‹ L'Hellénisme en FranceChapitre 24 sur 216 · MÉTHODE DE ROLL1N · texte numérisé non relu

MÉTHODE DE ROLL1N

Rolliu, qui, au commencement du dix-huitième siècle, signale, après tant d'autres, l'utilité de l'étude du grec pour les théologiens, en constate, hélas ! l'affaiblissement dans les écoles universitaires. La faute n'en était pas seulement aux maîtres ; elle tenait au dédain et à la négligence des familles : « La plupart des pères regardent comme absolument perdu le temps qu'on oblige leurs enfants de donner à cette étude, et ils sont bien aises de leur épargner un travail qu'ils croient également pénible et infructueux. Ils avoient, disent-ils, appris aussi le grec dans leur jeunesse, et ils n'en ont rien retenu. C'est le langage ordinaire qui marque assez qu'on n'en a poiut oublié. » Ne croyez- vous pas entendre les plaintes que répètent les pères d'aujourd'hui et leurs complaisants avocats? Et pourtant, ainsi que ie montre Roliin, avec son autorité douce et persuasive, « de toutes les études qui se font dans les collèges, celle-ci est la plus facile et la plus courte, celle dont le succès est le plus assuré et où j'ai toujours vu réussir presque tous ceux qui s'y sont appliqués... Une heure seule, consacrée régulièrement chaque jour à ce travail, met les jeunes gens qui ont quelque esprit en état d'entendre très-raisonnablement cette langue au sortir des études. On en voit, dans plusieurs collèges, répondre publiquement en rhétorique, les uns sur un grand nombre de harangues de Démosthène , les autres sur les cinq ou six Vies de Plutarque, quelques-uns sur Y Iliade ou sur l'Odyssée d'Homère, et quelquefois sur l'une et l'autre ensemble. » De nos jours même, on n'oserait guère en

demander davantage. Rollin ajoute : « La coutume qui s'étoit introduite dans les collèges de faire consister toute cette étude dans les thèmes grecs avoit donne lieu sans doute au dégoût et à l'aversion générale pour le grec qui y régnoit autrefois (l). » Encore un avis et un renseignement précieux pour nous à recueillir. Sur le détail des études grecques, depuis récriture même et les accents jusqu'à la traduction en français et aux exercices d'étymologie, Rollin se montre plein d'une judicieuse sollicitude, et il résume le plus heureusement du monde toute sa méthode en quelques lignes : « Je voudrois que les yeux, les oreilles, la langue, la main, la mémoire, l'esprit, que tout conduisît les jeunes gens à l'intelligence du grec (2). » Et certes, il le com-

(1) Je possède précisément un livre donné pour prix de prose grecque {solutx numeris orationis grxcx) à un rhétoricien du collège de La Marche, en 1696. Un prix de poésie grecque (stricte numeris orationis grxcx), donné, en 1687, à un rhétoricien du collège de Rouen, est en la possession de M. Dehèque. Les bibliophiles qui liront cette note pourront sans doute m'aider à la grossir par d'autres exemples, car les deux que je cite attestent un usage et même un règlement scolaire qui consacrait ces sortes d'exercices.

(2) Traité des Études , I, ch. 2. Sur ce livre, en général, outre l'excellente Vie de Rollin par M. Patin (1837), réimprimée dans ses Mélanges littéraires (Paris, 1840, in-8°), il faut lire une belle leçon de M. Villemain {Dix-huitième Siècle , partie 1, leçon Xe) et d'exquises observations de M. Nisard, dans son Histoire de la littérature française, t. IV, p. 106 et suiv., 4e édition (morceau publié d'abord dans la Revue européenne du 15 octobre 1860). Un recueil de documents précieux à consulter sur ce progrès des méthodes dans l'enseignement libéral , est celui qui a pour titre : de Philologia, studiis liber alis doctrinx, in-

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