LES ÉTUDES GRECQUES DANS LE CLERGÉ
sous la savante et libérale direction de l'abbé Cruice. De cette école sont sortis, depuis vingt ans, un grand nombre de licenciés et de docteurs, qui ont apporté, soit au service de l'Université, soit à l'enseignement des séminaires, les fruits d'une solide instruction littéraire, et qui par là ont fort heureusement contribué au rapprochement des esprits entre l'Eglise et la société laïque. La théologie protestante n'est plus aujourd'hui la seule, en France, qui aime l'érudition et qui la poursuive jusqu'à ses sources premières. L'épiscopat français compte parmi ses meml res des docteurs jadis sortis de l'École des Carmes et reçus, en Sorbonne, à la Faculté des lettres. Plusieurs docteurs ès lettres de Paris figurent aussi parmi les congrégations religieuses.
Même en dehors de ces alliances, l'Episcopat français se montre de plus en plus favorable aux études de littérature grecque. En général, il s'est défendu des paradoxes hostiles à l'étude des auteurs profanes, quand ce sujet souleva, il y a quelques années, de vives controverses. Lrn éloquent évoque, M*<" Dupanloup, a même, et à plusieurs reprises, encouragé publiquement une juste admiration pour les tragiques grecs, en faisant représenter en grec par les élèves de son petit séminaire des tragédies de Sophocle et d'Eschyle.
C'est l'occasion de rappeler que deux ou trois tentatives de représentations semblables (mais en français), quelquefois soutenues par le talent d'habiles artistes, n'ont pas manqué de succès sur les théâtres de Paris, et que les chefs-d'œuvre de la scène antique ont trouvé là d'intelligents et sympathiques auditeurs.
5° Les concours académiques, et spécialement ceux de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, ont provoqué aussi la composition d'ouvrages importants, parmi lesquels nous citerons : en i8',;, les Recherches sur l'c-
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tilde du grec en Occident, au moyen âge, par M. E. Renan (inédit) ; en 1 860, les Recherches sur les œuvres de l'orateur Hypéride, par M. Jules Girard, qui a public (en 1862) deux chapitres considérables de son travail, et par M. Fr. Meunier, dont le travail est encore inédit; en 1-863, Y Histoire du Roman chez les Grecs et chez les Romains' par M. Chassang ; en 1 80 '|t les Recherches de M. Gidel sur les traductions grecques de nos romans français au quatorzième et au quinzième siècle; en i8Gj, Y Examen critique des livres qui portent le nom d'Hermès Trismégiste, par M. L. Ménard, dont le mémoire vient de paraître, et par M. Hobiou, dont le mémoire est encore inédit.
L'Académie française associe, depuis quelques années, ses encouragements à ceux de l'Académie des inscriptions, en proposant pour sujet de prix des études de morale et de littérature sur l'antiquité. C'est ainsi qu'elle a, en 1 8 > 1 , demandé une nouvelle traduction de Pindare et qu elle a partagé, en i8j'J, la récompense proposée entre MM. Collin, Fresse-Monval, Poyard et Dehèque. En 18 Vf, un concours ouvert sur le poète Ménandre produisit deux bons mémoires de MM. Ch. Benoit et G. Guizot, entre lesquels fut partagé le prix. Deux autres essais sur le même sujet furent en même temps publiés, l'un par un jeune professeur, M. Ditandy, l'autre par un des vétérans de notre enseignement universitaire, M. Stiévenart. En i858, fut couronnée la belle Étude sur Thucydide, par M. Jules Girard, publiée en i8(>o.
Tout un volume de recherches approfondies sur J, Amyot , œuvre demeurée unique de feu Auguste de Hlignières, doit aussi son origine à un concours d'éloquence ouvert par l'Académie française. En complétant son discours académique par des recherches plus générales d'érudition sur les traducteurs d'auteurs anciens au seizième siècle, le jeune écrivain s'est assuré des droits à