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LES INTERPRETES FRANÇAIS D'ARISTOTE

coïncide avec la plus grande autorité d'Aristote eu matière de rhétorique et surtout de poétique. La Poétique de La Mesnardière (1640), la Pratique du théâtre de l'abbé d'Aubignac (1657), le Traité du Poème épique du P. Le Bossu (1675), ne sont, chacun à leur manière, que des commentaires du petit livre d'Aristote sur la tragédie et sur l'épopée. Ils montrent bien le travers que Malebranche a finement décrit et qu'il appelle « la préoccupation des commentateurs » (1). On en peut dire autant des Réflexions du Père Rapin sur la Poétique d'Aristote et sur les ouvrages des poètes anciens et modernes (1674). Tous ces livres, sur des tons divers, et sauf certaines diversités de doctrine, ne font guère que continuer la tradition des Robortelli , des Caslelvetro , des Scaliger, des Paul Beni. La Mesnardière, qui fut de la première Académie française, se donne hardiment comme un commentateur d'Aristote. Seulement, il se croit bien supérieur à tous ceux, qui l'ont précédé. Il se fait surtout de la poésie une idée que l'Athénien Aristote aurait difficilement reconnue, quand il écrit : « Nous réserverons à prouver solidement, dans l'examen de chaque poème, qu'aucun d'eux n'est si abject que de prendre pour sa fin le plaisir d'up peuple stupide , comme avance Castelvetro , el nous n'apporterons que les raisons particulières qui concernent la tragédie ; » belle déclaration que suit une invective contre les goûts de la vile populace. Quand il a tracé le plan, que d'ailleurs il n'a point

(I) Recherche de la vérité, livre II, 2e partie, c. 6.

rempli, d'un grand traité de tous les genres de poésie, il termine sur ce ton que Scudéri n'eût pas desavoué : « .Après ces avertissements qui nous étoient nécessaires, entrez dans le temple des Muses, approchez-vous de leurs autels, et considérez leur grâce majestueuse, sans craindre leur divinité. Elles sont du sexe des dames et du sang des cavaliers. Ces illustres filles du ciel ont les qualités de leur père. Elles sont également et sublimes et lumineuses, et, après tout, il est certain que vous êtes plus élevés que l'ordinaire des hommes, si vous avez de la passion pour le langage des dieux. » Emphase pour emphase, j'aime mieux, sur ce sujet, la monotone mais noble poésie de Ronsard dans son Ode à L'Hôpital. Heureusement, La Mesnardière ne soutient pas toujours ce ton de puérile fanfaronnade, et il se résigne quelquefois à traduire simplement Aristote son maître, comme dans la définition suivante de la tragédie, où les derniers mots seulement vont contre le sens de l'original grec : « La tragédie est la représentation sérieuse et magnifique de quelque action funeste, complète, de grande importance et de raisonnable grandeur, non pas par le simple discours, mais par l'imitation réelle des malheurs et des souffrances, qui produit par elle-même la terreur et la pitié, et qui sert à modérer ces deux mouvements de l'âme. »

L'abbé d'Aubignac est un interprète plus modeste (l) et plus sensé des doctrines aristotéliques

(1) En parlant de sa modestie, je ne dois pas oublier que, dans rédition de 1715, au-dessus d'une vignette du titre, ou lit cette.devise : A V Immortalité, et qu'on voit en regard une

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