‹ L'Hellénisme en FranceChapitre 163 sur 216 · L'HERMÈS D'ANDRÉ CHÉNIER · texte numérisé non relu

L'HERMÈS D'ANDRÉ CHÉNIER

D'un si grand labyrinthe affrontaut les hasards, Saura guider sa muse aux immenses regards , De mille longs détours à la fois occupée, Dans les sentiers confus d'uue vaste épopée ! etc.

Cette œuvre ne sera ni celle d'Homère, ni celle de Virgile. Ces grands hommes ont décrit le monde comme ils le voyaient, comme le comprenait la philosophie de leur temps. A nous de le peindre comme le veut une science plus large et plus vraie :

. . . Pouvez/vous penser que tout cet univers

Et cet ordre éternel, ces mouvements divers,

L'immense vérité, la nature elle-même

Soit moins grande en effet que ce brillant système

Qu'ils nommaient la nature et dont d'heureux efforts

Disposaient avec art les fragiles ressorts?...

. . Nos travaux savants, nos calculs studieux, Qui subjuguent l'esprit et répugnent aux yeux.

Voilà ce qu'il faut, à tout prix , faire entrer dans le domaine de la poésie nouvelle :

. . . Ces vérités sont au loin reculées; Dans un langage obscur saintement recelées , Le peuple les ignore. 0 Muses, ô Phébus, C'est là. c'est là sans doute un aiguillon de plus. L'auguste poésie, éclatante interprète, Se couvrira de gloire en forçant leur retraite.

A tous ces traits il est facile de reconnaître la pensée même de Y Hermès.

Pour remplir le vaste plan de ce « poëme bizarre • , comme il l'appelle lui-même, André avait beaucoup médite, beaucoup lu ; il jette sur le papier maint résumé de ses méditations , mainte indication de ses

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lectures. Auteurs anciens et auteurs modernes, philosophes et poètes, traités sur les diverses sciences , il avait tout consulté, du moins il voulait ne rien omettre. Dans cette curieuse exploration, le jeune poëte n'avait guère pu ne pas rencontrer le nom d'Ératosthène et de Y Hermès grec ; je n'en trouve aucun souvenir dans ses notes, mais l'analogie n'en est pas moins sensible entre les deux écrivains ; on dirait même que tous deux se rattachent à la pensée éminemment rationaliste d'un poëte plus ancien , de Xénophane, qui avait écrit quelque part dans son grand ouvrage aujourd'hui perdu : « Ce ne sont pas les dieux qui au commencement ont instruit l'homme, ce sont les recherches de l'homme qui, avec le temps, ont tout amélioré (l). » En effet, Ératoslhèue me paraît avoir été un païen fort détaché de la religion de ses pères. Hermès n'était pour lui qu'un prêtenom, commode pour écrire l'histoire du génie humain et du progrès des sociétés. Quelques broderies mythologiques, ajoutées en manière d'ornements, n'altéraient pas le caractère essentiellement historique et philosophique du poëme. De même André Ghénier est un disciple de Rousseau, de Buffon, de Montesquieu (2) ; s'il est meilleur physicien et mora-

(1) Fragment 16, p. 103 des Fragmenta philosophorum grxcorum, éd. Mullach (Bibl. Didot).

(2) P. 206, éd. de 1840 :

Souvent mon vol, armé des ailes de Buffon, Franchit avec Lucrèce, au flambeau de Newton, La ceinture d'axur sur le globe étendue, etc.

La trace de Rousseau se voit dans le plan manuscrit du troi

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