LE GREC MODERNE EN FRANCE
de Harlay, archevêque de Rouen, qui, un jour, à l'Académie des Grands-Augustins de Paris, en l'absence du président titulaire, fit sur-le-champ et de mémoire l'extrait et le rapport des huit livres de la Politique d'Aristote, et qui, une autre fois, chez les Gordeliers, dit la messe et prêcha en grec, devant plusieurs personnages de condition, dont l'un, M. de Vendôme, se faisait expliquer les paroles du prélat par un sieur Charron , avocat expert en cette langue (1). La tradition de ce remarquable savoir n'était pas interrompue au temps de Louis XIII. Mérigon ne la représente pas seul, car il nomme quelquesuns des amateurs de la langue grecque parmi ses protecteurs et ses amis, entre autres Yvon Duchat, natif de Troyes, qui avait publié en grec un abrégé de l'Histoire des croisades, d'après Guillaume de Tyr et un autre chroniqueur de ce temps (2).
La mention des croisades nous rappelle que, en 1638, l'Italien Simon Portius dédiait au cardinal de Richelieu sa Grammaire romaïque, dont la dédicace est en romaïque. Voilà donc le grec sous ses deux formes, savante et populaire, également accrédité à la cour de Louis XIII et de son puissant ministre. Sous Louis XIV, M. de Nointel, ambassadeur de France à Constantinople, envoie à Paris des inscriptions grecques de la plus haute antiquité et des manuscrits parmi lesquels celui qui porte aujour-
(1) D. Pommeraye, Histoire des archevêques de Rouen, p. 634 (Note communiquée par M. l'abbé Tougard, professeur au petit séminaire de Rouen).
(2) Imprimé à Paris, 1620, in-8°.
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d'hui le n° 1 265 contient une exposition détaillée du symbole de l'Église grecque orientale. Le grec moderne ne devait pas être oublié dans le siècle suivant, car j'en vois publier, en 1709, une Grammaire rédigée en trois langues : le français , le latin et l'italien (1).
Malgré l'abaissement où elle était tombée depuis deux siècles, la Grèce moderne ne se laissait pas oublier de l'Occident. L'appel écrit en sa faveur à Richelieu par Portius devait être adressé, quelques années après, au dauphin, fils de Louis XIII, par un Grec de Chio, devenu prélat de la cour de Rome, Léon Allatius (2). Ce célèbre érudit est aussi, et pendant de longues années , le correspondant et le collaborateur de nos hellénistes, le client de nos imprimeurs français. C'est à Paris qu'il publie, en 1627, plusieurs discours inédits de Libanius; en 1637, l'édition princeps des lettres de Socrate, d'Antisthène et des autres socratiques ; c'est à Gabriel Naudé qu'il adresse, en 1644, son livre de Libris ecclesiasticis Grxcorum; c'est avec le grand jurisconsulte Fabrot quïl imprime à Rome, en 1655 , la Chronique de Constantin Manassès. Lyon même lui
(1) Nouvelle Méthode pour apprendre les principes de la langue grecque vulgaire, divisée et partagée en douze heures, par P. P. F. Thomas.
(2) HeUas in natales Delphini Gallici (Romre, 1642, in-4°). La traduction latine qui accompagne ces vers est d'un prélat français, Ch. de la Vieuville. Pour plus de détail sur Allatius» voir Fabricius, Bibliotheca grœca, t. XI, p. 415, éd. Harles, et la notice de M. Démétrius Rhodokanakis dans la Pandore d'A* thènes, t. XVIII, n. 429 ; t. XIX, n- 433, 442, 444.