LES LETTRES GRECQUES SOUS LES REGNES DE LOUIS XIII
et de louis xiv (2e partie).
Les journaux littéraires. — La science de l'antiquité grecque à l'Académie française. — La Bruyère. — Caractère scientifique du Dictionnaire de l'Académie, surtout dans la première édi* tion. — Réclamations contre l'autorité de cette Compagnie en matière de langue et de littérature. — L'esprit hellénique dans les écrits de Fénelon et surtout dans sa Lettre sur les occupations de l'Académie. — L'Académie des inscriptions et la Collection de ses Mémoires. — Les Académies de province. — La science française à l'étranger, surtout en Hollande et en Prusse.
De bonne heure, les publications savantes, dans tous les genres, se multipliant chaque jour, avaient suggéré l'idée d'un journal critique où elles pussent être examinées au fur et à mesure de leur apparition : ce fut là l'origine du Journal des savants (1), qui commença de paraître en 1665 pour ne plus guère s'interrompre que pendant la période révolutionnaire,
(1) Voir l'intéressante notice de M. Cocheris en tête de sa Table du Journal des Savants, publiée en 1863 (l vol. in-4°, chez Aug. Durand).
à la fin du dix-huitième siècle. Ce fut aussi l'origine du Journal de Trévoux y fondé par les jésuites en 1701, et qui dura jusqu'en 1783 (I). Ces deux publications sont assurément fort inégales de valeur; mais, chacune en leur genre, à travers des vicissitudes de rédaction plus ou moins érudite, elles ont toujours exercé sur l'esprit public une active et salutaire influence. On lit peu aujourd'hui ces vieux recueils, parce que le style n'en est guère attrayant d'ordinaire, et parce que les renseignements ou les doctrines qu'on y trouve ont depuis longtemps passé dans d'autres écrits qui sont plus à notre portée et à notre usage. Mais cet inévitable effet du temps et des progrès de la science ne doit pas nous faire oublier ce que nous devons aux laborieux écrivains dont les controverses et les critiques remplirent alors tant de volumes et obtinrent tant de faveur. A ce titre, les Mémoires de littérature et d'histoire qui furent publiés, de 1726 à 1731, d'abord par Sallengre, puis par le Père Desmolets, méritent ici une mention pour quelques morceaux sur des sujets d'antiquité grecque (2). A la même famille appartiennent les Mémoires littéraires imprimés à la Haye, en 1716, et réimprimés en 1740 avec le nouveau titre de Matanasiana, en souvenir du fabuleux docteur Matanasius, ce héros du pédantisme, si
(1) On peut s'en faire une idée en parcourant la table du Journal de Trévoux, récemment publiée par le père Sommervogel (1864, in-12).
(2) Voir, par exemple, au tome V, une Vie cTHypacie (sic;, dédiée à mademoiselle B. par M. G. T. (1717).