‹ L'Hellénisme en FranceChapitre 171 sur 216 · LES TRADUCTIONS DU GREC EN ARMÉNIEN · texte numérisé non relu

LES TRADUCTIONS DU GREC EN ARMÉNIEN

Méchitariste, avec toutes les garanties de la critique et de la bonne foi (i). L'illustre historien Niebuhr apprécia des premiers et recommanda aux érudits l'utilité de ce nouveau texte, tellement calqué sur l'original qu'il en peut tenir lieu (2).

Après un si beau début, l'Arménie semblait devoir combler d'autres lacunes de l'ancienne littérature grecque ; elle nous a rendu, en effet, quelques opuscules intéressants de Philon le Juif et des Pères de l'Église (3) , et elle nous promet encore quelques restitutions du même genre (4). Mais je ne sais pourquoi elle tarde tant à remplir des promesses accueillies avec un empressement légitime.

Il n'en est pas de même des manuscrits d'HercuIanum. On sait que, dès les premières fouilles pratiquées dans le vaste tombeau où cette ville est enfouie depuis dix-huit siècles, furent découvertes, en 1 7 jcj, plusieurs centaines de rouleaux de papyrus portant des textes grecs, et même quelques fragments de textes latins. Jamais pareille fortune ne s'était offerte à des antiquaires. Les rouleaux , hélas ! étaient presque tous carbonisés. Néanmoins, grâce

(1) L'édition imparfaite de Zohrab et A. Mai est de Milan (1818, in-4») ; celle du P. Aucher est de Venise (1818, 2 vol. in-folio). Il faut en rapprocher aujourd'hui l'édition grecque-latine insérée par A. Mai* dans sa Scriptorum veterum nova Collectio, vol. Vil, part, m (Rome, 1832).

(2) Mémoires de l'Acad. de Berlin (1822), p. 37-114, morceau réimprimé dans les Kleine Schriften de ce savant, tome I, p. 179. Cf. un chapitre intéressant sur ce sujet dans Y Histoire de la l'ut, grecque de Schoell, t. VI, p. 326 et suiv.

(3) Entre autres, l'intéressant dialogue de Philon sur l'instinct des Animaux.

(4) Voir l'ouvrage intitulé : Qttadro délia Storia litteraria di Armenia, par Placido Sukias Somal (Venise, 1829, in-8°), et le Catalogue des livres de l'imprimerie arménienne de Saint-Lazare (Venise, 1858).

à des procédés ingénieux et avec des prodiges de patience, on parvint à en dérouler, à en déchiffrer un assez grand nombre, et l'on reconnut qu'on avait sous les yeux des éléments inconnus jusque-là de l'histoire littéraire de la Grèce. Grande fut l'émotion des savants et la curiosité des simples touristes devant une découverte aussi importante qu'inattendue. 1/abbé Barthélémy, qui voyageait alors en Italie, en lit part au public français, et ce qu'il en dit excita bien des espérances qui ne furent pas toutes réalisées ; les conservateurs de ces merveilles lui en avaient laissé apercevoir quelques échantillons fort séduisants, auxquels n'ont pas toujours répondu leurs publications ultérieures (i). Après Barthélémy, une femme éloquente, qui ne savait point le grec, mais dont le pénétrant génie comprenait et jugeait très-bien Homère et Sophocle (2), s'arrêtait avec une sorte de piété respectueuse devant ces pages encore à peu près muettes, et elle écrivait, dans le roman où elle a déposé les souvenirs de son voyage : « Quelques feuilles brûlées...., que l'on essaye de dérouler à Portici, sont tout ce qui nous reste pour interpréter les malheureuses victimes que le volcan, la foudre de la terre, a dévorées. Mais, en passant auprès de ces cendres que l'art parvient à ranimer, on tremble de respirer, de peur qu'un souffle n'enlève cette poussière où de nobles idées sont peut-être encore

(1) « Le morceau d'un papyrus .... ayant vingt-trois lignes était mystérieusement conservé. ... 11 contenait quelques traits de la révolution démocratique qui força les philosophes de l'école Pythagoricienne, zélés partisans de l'aristocratie, de quitter les villes de la Grande-Grèce, dans le cinquième siècle avant l'ère vulgaire. Barthélémy envoya le même jour à l'Académie ce précieux fragment. » Sainte-Croix, Éloge historique de Barthélémy, p. XX (en tète des Œuvres diverses de Barthélémy, Paris, 1823, 2 vol. in-8").

(2) Voir notre XXVIII* leçon.

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