LA FRANCE ET LA GRÈCE MODERNE
centre et du nord de la France donnent l'exemple de pratiquer avec leurs élèves la méthode suivie en Orient. Le voisinage journalier du romaïque et du grec ancicu dans une ville cosmopolite comme Marseille, et dans un établissement qui compte beaucoup de jeunes Hellènes parmi ses élèves, contribuera utilement à seconder le retour que nous souhaitons pour le profit des lettres grecques et aussi dans l'intérêt de nos alliances naturelles avec l'Orient chrétien.
Le cours de grec moderne professé pendant cinquante ans, à l'Ecole des langues orientales vivantes, par M. Hase, l'est aujourd'hui, avec une plus jeune ardeur, par son disciple fidèle M. Brunet de Presle, philhellène aussi dévoué que judicieux, et qui sert activement cette même cause de l'union entre les hellénistes et les Hellènes. Sous le titre modeste à'Almanach national 'EOvtxôv fyifoXdyiov), M. Marino Pappadopoulo Vréto publie depuis neuf ans en grec, et à Paris, un recueil tout rempli des pièces les plus diverses, mais qui représente bien, par le caractère général de sa rédaction, cette disposition des esprits à se rapprocher et à s'unir. D'un autre côté, plusieurs savants d'Athènes vivent avec nous dans une véritable communauté de langage. C'est en français que M. Rangabé a écrit, de 1842 à 1845, son remarquable recueil d'épigraphie intitulé : Antiquités helléniques. C'est en français que le même savant vient d'écrire une grammaire du grec moderne qui a été publiée à Paris et dont l'éditeur est un libraire parisien. En 1866, un autre savant grec, M. Nicolaïdès, faisait imprimer en français, à Paris, un ouvrage intitulé : Topographie et plan stratégique de l'Iliade ( 1 ). 11 semble que les hommes d'État
(I) Ou pourra consulter encore, comme témoignage des même» efforts : 1° X Étude économique de la Grèce moderne , par uiiFran- U. 20
ne sauraient, non plus que les savants, rester indifférents à ces témoignages d une concorde dont les liens se multiplient et se resserrent chaque jour.
7° On mesurera encore le progrès accompli chez nous dans les études grecques par la propagation de plus en plus active des livres qui servent à ces études. En ce genre, la statistique ne peut guère fixer le chiffre des importations. Mais lorsque l'on voit, à Paris, trois ou quatre libraires uniquement occupés à un commerce d'échanges avec l'Angleterre et surtout avec l'Allemagne, commerce où les livres de littérature ou de philologie grecque comptent pour une large part ; lorsqu'on observe la marche ascendante de leurs affaires et que chacun de nous compte autour de soi les milliers de livres grecs dont se sont ainsi augmentées les bibliothèques publiques et les bibliothèques des particuliers, il est facile d'en conclure que le nombre et l'activité des lecteurs du grec se sont accrus dans la même proportion.
La presse et la librairie française secondent cet accroissement, et leurs efforts pour le soutenir sont inséparables de ceux mêmes des savants dont nous allons rapidement apprécier les travaux, en les ramenant, autant qu'il est possible, à cinq classes principales.
1 Dictionnaires y grammaires et livres divers de
philologie.
Au premier rang se place, dans cette classe d'ouvrages, l'édition nouvelle du Thésaurus Unguœ grœcœ d'**
çais, Casimir Leconte (Paris, 1847); 2" Y Aperçu sur (avenir de la Grèce, par uu Grec, M. Coronéos (Paris, 1857); 3° le Dictionnaire français et grec moderne (1844), et la Grammaire grecque moderne (2« éd. 1868), par le P. Elluin, Lazariste de la Mission de Smyrne.