PELLISSON TRADUCTEUR D'HOMÈRE
et biea des traverses douloureuses aient détouroé Pellisson de ces études, où il apportait un sentiment, assez rare alors, de la belle antiquité. Son dernier biographe (1) incline à lui attribuer aussi des Remarques sur Homère, adressées à M. Le Laboureur et conservées également parmi les papiers de Conrart; c'est là encore un morceau plein de bon sens, quelquefois même de finesse, qui semble, en effet, de la même famille que l'analyse de ÏOdyssée. On y remarque, par exemple, d'assez justes observations sur les ressemblances de la Bible avec les poëmes homériques, sujet bien des fois traité depuis, notamment par Mme Dacier dans mainte page de son commentaire, et qui ne manquait pas alors de nouveauté piquante (2).
Par malheur, la petite école que représentent Pellisson et ses amis n'eut guère d'autorité hors de leur province, et ces heureux essais de critique, demeurés inédits, ne contribuèrent pas à diriger le
(1) F.-L. Marcou, Étude sur la vie et les œuvres de Pellisson (Paris, 1859, in-8°), p. 52. Manuscrits de Conrart, in-folio, XII, p. 1479-1502.
(2) Zach. Bogan, Homerus 'EgpatÇwv, sive Comparatio Homeri cum scriptorious sacris quoad normam loquendi (Oxford, 1658), ouvrage qui parait postérieur de quelques années à celui que M. Marcou nous a signalé dans la Collection de Conrart ; car l'auteur de ces Remarques sur Homère se déclare, en un passage, « encore trop jeune pour dogmatiser, » ce qui, vers 1650, conviendrait assez à l'âge de Pellisson, né en 1624. — Le docteur Lowth (1753) et ilerder (1782 et suiv.) sont arrivés aux mêmes comparaisons en partant de la poésie des Hébreux. Chateaubriand en a renouvelé quelques-unes avec éloquence dans le Génie du Christianisme.
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goût de nos grands salons littéraires. Trente ans plus tard, nous retrouvons Homère presque aussi mal traduit par M. de la Valierie qu'il l'avait été par Boit cl. Ce n'est pas que M. de la Valterie ne prétende à l'exactitude. « Excepté les égards qu'il a eus pour nos manières, il peut prendre à témoin ceux qui entendent la langue grecque qu'il a copié exactement son original, étant persuadé que la beauté de son ouvrnge consistait à conserver avec quelque sorte de religion tous ses traits et à les exprimer avec une parfaite fidélité. » Mais il faut voir ce que valait une fidélité sujette à tant de réserves : « Pour prévenir, dit-il, le dégoût que la délicatesse du temps auroit peut-être donné de mon travail, j'ai rapproché les mœurs des anciens autant qu'il m'a été permis. Je n'ai osé faire paroitre Achille, Patrocle, Ulysse et Ajax dans la cuisine, et dire toutes les choses que le poète ne fait point difficulté de représenter. Je me suis servi de termes généraux, dont notre langue s'accommode mieux que de tout ce détail, particulièrement à l'égard de certaines choses qui nous paroissent aujourd'hui trop basses, et qui donneroient une idée contraire à celle de l'auteur, qui ne les considéroit point comme opposées à la raison et à la nature. » On devine quelles peuvent être les exigences de « la raison et de la nature « interprétées par M. de la Valterie, et ce que deviennent le naïf et le sublime d'Homère sous la plume d'un écrivain si étrangement scrupuleux. M. Berger de Xivrey en a cité d'amusantes preuves dans ses Recherches sur les sources antiques de la littérature