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L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS

avec clarté, avec bon goût, les sujets les plus divers d'érudition et de littérature ! Il y avait là le témoignage d'un progrès véritable dans l'esprit de la nation. Avec le temps, sans rien perdre de ses bonnes manières, la science académique gagnera encore un surcroît de force et de solidité. Fréret, dont l'admirable critique éclairait un si vaste savoir, saura être à la fois un historien profond et un très-correct écrivain, un maître dans l'art de chercher et dans l'art d'exprimer clairement les résultats de ses recherches.

Malgré quelque mélange d'éléments moins solides, la collection des Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, depuis 1717 jusqu'en 1793, est donc un des plus beaux et des plus riches monuments de la science française. Elle représente chez nous un effort singulièrement fécond et heureux pour pénétrer le génie du monde ancien et pour en faire passer dans notre civilisation la plus pure substance. Les travaux de cette Compagnie se sont fort étendus dans la seconde période de son existence et jusqu'à nos jours Un inonde nouveau s'est ouvert à ses recherches, par l'étude du sanscrit et du zend, par le déchiffrement des hiéroglyphes égyptiens et des écritures assyrieunes, par le renouvellement des méthodes appliquées à la science des religions, par le progrès des découvertes en épigraphie et en archéologie. D'autre part, la simple traduction des textes classiques de l'ancienne littérature grecque et

séré aux Comptes rendus de l'Académie des sciences morales,

en 1857.

les discussions de pure théorie sur la poétique ont paru à nos académiciens une occupation moins utile, et elle n'a plus de place comme autrefois dans le recueil de leurs Mémoires. Mais ces extensions et ces restrictions diverses témoignent également du pro grès des lettres savantes en notre pays et de la judicieuse activité avec laquelle s'y associe depuis deux siècles une Compagnie éminemment française par l'esprit et le savoir. Il m'est, je crois, permis de lui rendre cet hommage sans que mes sentiments personnels le rendent suspect de complaisance ou d'exagération.

Je n'oublie pas d'ailleurs ce que la science doit aussi à nos Académies provinciales. L'Université de Paris et les Académies fondées par Louis XIII et par Louis XIV éclipsent un peu les établissements littéraires de la province, et font oublier leurs utiles travaux. Cet oubli est souvent injuste. Des Compagnies où figuraient les Huet, les Bouhier, les De Brosses méritent assurément une place honorable dans l'histoire littéraire; nous recourons encore avec profit à la collection de leurs mémoires, où plus d'un érudit modeste a déposé le fruit de recherches consciencieuses (I). Mais on ne peut méconnaître

(1) Citons en un exemple: les deux mémoires du marquis de T h yard « Sur la bonne chère chez les anciens », au tome II du Recueil de l'Académie de Dijon, mémoires dont il faut rapprocher les Recherches de Le Beau le jeune sur les Parasites (Mém.de l'Acad. des inscriptions, t. XXXI); les Recherches de Du Theil sur le même sujet, à la suite du traité de Plutarque Sur la manière de discerner le flatteur d'avec un ami (Paris, 1772). C'était depuis longtemps un sujet familier à l'érudition

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