LA MBLIOTHÈQUE DU ROI. C
d'après les documents originaux et en partie inédits, l'histoire intéressante de ces acquisitions, qui, en 1682, avaient porté à 1,737 le nombre des manuscrits grecs. Il nous fait apprécier le zèle de Colbert et l'intelligence des savants, tels que Vaillant, de Monceaux, Lainé, qui voyagèrent en Orient avec la mission d'y recueillir des livres pour le roi, et des bibliothécaires, comme Boivin, qui savaient heureusement exploiter, pour le profit de la science, les richesses confiées à leur garde; l'esprit libéral des grands personnages qui , comme les deux Bignon et l'abbé de Louvois, eurent alors la direction de cet établissement. On aime à voir que, dès 1692, la Bibliothèque du roi était ouverte aux savants ; que le prêt extérieur y était même autorisé, et que cette faveur s'étendit quelquefois à des savants qui ne résidaient pas en France.
S'il n'était pas helléniste, l'abbé de Louvois aimait les livres grecs jusqu'à se charger du soin de leur reliure, quand il les trouvait eu mauvais état : témoin le Catalogue des livres grecs de la bibliothèque de Fontainebleau qui porle aujourd'hui le n° 3065, et sur la garde duquel on lit :
*0 KaxâXoYo; irepi éavtoû.
I\i[ivà; êyù tô rcapoiOev axap ft' éXéyjae KâfitXXoc * TeXXeptèijç, Xeuxàv Ô' êaôo; £rca[j.f (eaev.
Nudus eram et vilis: sortem miseratus iniquara donat me nivea Luvoides tunica.
Ce Camille Le Tellier n'est autre que le fils du célèbre marquis de Louvois. On ignore de qui sont
les vers ci-dessus, où la bonne grâce du style relève heureusement l'attention pieuse du jeune abbé gentilhomme.
Chez quelques-uns de ces nobles Mécènes on dissertait, comme à l'Académie, sur les choses de l'antiquité. « C'est par vos ordres , écrivait Rapin au chancelier Guillaume de Lamoignon, en tête de ses Observations sur les poèmes d'Homère et de Virgile (1669), c'est par vos ordres que je défends les intérêts de Virgile contre un des plus célèbres et des plus honnêtes hommes de notre siècle , qui avoit soutenu devant vous ceux d'Homère. » Il désigne par là Pellisson, qui avait lu devant le seigneur et devant les hôtes de Bàville quelques discours sur Homère (1), comme Boileau y a lu des passages du Lutrin, comme Bapin y a lu sans doute une partie, au moins , de ses Comparaisons de Thucydide et de Tite-Live, de Platon et d'Aristote, qu'il a également dédiées au président Lamoignon.
(i) Ce fait m'a été obligeamment signalé par M. Sainte* Beuve. Quant à la dissertation sur Homère et sur Virgile, « il parait qu'elle eut quelque succès, car, outre l'édition de 1669, qui ne portait pas de nom d'auteur, il y en eut une autre in-4° (Paris, 1698). Elle fut même traduite en latin par Paulmier de Grentemesnil, à la suite de son Apologie pour Lucien (Leyde, 1704). Elle fut vivement attaquée par Ménage, qui prétendait que Rapin ne savait pas le grec, et que c'était Tanneguy Le Fèvre qui avait fourni les passages nécessaires à sa comparaison. » Note communiquée par M- Fr. Monnier, auteur d'un mémoire sur G. de Lamoignon et Colbcrt (Paris, 1862, in-8°).