DÉFAUTS DE CETTE MÉTHODE
d'ailleurs sensées, contre l'usage du chœur dans la tragédie (chap. lxxi) ne saurait guère être un critique ancien , et l'ou est bien près de croire qu'il a lu certaines pages de Voltaire sur la théorie du drame. Un anachronisme moins grave, mais enûn un anachronisme, c'est de prêter à un Athénien du temps de Philippe une définition de l'Églogue (chap. lxxi), qui serait tout au plus à sa place un siècle après, c'est-à-dire au temps de Théocrite. L'imagination poétique, telle qu'elle est décrite au début d'un entretien sur la poésie (chap. lxxx) semble n'avoir jamais été conçue de cette façon par les philosophes grecs. Platon l'a dépeinte, dans le Phèdre et dans 17on, avec des couleurs admirables; mais nulle part il ne l'a définie avec la précision savante que nous montre Barthélémy. Aristote autorise moins encore la belle définition de VAnacharsis, car l'imagination (<pavTotai«) n'a jamais été pour lui que la faculté de concevoir des images, surtout dans le sommeil (l). Au sujet de la purgation des passions, de cette fameuse théorie aristotélique sur laquelle ont pâli tant de commentateurs, Barthélémy se rapproche plus des interprètes modernes que d'Aristote lui-même (2). Dans le chapitre sur les tribunaux, l'auteur remarque avec raison , ce que Ton a souvent méconnu, que les Athéniens étaient obligés par la loi de plaider eux-mêmes leurs causes ; et cela ne l'empêche pas d'employer le mot avocat pour dé-
(1) Voir, pour plus de détails, V Estai sur l'histoire delà critique chez les Grecs, p. 195, 277, 288.
(2) Voir, plus haut, la fin de la XXVe leçoo.
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signer des plaideurs athéniens parlant devant leurs juges (chap. xvn et xvin). Enfin, malgré ce scrupuleux dépouillement des textes qui devaient éclairer son sujet ou embellir ses descriptions, on peut, sans être aussi savant que lui, signaler chez lui quelques lacunes. Dans son chapitre sur les cérémonies relatives à la naissance des enfants, il oublie de mentionner Tiuscription du jeune Athénien sur les registres de la phratrie à laquelle appartient sa famille (1). Énumérant les divers chants populaires de l'ancienne Grèce (chap. lxxx), traduisant même quelques vers d'une chanson militaire , il oublie d'en rapprocher un charmant morceau que nous a transmis Athénée, la Chanson de l'hirondelle : ces jolis vers, que les enfants rhodiens chantaient en allant faire la quête dans les maisons, au retour du printemps, auraient gracieusement égayé une page de YAnacharsis.
En général, on peut dire que Barthélémy est trop sobre de citations et qu'il ne laisse pas assez souvent la parole aux auteurs originaux. La littérature grecque, même dans l'état de mutilation où elle nous est parvenue, abonde en pages expressives qui peignent heureusement et brièvement les hommes et les choses de l'antiquité. Barthélémy se donne souvent beaucoup de mal pour composer de petits drames, d'ingénieux dialogues, quand il a toutes prêtes sous la main des scènes de la vie publique ou de la vie privée, des discours authentiques, qu'il lui suffisait de traduire et de bien encadrer pour en faire des
(1) Chap. xxvi. Cf. mes Mémoires d'histoire ancienne et de philologie, u, IV : « Sur l'état civil chez les Athéniens. *