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UNE TRADITION GRECQUE ET ROMAINE

d'après le témoignage de ses Odes ; toutes ces jolies pièces, ne sont, en vérité, ni une confession ni une chronique. L'antiquité, d'ailleurs, ne nous donne pas seulement l'exemple de ces libertés de l'invention poétique; elle en a fait comme une théorie, et tel grave personnage nous a formellement avertis qu'il ne faudrait pas juger de ses mœurs par l'indécence de ses petits vers (1).

Quoi qu'il en soit h cet égard, la vie de Chénier devient de plus en plus sérieuse dans ses dernières années, et ce changement est sensible dans les pièces à Fanny. Us graves émotions de 89 l'avaient surpris dans la fièvre d'un génie ardent et d'une jeunesse

(!) Au rapport d'Élien {Histoires variées , X, 13), Archiloque s'était fait grand tort par le témoignage qu'il rendait de luimême dans ses poésies. Synésius accuse au même titre Archiloque et Alcée (de V Insomnie, p. 158, éd. Petau). Mais voyez la lettre de Pline le Jeune à Maternus (IV, 14), où il excuse l'immodestie de ses bendécasyllabes par ces vers de Catulle (Carmen 1 6) :

Nam castum esse decet pium poetam Ipsum, versiculos nihil necesse est :

Qui tune denique babent salem etteporem Si sunt moUicuU et parutn pudlci.

Martial, de même, ne veut pas que Ton juge sa vie d'après l'impureté de ses vers (Épigrammes, I, 8). Autre excuse : lorsque, dans une de ses Odes, Horace plaisante trop légèrement de son bouclier perdu à Philippes (relicta non bene parmula) , à cette aventure de sa propre vie ne méle-t-il pas le souvenir de malheurs semblables dont s'étaient successivement vantés Archiloque (Fragm., 51, éd. Liebel), Alcée (Fragm., 32, éd. Bergk; cf. Hérodote, V, 95), Anacréon (Fragm., 26, éd. Bergk)?

C'était là une sorte de lieu commun que les poètes se transmettaient comme de main en main.

intempérante; la politique lui apportait d'autres passions, lui imposait d'autres devoirs qu'il sut remplir avec courage. Devenu journaliste , comme l'étaient alors à peu près tous les hommes de talent et de cœur, pour la défense des lois et de la vraie liberté, il resta poète néanmoins, et le brusque changement qui rompait ses habitudes de noble indépendance ajouta une corde à sa lyre.

Il avait toujours aimé Pindare, il en avait çà et là imité quelques vers (l). Le Serment du jeu de paume le mit en verve de pindarisme, et il écrivit sur ce sujet ses viugt-deux strophes au peintre Louis David. Ce début est malheureux. On y reconnaît beaucoup plus l'ami d'Ecouchard Lebrun que le vrai disciple de Pindare; ce rhythtne haché, cette froide abondance de métaphores, cette vaine emphase d'expressions, semblent d'un commençant qui cherche encore sa voie. En général, le lyrisme politique de nos temps révolutionnaires n'était pas heureusement inspiré; la Marseillaise , de Rouget de Lisle, qui rappelle , par rencontre plutôt que par imitation , quelques beaux vers d'Eschyle (2) ; le Chant du Dè- . part, par Marie- Joseph Chénier; l'ode sur les hé-

(1) Notes sur Malherbe, p. 43; Poésies, p. 133, éd. fiecq des Fouquières.

(2) M. Géruzez a indiqué ce rapprochement, tout accidentel, il le remarque lui-même, entre la Marseillaise et )e chant des Grecs à Salamine, dans les Perses (Histoire de la littérature française pendant la Révolution ,4' éd., 1866, p. 191). La même « analogie de mouvement et de pensée » se retrouve dans le célèbre hymne de Rhigas, qui retentit avec tant d'éclat en 1821, lors de l'insurrection grecque contre les Turcs.

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