SAVANTS FRANÇAIS A L'ÉTRANGER
que la prépondérance croissante de Paris snr la province, prépondérance que déjà Ronsard (1) avait signalée avec regret, eut une influence fâcheuse, à beaucoup d'égards, sur le développement de la littérature savante. Avec le temps, on voit peu à peu diminuer la force des universités, diminuer le nombre des imprimeries provinciales, qui jadis luttaient entre elles d'activité intelligente pour les publications de nos jurisconsultes, de nos historiens, de nos philologues.
Un autre et plus grave dommage fut celui qu'apporta la révocation de l'Édit de Nantes. Funeste à la prospérité matérielle de la France, cet acte ne le fut pas moins à sa prospérité morale : il ne rétablit que d'une façon mensongère l'unité religieuse, et cela au prix de sacrifices dont, aujourd'hui encore, nous ressentons peut-être les conséquences douloureuses. On sait combien d'esprits aussi généreux que savants furent dès lors obligés de chercher hors de nos frontières une liberté qui manquait chez nous pour toute discussion religieuse ou politique. L'Angleterre et la Suisse, mais surtout la Hollande et la Prusse ont ainsi reçu, avec des colonies d'émigrés
et au bel esprit français, comme on le voit par l'édition du Parasite de Libanius, due à Féd. Morel (Paris, 1601), par le Funus Parasiticum de Nie. Rigault (Paris, 1601), enfin par un opuscule inséré dans les Œuvres de Sarrazin, p. 485 (éd. 1696) : Attici secundi G. Orbilius musca sive bellum parasiticum. La traduction des lettres d'A Ici phron par l'abbé Richard ( 1785, 3 vol. in-12) mérite aussi d'être consultée pour cette histoire, si futile qu'elle soit, de la gastronomie ancienne, (l) Voir plus haut, 1. 1, p. 400, note 3.
français, un surcroit notable d'ardeur pour les travaux de l'érudition et de la critique. A ne considérer que ceux de ces travaux où les lettres grecques ont quelque part, les noms seuls de Bayle, de Jean Le Clerc, de Barbeyrac, nous rappellent toute une école cbez qui l'étude de l'antiquité soutenait et dirigeait les forces du génie moderne. Le Dictionnaire historique de Bayle (1697), le traité de Jean Le Clerc de Critica (1712), la solide et méthodique compilation de Barbeyrac, Histoire des anciens traitez ou Recueil.., des traitez répandus dans les auteurs grecs et latins (1739), sont des livres qui auraient dû paraître en France, au lieu de paraître à. Amsterdam ou à la Haye. Qu'avons-nous gagné à ce que Bichard Simon (et Bichnrd Simon n'était pas protestant, mais catholique) fût forcé de continuer en Hollande les publications commencées par lui en 1678, à Paris, sur l'histoire des livres saints? à ce que tant de journaux littéraires sous les noms de Nouvelles, de Bibliothèques, etc., aient dû se fonder hors de France? Ils ne se sont pas moins répandus chez nous pour cela, et l'esprit de rancune, le ton d'aigreur qui s'est souvent mêlé à leur critique en a diminué l'autorité.
Quant à la Prusse, elle ne nous doit, que je sache, ni un théologien érudit, ni un helléniste. Les Mémoires de M. de Moulines sur Dion Cassius, ceux de Meierotto sur Hérodote et sur Thucydide, que je trouve dans la collection de l'Académie de Berlin, sont des œuvres médiocres. Les amis et les élèves de Voltaire n'ont pu importer là une forte dose d'hellénisme. Mais cette collection même, qui, pendant près