MABILLON. R. SIMON. MOLIÈRE
Le Traité des Études monastiques par le père Mabillon ( 1 69 1 ), et la controverse que le savant bénédictin eut alors à soutenir contre l'abbé de la Trappe, au sujet de cet ouvrage, sont encore des preuves de la généreuse activité avec laquelle les esprits se portaient alors vers l'étude des auteurs grecs. Ces auteurs , même les profanes , figurent en grand nombre dans le catalogue que dresse Montfaucon, à la fin de son livre, d'une Bibliothèque pour un couvent de Bénédictins.
Enfin, pour citer un dernier témoignage, les écrits de Richard Simon, ces deux Histoires vraiment critiques du Vieux et du Nouveau Testament (1678 et 1 689) sont d'un théologien également exercé dans la langue grecque et dans les langues orientales.
Que durant cette période si glorieuse pour les lettres françaises, le grec ait aussi rencontré des indifférents et même des ennemis, nous n'avons pas à nous en étonner. Toutefois il ne faut pas grossir l'importance de certains traits de malice , comme sont par exemple, ceux de Molière; le célèbre mot d'Henriette dans les Femmes savantes :
Excusez-moi, monsieur, je n'entends pas le grec,
ne prouve rien à cet égard. 11 est tout simple qu'une femme du monde trouve impertinent le pédantisme d'un Trissotin. Les plaisanteries du Malade imaginaire contre l'abus du grec à la Faculté de médecine
et les ouvrages de Du Cange (Paris, 1852, in-8°), et les discours prononcés, lors de l'inauguration de la statue de Du Cange, à Amiens, en 1849.
ne prouvent pas davantage que cette langue fût alors mal venue auprès des esprits sérieux. « Il est savant, dit un politique, dans La Bruyère (au chapitre des Jugements) ; il est donc incapable d'affaires, je ne lui confierois pas l'état de ma garde-robe. . . Il sait le grec, c'est un grimaud, c'est un philosophe... Les Bignon, les Lamoignon étoient de purs grimauds, qui en peut douter? ils savoient le grec. » Dans les Mè langes manuscrits d'un personnage alors assez connu, l'avocat Pierre Taisand, un des familiers du salon de M,le de Scudéry, je trouve ce mot piquant : « Le fameux Budé fut fait maître des requêtes dans le siècle passé, parce qu'il savoit le grec, et dans celuicy savoir le grec est un moyen pour ne le pas ètre( 1 ). » Voilà encore un trait de mœurs, bon à relever comme témoignage de la diversité des opinions et des libertés de la satire, mais qui ne prouve rien sur l'état des études grecques vers 1680. Pour être helléniste on ne devenait plus alors maître des requêtes, à la bonne heure ! Le mal n'était pas grand, si Ton ne perdait pour cela ni l'estime du public, ni les suffrages des Académies.
Revenons à des témoignages plus importants à relever.
(1) Mélanges et bons mots, etc., 1. 1, p. 137. Cette collection, provenant de la bibliothèque de M. de Cayrol, appartient aujourd'hui à mon confrère M. E. Miller, qui en a extrait déjà des pièces inédites fort intéressantes. Voir le Correspondant de janvier 1869. Le traité de Y Éducation des enfants, par Locke (1693), popularisé en France par Coste, contient aussi, §201, une page bien dédaigneuse sur la part à faire au grec dans l'éducation d'un « jeune gentilhomme ».