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L'ABBÉ D'AUBIGNAC

dans la Pratique du théâtre, que, sur le titre, il déclare « très-nécessaire à ceux qui veulent s'appliquer à la composition des poèmes dramatiques, qui les récitent en public ou qui prennent plaisir à en voir les représentations ». Il écrit avec une honnête simplicité; mais c'est le philosophe le plus convaincu de l'importance des principes, c'est le pédant le plus obstiné à tirer de ses principes des règlements minutieux. Il défend les plaisirs du théâtre contre les théologiens qui les condamnent (1), mais ce sont des plaisirs que, selon lui, on ne doit pas goûter en dehors des règles. Ces règles, il les croit toutes indignement méconnues par les poètes modernes, et voilà pourquoi il les veut enseigner à tous, aux auteurs pour qu'ils n'égarent pas le public, au public pour qu'il sache bien apprécier les auteurs. « Chacun sait, dit- il, qu'il n'y a jamais rien eu de plus monstrueux en ce point que les poèmes que nous avons vus depuis le renouvellement du théâtre en Italie, en Espagne et en France, et, hors les héros de M. Corneille, je doute que nous en ayons un seul où l'unité de lieu soit rigoureusement gardée. Pour le moins est-il certain que je n'en ai point vu. » Or,, là-dessus, il faut avouer que d'Âubignac n'est point commode à satisfaire. Il veut « que le lieu où le premier acteur qui fait l'ouverture du théâtre est supposé, soit le même jusqu'à la ûn de la pièce... Ce lieu ne pouvant

vignette ainsi intitulée : Apollon conseille à Melpomène et à Thalie de joindre la pratique à la théorie dans V usage du théâtre.

(1) Livre t, oh. 1, « servant de préface à cet ouvrage ».

souffrir aucun changement en sa nature, il n'en peut admettre aucun en la représentation, et par conséquent tous les autres acteurs ne peuvent raisonnablement paroitre ailleurs » (1). Sans doute Aristote n'a dit mot de toutes ces belles choses ; mais, suivant dAubignac, « c'est qu'il les tenoit pour si évidentes qu'il n'a pas jugé nécessaire d'en parler ». L'unité de temps ne lui donne pas moins de scrupules. Les Anciens ne l'ont pas toujours observée; il s'en faut de beaucoup. Aristote l'indique, mais avec trop peu de précision. D Aubignac n est pas bien sûr si les mots $ pixpov igaXXccTTEtv signifient simplement s'écarter d'un tour de soleil, aller au-delà d'une jour* née. Il propose de les entendre par : « changer un peu ce temps, c'est-à-dire l'étendre du jour à la nuit ou de la nuit au jour. » Voilà qui est bien subtil, mais qui vaut mieux pourtant que de recourir, comme il l'a fait plus haut (2), à l'hypothèse d'un «jour polaire », ce qui permettrait d'étendre la durée du drame jusqu'à six mois. On voit à quelles misères se trouvait condamnée cette superstitieuse méthode qui s'attachait au texte d' Aristote comme à des paroles d'Évangile. Il faut lire là-dessus la longue controverse de d'Aubignac avec Ménage, à propos d'une pièce de Térence, qui est elle-même imitéedu théâtre grec, pour comprendre avec quelle conscience, avec quelle passion on s'attachait alors aux théories et aux exemples de l'antiquité. Ménage nous fait sourire aujourd'hui, quand il écrit : « Je crois avoir démontré

(1) Livre III, ch. 2, p. 89, édit. de 1715.

(2) Livre II, ch. 7, p. 108.

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