LE GREC DANS LES ÉCOLES
sent alors déchues. Elles commencèrent, en effet, à déchoir sur la fin du siècle. Guyot, dans la préface d'un des manuels élémentaires de Port-Royal , faisait déjà remarquer « qu'on négligeoit un peu trop l'étude du grec dans les collèges ». M. Sainte-Beuve constate qu'il en est très-peu question dans le règlement des études imprimé au tome XLI des OEuvres d'Arnauld, et qui paraît être de la seconde moitié du dix-septième siècle. C'est alors que le sage Fieury écrivait, au chapitre XV de son excellent Traité du choix et de la méthode des éludes : « On propose à la plupart des écoliers d'apprendre le grec; quelques-uns s'y attachent et continuent de l'apprendre, d'autres y renoncent ; mais le plus grand nombre est de ceux qui en apprennent assez pour avoir un prétexte de dire tout le reste de leur vie que le grec s'oublie facilement. » Encore faut-il remarquer que des classes de rhétorique, où l'on pratiquait les c/inesdeQuintilien et les Progymnasmata d'Aphthonius, demandaient des professeurs exercés au maniement de la langue grecque. Dans le chapitre xxxiv, sur les études ecclésiastiques, Fieury n'oublie pas de demander que les jeunes clercs, outre le latin, sachent aussi « le grec, pour entendre les Pères et les Conciles ». Il voudrait même qu'on y joignît l'hébreu, si cela était possible sans perdre trop de temps , et je retrouve ce vœu en faveur de la langue hébraïque dans les Avis chrétiens et moraux pour Vinslitution des enfants, par le chanoine Claude Joly, qui écrivait en 1675, c'est à-dire vers le temps où Fieury esquissait pour la première fois son estimable traité.
Le grec a encore beaucoup de place dans le cours d'études rédigé par le P. Jouvency. Dans son célèbre ouvrage de Ratione discendi ac docendi (1692), écrivant surtout pour les jeunes clercs, Jouvency ne comprend pas qu'ils ignorent la langue de l'Évangile et qu'ils laissent, à cet égard, tant de prise contre eux aux ennemis de la religion; il voudrait même ( et ce vœu a été souvent renouvelé ) qu'on apprît le grec avant le latin. La liste très- variée des auteurs qu'il recommande comprend des ouvrages qu'on n'étudie guère aujourd'hui dans nos classes , par exemple les Hymnes homériques et le Manuel d'Epictète. On ne s'étonne pas que de ces écoles dont Jouvency rédige les règlements traditionnels soient sortis des hellénistes assez distingués, entre autres Fr. Viger, dont le traité sur les Idiotisme* , tant de fois réimprimé depuis la première édition , qui est de 1627, est encore classique en Allemagne. Le Linguse grmcx Breviarium du P. Laubegois, imprimé à Douai en 1626, est un assez pauvre livre, mais qui suppose néanmoins beaucoup de lecture, beaucoup de familiarité avec la langue dont il résume, sous une forme bizarre, les notions élémentaires.
C'est chez les Jésuites aussi que Du Cange fut élevé, Du Gange, un des héros de l'érudition au dixseptième siècle, Du Gange, le digne successeur des Estienne, comme lexicographe par ses deux Dictionnaires de la basse latinité et de la basse grécité, comme éditeur par ses belles publications d'annalistes byzantins (1).
(i) Voir la précieuse notice de L. Feugère, Étude sur ta vie