‹ L'Hellénisme en FranceChapitre 66 sur 216 · ÉLOQUENCE PROFANE · texte numérisé non relu

ÉLOQUENCE PROFANE

lorsqu'on jour Vollaire voulut célébrer les héros morts dans la guerre de 1741 (1); tout ce qu'il sut faire alors pour se rapprocher des usages de la Grèce classique, ce fut de louer les officiers de l'armée victorieuse ; les soldats ne pouvaient prétendre à un tel honueur. On sait la fameuse définition que donne d'une armée l'élégant Fléchier dans son oraison funèbre de Turenne; un orateur grec du temps de Périclès aurait peut-être ainsi traité les soldats du roi de Perse; mais ce langage, en parlant des soldats d'Athènes ou de Sparte, eût semblé une suprême insulte.

L'éloquence profane et, en particulier, l'éloquence politique sont peut-être moins stériles au seizième et au dix-septième siècle que Fénelon (2) ne l'a bien voulu dire, oubliant Est. Pasquier, L'Hospital, Du Vair, Marion, les harangues de la Mènippèe, les états généraux de 1614, et ne se souvenant que des libres institutions d'Athènes. Si amoindrie quelle soit par la prédominance croissante du pouvoir royal, l'autorité parlementaire De manque pas tout à fait, au moins elle ne manqua pas jusqiien 1667 d'occasions de se produire. Sans parler des délibérations intérieures du parlement, le droit de remontrance que ce corps s'était attribué dès le quinzième siècle, qu'on avait seulement réglé en 1566, qui ne fut restreint que cent ans plus tard aux actes concernant les particuliers, et qui reparut plus libre après la

(1) Tome XXXIX, p. 29, éd. Bcuchot.

(2) Lettre sur les occupations de l'Académie, c. iv.

mort de Louis XIV, ce droit, propre à notre constitution parlementaire et monarchique, donnait lieu à beaucoup de discours dont il ne faudrait ni exagérer ni rabaisser l'importance. L'avocat Gilbault a publié en 1679 un Trésor des harangues et remontrances faites aux ouvertures du parlement, avec quelques autres pièces qui se rattachent aux mêmes affaires. On y peut prendre une idée de ce qu'était cette forme particulière de l'éloquence. L'éloge banal, l'adulation même y abondent, comme chez les panégyristes grecs et romains; mais, sous cet appareil d'obséquieux respect, bien des sentiments généreux trouvent à se faire jour, bien des idées de sages réformes et des conseils qui n'ont pas dû être sans influence sur la direction des affaires. On parle aux rois et aux reines comme on parlait aux empereurs et aux impératrices de Rome ou de Byzance ; mais, si le ton est le même, l'inspiration est différente ; l'esprit français y mêle quelque cbose de ferme et de hardi. La part une fois faite au pouvoir indiscutable du monarque, les institutions et les hommes sont jugés avec une franchise qu'on n'aurait pu se permettre devant Théodose ou devant l'un de ses fils. Le style n'a pas toute la correction ni toute la délicatesse dont on était jaloux à l'Académie française; mais il ne manque pas d'une certaine ampleur et d'une noble gravité (1).

(1) Voir, par exemple, tome 11, page 307 de la réimpression de 1685, la Remontrance d'un M. de Balsac à la Reyne régente. Gilbault a, malheureusement, eu le tort de retoucher les morceaux dont le style lui semblait avoir vieilli , et de ne

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