LES JOURNAUX ET LES ACADÉMIES
agréablement joué dans le Chef-d'œuvre d'un inconnu (1714). L'auteur de ce badiuage et des Mémoires littéraires, le célèbre Saint-Hyacinthe, n'est pas un grand helléniste; il y parait bien à son jugement, tout plein d'erreurs, sur les Grammaires de Port- Royal. Il est de ceux qui, en discréditant le pédantisme, découragèrent un peu, du môme coup, le vrai savoir. Le temps est venu où, pour se faire bien venir du public, on affecte le dédain des langues anciennes. C'est alors qu'on écrit dans le Mercure de France (1727) :
Toute langue aujourd'hui devient énigmatique.
On n'entend plus le grec, assez peu le latin,
Je crains pour le françois un semblable destin, etc.
C'est l'épigraphe du Dictionnaire néologique, à Vusage des beaux esprits, avec Vèloge de Pantalon Phœbus, etc., par l'abbé Desfontaines, où reparaît le personnage désormais populaire de « l'illustre raessire Christophle Matanasius » (1). On regretterait de s'arrêter longtemps à ces futilités, bien qu'elles appartiennent à l'histoire et qu'elles caractérisent, à quelques égards, le mouvement des esprits et les caprices du goût au début du dix-huitième siècle.
Il est plus intéressant et plus juste d'étudier, durant cette période, la formation et le progrès des institutions académiques, ainsi que l'influence que les académies ont exercée sur le goût public en matière de littérature ancienne.
(l) 1727. Plusieurs fois réimprimé et utile à consulter pour riiisloirc de la langue française.
74 L'HELLÉNISME EN FRANCE. - 2f LEÇON.
Certes, l'Académie française, soit dans l'intention des premiers littérateurs qui la constituèrent, soit dans les desseins de Richelieu , son premier Protecteur, n'était pas destinée à promouvoir l'érudition française. C'était une élite et une réunion de beaux esprits, d'élégants écrivains, de critiques pleins de goût tous également jaloux de perfectionner la langue française et de l'honorer par leurs ouvrages. Et néanmoins, dès sa création, l'Académie française témoigne de l'étroite alliance qui unit chez nous les belles-lettres et la science de l'antiquité. Nous avons la liste des premiers mémoires qui, en 1 635, furent lus dans les réunions de la Compagnie. J'y remarque le mémoire de Bachet de Méziriac sur ou plutôt contre la traduction de Plutarque par Amyot Méziriac prétendait y avoir compté jusqu'à deux mille contre-sens; c'était beaucoup dire, et Amyot est sorti avec honneur du contrôle d'une critique moins partiale (1). Mais une Compagnie qui s'intéressait à de telles discussions prenait au sérieux la partie scientifique de ses devoirs. A la même date appartient le Discours de l'éloquence et de limitation des anciens, par G. Colletet, où, après un portrait piquant de l'imitateur servile dans la personne du cicèronien, on lit cette page vraiment remarquable, malgré la pompe affectée du style, sur la méthode qui doit désormais diriger dans leurs efforts les amis et les imitateurs de l'antiquité classique :
« Ce n'est donc pas cette sévère et ridicule imita-
(I) Voir A. deBlignières, Essai sur Amyot, p. 435 et suiv.