VANACHARSIS ET LES LETTRES ATHÉNIENNES
lemy ne connut ce livre qu'après avoir publié le sien, et, quand il en reçut un exemplaire de la part des auteurs, il sembla regretter de ne l'avoir pas connu assez tôt pour renoncer au projet même de Y Ânacharsis (1). Modestie d'auteur, et que nous ne sommes pas tenus de prendre au mot. Froidement conçues et froidement écrites, imprimées sans aucun renvoi aux témoignages anciens, les Lettres athéniennes ont tous les défauts d'un roman sans le mérite de l'érudition. Il est même surprenant que des Anglais n'aient pas été mieux inspirés par l'esprit des libres institutions de leur pays, dans le tableau qu'ils nous tracent de la civilisation grecque au temps de Périclès. L'abbé commensal de M. deChoiseul pense et parle mieux qu'ils ne font sur ces grandes choses. Par exemple, à lire la Lettre lxxii6, sur les jeux olympiques, on n'a pas la moindre idée de ce qu'il y avait de grandeur morale dans les panégyries grecques. Dans la Lettre clxiic, Socrate, dissertant sur l'immortalité de l'àme au chevet d'un malade, nous semble bien pâle devant le Socrate du Phèdon et du Criton, et même devant l'image affaiblie que nous en offre le chapitre lxvii de Y Anacharsis.
Un autre et solide mérite de l'ouvrage français, c'est la curieuse annotation qui l'enrichit, soit au bas des pages, soit à la fin de chaque volume; ce sont les Tables et l'Atlas qui raccompagnent. L'éru-
1803, 3 vol. in-S°), avec beaucoup de portraits gravés, qui n'en augmentent guère le prix.
(1) Voir la lettre de remerciment qu'il insère dans son Troisième Mémoire.
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dit nous y montre les procédés mêmes de sa méthode et jusqu'aux petits artifices de sa mise en scène. Il y sème çà et là, par exemple au sujet du dialecte homérique, bien des idées neuves alors et que n'a pas toutes dépassées le progrès de la critique. Il y faut encore rattacher plusieurs mémoires de Barthélémy, tels que celui qui fut en quelque sorte son testament d'académicien. Un an après le Voyage d'Anacharsis, Barthélémy en publiait comme une sorte de supplément dans son travail, bien imparfait sans doute, sur les finances des Athéniens, à propos d'une inscription attique récemment envoyée au musée du Louvre (l). C'était comme le commencement d'une science qui s'est agrandie par la découverte de documents nouveaux , et qui a fourni à l'illustre Bœckh la matière d'un de ses plus beaux ouvrages (2).
(1) Publié dans le tome XLVIII des Mémoires de l'Académie des belles-lettres, et séparément, en 1792, sous ce titre : Dissertation sur une ancienne inscription grecque relative aux finances des Athéniens. C'est l'inscription qui figure sous le n° 147 au Corpus inscriptionum grxcarum de Bœckh, et sous le n° I dans l'Atlas épigraphique de l'ouvrage du même auteur : Staatshaushaltung der Athener (lre éd. 1817; 2e éd. 1851). Je saisis l'occasion de défendre ici notre compatriote contre un savant anglais, M. Rose (/user, grxcx vêtus tissimœ, Cantabrigiac, 1825, p. 123), qui lui reproche de n'avoir pas vu que la stèle du musée du Louvre était aussi inscrite au revers. L'erreur n'est pas douteuse ; mais on l'excusera si l'on songe que la stèle a fort bien pu, comme cela se pratique souvent, être appliquée contre un mur avant que Barthélémy en étudiât l'autre face, et de manière à ce qu'il ne soupçonnât même pas l'existence d'un second texte.
(2) Voir la note précédente. Le livre de Meier et Schœmann sur la procédure athénienne (Halle, 1824) est encore un exem-