‹ L'Hellénisme en FranceChapitre 145 sur 216 · ANDRÉ CHÉNIER. 1T0 PARTIE : APERÇU GENERAL · texte numérisé non relu

ANDRÉ CHÉNIER. 1T0 PARTIE : APERÇU GENERAL

Origine et première éducation d'André Chénier. — Son respect pour la tradition classique de notre littérature et ses études d'helléniste. — Projet de voyage en Orient. — Rénovation de l'idylle antique. — Les élégies et l'amour chez A. Chénier; l'imagination et la réalité. — L'ode et la satire politique. — Témoignages du poète sur sa méthode de composition. — Originalité et variété de son œuvre.

Pendant que La Harpe ouvrait, au Lycée, les leçons où la littérature grecque était si capricieusement jugée; pendant que Barthélémy composait son tableau ingénieux de la Grèce antique, se formait dans l'ombre, auprès de lui, un peintre bien autrement original de cette même antiquité. J'ai déjà prononcé plus haut le nom d' André Chénier. Combien de fois, sans le dire, je songeais à lui en poursuivant , soit dans l'éloquence, soit dans la poésie française, tant d'imitations, tant de calques plus ou moins adroits des chefs-d'œuvre de l'art grec! Ducis venait de

donner son OEdipe chez Admète (1778), et La Harpe publiait son Philoclète (1781), lorsque sortit du collège de Navarre le jeune André Chénier. Né en 1 762, à Constantinople, d'un père français et d'une mère grecque, revenu en France avec ses parents en 1765, l'éducation domestique avait comme achevé chez lui l'éducation universitaire, en y mêlant les souvenirs et l'inspiration directe de l'hellénisme. On a remarqué que Barthélémy (né à Aubagne, en Provence) descendait peut-être de quelque vieille famille phocéenne ; quelle différence entre cette douteuse origine et l'incontestable lien de famille qui unissait Chénier aux Hellènes de l'Orient !

Depuis deux siècles et plus, on répétait sur tous les tons en France un même appel à l'imitation des modèles antiques. Du Bellay, en 1549, avait le premier sonné la charge, et convié ses amis, sur le ton baroque et belliqueux que nous avons entendu , à une sorte de.guerre sainte, pour dépouiller la Grèce et Rome de leurs richesses au proût de notre littérature (1). En 1635, l'Académie française, à peine instituée, écoutait un honnête et médiocre poëte exposant devant elle des préceptes plus sages sur l'art d'imiter les anciens (2); puis Boileau, en vers, puis Louis Racine, en prose, avaient tracé avec des succès divers les règles du goût français, rattachées aux préceptes et aux exemples de la Grèce. Voltaire et ses disciples, moins savants en grec qu'on ne l'était

(1) Voir plus haut, leçon VIIIe.

(2) Voir plus haut, leçon XXe.

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