FRANÇAIS QUI ONT ÉCRIT EN GREC. SI
prêta une fois ses presses pour l'édition de deux ouvrages d'Eustathe, en 1629. On a de lui des vers grecs, écrits en 1633, à l'honneur de Gabriel Naudé nouvellement reçu docteur en médecine ; on a des vers ïambiques, écrits en 1658, à la louange du P. Petau, qui maniait aussi fort habilement la prose et la versification grecques.
Ainsi , soit par ses élèves français , soit par ses alliés au dehors, l'hellénisme se montre encore plein d'ardeur sous le règne de Louis XIII et sous la minorité de Louis XIV. La pratique même de la langue grecque demeure alors familière à beaucoup de savants esprits. La tradition des Budé, des Estienne, des Scaliger, des Turnèbe, des Nancel (1), se prolonge donc jusqu'en plein dix-septième siècle ; elle se prolonge même au delà, et jusqu'au dix-huitième siècle par Huet, Boivin le cadet, La Mounoye, sans parler des innombrables auteurs d'épigrammes laudatives que, depuis la Benaissance, ou avait coutume de placer en tête de toutes les éditions d'auteurs anciens, de tous les ouvrages d'érudition.
Mais, pour revenir aux études simplement classiques, le programme que je vois recommandé, en 1657, par Nicolas Mercier, professeur au collège de
(1) Nicolas de Nancel, ainsi nommé du lieu de sa naissance, mort en 1610, est auteur d'une Vie de Ramus et de quelques autres écrits, parmi lesquels une traduction grecque du LxlinS) sive de Amicitia, de Cicéron, qui fait partie du fonds de Condé, au Supplément grec de la Bibliothèque impériale (Note communiquée par M. Brunet de Presle). Cf., sur ces écrivains grecs en général, Sainte-Beuve, Poésie du seizième siècle, p. 161.
Navarre (1), comprend encore à côté des auteurs latins, bon nombre d'auteurs grecs qui ne sont pas des plus faciles. Par exemple, pour la rhétorique :
Nec satis Ausonios fuerit legisse poetas,
Greeca pari studio sed didicisse juvat.
Ecquis enim ignaris Argivaî pervia linguas
Doctorum credat scripta patere virum?
GuDCta fere e Graiis veteres bausere Quirites
Quum foret eloquio Cecropis ora potcos,
dit-il, en vers médiocres, mais que la bonne intention de l'auteur peut excuser auprès de nous. Et là-dessus, il conseille d'étudier dans leur langue originale et de traduire souvent en latin Démosthène, Plutarque, Hérodote, la Cyropédie de Xénophon ; puis, parmi les poètes, Aristophane, Homère, Euripide et Pindare. Pour les préceptes de la rhétorique il veut qu'on suive Aristote et Cicéron, chacun dans sa langue :
Dus sit Aristoteles grœce Ciceroque latine : Rhetoricam melius nemo docere potest.
Voilà le programme d'un maître qui ne ménage pas la besogne à ses écoliers. Parmi les compliments en vers qui précèdent ce petit poëme didactique, j'en trouve un qui est en vers grecs.
Il n'est donc pas tout à fait exact de dire, avec M. Sainte-Beuve (2), que les études helléniques fus-
(1) De Officiis scholasiicorum, sive de recta ratione profit ciendi in litteris% virtute et moribus, c. v.
(2) Port-Royal, t. III, p. 447, 2e édition.