LE LOYER IMITATEUR D'ARISTOPHANE
peint lui-même de la façon la plus vive dans le dialogue suivant avec le vieillard Génin, qui est le chef de la Cité des nuages :
CHICAKOUX.
Je veux voler par la longue étendue De l'air ouvert, et sillonnant la nue Faire en volant ébranler sans repos Mon corps, mes bras, mon plumage dispos.
GKIfIN.
Que cherches-tu ?
CH1CANOUX.
Je demande des ailles Et la Og.ure et les mœurs toutes telles Qu'a le cocu volage et inconstant, Et parmi l'air ses deux ailes battant.
CÉNlIf.
De quel métier exerces-tu la vie?
CHICANOCX.
Je vays suivant l'art de chicanerie.
Comment cela?
CH1CANOUX.
De libelles, d'exploictz, Et d'escriptoire armé en tous endroiclz Et deux recorts menant pour ma deffense, Autant le bon que le mauvais j'offense. Sans mettre esgard et différence entr'eux , Taut bien je suis de gaigner désireux : Mon frère même et mon père plus proche Et mes parents sentent ma vive accroche, Et mes amys certains et familiers Sont estimés de moi comme étrangers; En peu de temps par chicanes je pille Voire le bien d'une riche famille.
Procez, desbatz je moyenne et je fais Que sur le croc ils pendent pour jamais. Si Dieu au ciel a la puissance telle Qu'il donne à l'àme une essence immortelle,
J'ay le pouvoir dessus tous les mortelz De rendre aussi les procès immortelz.
Sac dessus sac, et forme dessus forme, L'évident droict en obscur je transforme Et par deffaulx et par forclusions, Adjournements et intymations , Je subvertis du bon droict la substance, Ou je l'altère et le tiens en balance, Prest à tomber et facile à ranger, Pour dessus luy en faire transiger :
Bref je suis craint comme le vif tonnerre Que Jupiter eslance sur la terre.
GÉnm.
Pourquoy veux-tu notre plumage avoir Estant orné d'un si brave pouvoir, Et d'un mestier qu'en tel beur tu exerces Garny d'engins et de ruzes diverses?
CBICANOCX.
Tu entendras pourquoy je cherche tant D aller ainsi vos plumages portant :
Quand je m'en vay pour adjournerun homme Rude, fascheux, ou bien un gentilhomme, Allant chez lui pour gaigner le teston, Il va pleuvant mille coups de baston Dessus ma teste, et souvent son espée Dedans mon sang est fièrement trempée, Et à grandz coups il ne s'espargne pas D'estafiler mes jarrets et mes bras Et mon visage, imprimant 6a colère Sur moy qui suy venu pour luy deplère : Or je voudrois avoir le dos ailé A ceste lin que m'en estant allé Faire un exploict dedans le domicile D'uue personne à courrousser facile, Et que l'ayant adjourné promptement, Tenant en main tout prest l'adjournement, J'eusse aussi tost mon aile toute preste Pour m'en voler et fuir la tempeste