe et Y Examen critique des apologistes de la religion chrétienne. Voltaire était dans le secret de cette conspiration, qui n'a été pleinement éclairci que de nos jours (2).

Le nom de Fréret nous ramène aux travaux de critique et d'érudition. Dans cet ordre, ce sont de fort estimables ouvrages que les deux Vies de Julien (1734, 1746, 1776) et de Jovien (1748, 1750, 1776), par La Bletterie ; que les Recherches sur Hérodote, par Bouhier (1746) ; que les Vies des orateurs grecs, par Burigny (1752) ; que Y Examen critique des Jus-

(1) Voir Hoffmann , Lexicon bibliographicum scriptorum grxcorum, t. II, p. 143.

(2) Les apocryphes en question sont reproduits dans l'édition des Œuvres de Fréret, par MM. de Septchènes et Naigeon (Paris, 1796, 20 vol. in-18). Voir le Rapport au sujet des manuscrits inédits de Fréret, lu à l'Académie des inscriptions, en 1850, par M. Walckenaer, son secrétaire perpétuel, et inséré au tome XVI de la 2e série de ses Mémoires.

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