‹ L'Hellénisme en FranceChapitre 39 sur 216 · T1LLEM0NT. LES BÉNÉDICTINS · texte numérisé non relu

T1LLEM0NT. LES BÉNÉDICTINS

de soixante ans, ne contient que des mémoires écrits en français, est un frappant témoignage du rôle important de l'esprit français dans le développement de la science allemande (l). 11 a fallu les guerres de la République et de l'Empire pour déshabituer nos voisins de l'usage de notre langue dans la première de leurs Académies. Mais iront-ils pas un peu continué de penser, sinon d écrire en français, plus qu'ils ne croient, plus qu'ils ne le voudraient eux-mêmes? Qui sait si dans l'énergie que déploie aujourd'hui pour la vie savante et pour la vie politique cette forte et ambitieuse nation, nous n'avons pas le droit de reconnaître quelque peu de la séve généreuse que lui infusa jadis l'émigration des protestants français? Ce sont là de graves questions, que je n'ai pas ici le temps ni peut-être le droit de résoudre, mais qui intéressent de trop près notre patriotisme pour qu'il ne me fut pas, au moins, permis de les poser.

En dehors des Académies dont nous venons d'apprécier l'influence, en dehors des luttes religieuses dont nous avons signalé les funestes effets, quelques hommes conservent en France, au dix-septième siècle, dans les recherches savautes, la sérénité d'une critique impartiale. Parmi eux, et au premier rang,

(1) À. Sayous, Histoire de la littérature française à l'étranger (Paris, 1853-1861, 4vol. in-8°); — Chr. Bartholmess, Histoire philosophique de l'Académie de Prusse (Paris, 1850, 2 vol. in-8'); — C. Leoient, Étude sur Bayle (Paris, l855,in-8°); — Ch. Weiss, Histoire des réfugiés protestants de France depuis la révocation de l'édit de Nantes (Paris, 1853, 2 vol. in-12) ; — Éd. Laboulaye, Essai sur la vie et les doctrines de F. C. de Savigny (Paris, 1842, in-8").

est celui que M. Sainte-Beuve appelle finement le parfait élève de Port-Royal, Lenain de Tillemont, l'auteur de Y Histoire des Empereurs ( 1 ), des Mémoires pour servir à l'Histoire ecclésiastique (2), de tant d'autres travaux dont quelques-uns sont restés longtemps ou restent encore inédits. Dans les études sur l'antiquité, les seules dont nous ayons à parler ici, Tillemont est vraiment un modèle de savoir profond et d'exacte critique. On peut, aujourd'hui, juger autrement qu'il n'a fait les Césars de Rome, les saints et les docteurs de l'Église grecque (3) et de l'Église latine; mais, en tout ce qui touche à cette histoire des cinq premiers siècles de notre ère, il reste pour nous le guide le plus sûr ; malgré la découverte de textes qu'il n'a pu connaître, malgré les progrès que nous avons faits dans l'interprétation des documents anciens, on ne peut traiter de ces matières sans se mettre, avant tout, à son école. Dans le cercle où l'enfermait une foi sincère, attestée par sa vie et par quelques écrits spéciaux de sa main (4), il est admirable de voir avec quelle fermeté

(t) 1690 et suivantes.

(2) 1693 et suit. L'article Lenain de Tillemont, dans la Biographie universelle de Michaud, contient une précieuse bibliographie de ces deux ouvrages. Je n'avais pas à m'occuper de la Vie de saint Louis.

(3) Les bibliographes signalent comme devant beaucoup à sa collaboration, les Vies de saint Atbanase (1671), de saint Basile (1674), et de saint Grégoire de Nazianze (1674), par G. Hermant. Cf. Sainte-Beuve, Port-Royal, t. III, p. 524, 2e éd.

(4) Voir ses Réflexions et Lettres de piété imprimées à la suite de sa Vie, par Tronchay (Cologne, 1711, in-12).

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