‹ L'Hellénisme en FranceChapitre 34 sur 216 · LE GREC A L'ACADÉMIE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

LE GREC A L'ACADÉMIE FRANÇAISE

meut de 1 640 à 1 694 , porte l'empreinte des méthodes sévères qu'avait enseignées la vieille école de nos hellénistes. Chose singulière, et qu'on oublie volontiers, la première édition du Dictionnaire de VÂcadé?nie est faite en partie sur le plan du Thésaurus linguse Grœcse d'Henri Estienne. Comme dans le Thésaurus, les mots y sont rangés par ordre de racine, ce qui supposait beaucoup d'attention à leur étymologie; et, bien qu'en matière d 'étymologie la critique de Ménage (l) et de ses confrères laissât beaucoup à désirer, c'était déjà une chose fort honorable d'avoir préféré un plan scientifique au classement par ordre alphabétique, que les gens du monde devaient trouver plus commode (2). L'Académie en cela ne flattait pas les salons; elle songeait avant tout aux esprits sérieux en traitant la langue française comme une langue savante. C'est encore la raison de sa fidélité à l'orthographe étymologique, surtout en ce qui concerne les mots dérivés du grec (3).

(1) Origines de la langue françoise (Paris, 1650, in-4°), fort enrichi et amélioré dans l'édition de 1694, in-folio, dont la publication coïncide précisément avec la première édition du Dictionnaire de l'Académie française.

(2) Ce rapprochement de l'édition de 1694 avec le Thésaurus de H. Estienne n'a pas échappé à M. Villemain dans sa Préface de la nouvelle édition donnée en 1835 par l'Académie française.

(3) Voir les Cahiers et remarques sur V orthographe françoise, pour estre examinez par chacun de Messieurs de V Académie* avec des observations de Bossuet, Pellisson, etc., publiés avec une introduction, des noies et une table alphabétique , par Ch. Marty- La veaux (Paris, 1863, in- 18), par exemple, la page 9, sur l'emploi de l'y.

Peut-être même a-t-elle poussé trop loin cette préférence. En général, et tout en admirant cet effort méritoire de l'érudition appliquée à notre langue, je ne sais si la rédaction même d'un pareil dictionnaire n'implique pas une certaine méprise et n'a pas eu quelques conséquences fâcheuses. On était alors trop préoccupé de constituer l'Académie en tribunal suprême pour tout ce qui tenait à l'usage de la langue française. Le besoin de discipline et d'uniformité, que tout contribuait alors à entretenir et à satisfaire dans la France monarchique, tendait à exagérer les droits de l'élégante Compagnie (1). On s'habituait de plus en plus à lui demander des théories et des décisions autant que des exemples ; et à son tour, elle s'accoutumait à considérer le langage comme un ensemble de formes créées avec réflexion et toujours soumises à l'autorité des geus de savoir et de goût, comme un domaine dont les limites pouvaient être géométriquement déterminées et fixées par des arrêts officiels. Dieu me garde de rien exagérer, mais je ne sais si, même sans le vouloir (2), on n'oubliait pas

(1) Bossuet (Discours de réception à l'Académie française) aimail à voir dans cette compagnie « un conseil souverain, dont le crédit, établi sur l'approbation publique, peut réprimer les bizarreries de l'usage et tempérer les dérèglements de cet empire trop populaire. »

(2) L'Académie, en effet, se défend de cette prétention dans sa Préface : « Il s'estoit glissé une fausse opinion parmi le peuple dans les premiers temps de l'Académie, qu'elle se donnoit l'autorité de faire de nouveaux mots et d'en rejeter d'autres à sa fantaisie. La publication du Dictionnaire fait voir clairement que l'Académie n'a jamais eu cette intention et que tout le pouvoir qu'elle s'est attribue ne va qu'à expliquer la significa-

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