‹ L'Hellénisme en FranceChapitre 164 sur 216 · ÉPICURE LOUÉ PAR ANDRÉ CHÉN1ER · texte numérisé non relu

ÉPICURE LOUÉ PAR ANDRÉ CHÉN1ER

liste plus sévère que Lucrèce, il a même défiance que lui à l'égard des religions ; c'est à Lucrèce qu'il emprunte cet éloge d'Epicure, dont on ne retrouve que l'ébauche dans le manuscrit original :

La vie humaine, errante, et vile, et méprisée, Sous la religion gémissait écrasée...

(Cd tors manque ici.) De son horrible aspect menaçait les humains. Un Grec fut le premier dont l'audace affermie Leva des yeux mortels sur l'idole ennemie. Rien ne put l'étonner, et ces dieux tout-puissants , Cet Olympe, ces feux et ces bruits menaçants Irritaient son courage à rompre la barrière Où, sous d'épais remparts obscure et prisonnière, La nature en silence étouffait sa clarté. Ivre d'un feu vainqueur, son génie indompté, Loin des murs enflammés qui renferment le monde(l), Perça tous les sentiers de cette nuit profonde, Et de l'immensité parcourut les déserts. Il nous dit quelles lois gouvernent l'univers, Ce qui vit, ce qui meurt, et ce qui ne peut être. La religion tombe et nous sommes sans maître; Sous nos pieds, à son tour, elle expire, et lescieux Ne feront plus courber nos fronts victorieux.

Et Chénier parait bien s'approprier la pensée de cet éloge mêlé d'invective, où le poète confond, à vrai dire, la religion même avec la superstition. Toutes les colères du rationalisme moderne, tel qu'il agitait

sième livre où je lis ces mots : « Exposé du Contrat social et des principes des gouvernements. »

(1) M. Patin m'avertit que ce vers se lit déjà dans la Pucelle de Chapelain : c'est sans doute l'effet d'une rencontre fortuite plutôt que d'une imitation.

la fin do dix-huitième siècle, respirent dans cette partie de Y Hermès. A en juger par les pages qui nous en restent, Dieu n'est guère plus pour l'auteur qu'une cause suprême, mais un peu abstraite, de tous les phénomènes de la vie physique et de la vie morale. Si donc quelque récit merveilleux se mêle chez lui à l'exposition scientifique des choses, si quelque personnage agit ou parle comme dans les fictions d'Ovide ou de Virgile, on sent que c'est là une simple machine de théâtre, introduite pour varier un peu l'inévitable monotonie de trop longues descriptions. Tel est, pour citer un exemple, « le sage magicien qui sera un des héros de Y Hermès, et qui doit passer par plusieurs métamorphoses propres à montrer allégoriquement l'histoire de l'espèce humaine ». C'est d'après les fables relatives à Pythagore, à Empédocle, à Ennius, que cet épisode sera composé ; mais, si le poète y cherche un moyen d'intéresser l'esprit de ses lecteurs, il est clair que le philosophe ne prend pas au sérieux cette petite allégorie et qu'il ne répond que des pensées, d'ailleurs belles et justes, qu'il a mises dans la bouche de son prétendu magicien. J'en dirai autant d'une autre fiction que l'auteur propose , avec la timidité que l'on va voir :

« Soyons lents à décider qu'une chose est impossible. Je me suis souvent occupé d'une rêverie.... Si, lorsque les humains, mêlés avec les animaux et entièrement leurs égaux , rampaient et ne s'élevaient pas au-dessus de l'instinct le plus brute ; si, dis-je, alors un ange, un esprit immortel était venu faire

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