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PRÉCEPTES DE DU VAIR

YOrator et le de Oratore. C'est donc de lui surtout

et de Quintilien que relève la doctrine de Du Vair. Bien plus, de même que jadis Cicéron, pour joindre l'exemple au précepte, avait traduit en son beau latin les deux harangues contradictoires de Démosthène et d'Eschine, en y ajoutant pour préface une brève et heureuse description du vrai caractère de l'orateur attique, de Optimo Génère oratorum (1); de même Du Yair voulut justifier sa théorie et ses préceptes en nous donnant la traduction française de ces deux harangues, avec celle de la Mi Ionienne de Cicéron. Ces trois versions ne sont pas des chefsd'œuvre ; mais elles sont encore estimées des connaisseurs. Elles répondaient bien au besoin du siècle qui les a vues paraître : c'était là une intelligente et généreuse tentative pour offrir aux orateurs français des modèles dignes de leur émulation.

Quel que soit le mérite des travaux de Du Vair et l'à-propos de ses conseils, on ne peut, néanmoins, voir sans étonneraent qu'il connaisse si peu l'histoire de notre éloquence française ou qu'il semble négliger si complètement les exemples divers qu'il en avait sous les yeux et qui ne méritaient pas tous ses dédains. Depuis saint Bernard (*2) et saint Tho-

(1) Dès 1557, P. Ramus avait publié ses Prxlectiones sur cet opuscule de Cicéron, qui ont été réimprimées en 1582 avec ses Commentaires sur divers autres écrits du même auteur.

(2) Outre les ouvrages cites ci-dessus, consulter sur saint Bernard une thèse de M. Géruzez (1836), et la dissertation de l'abbé E. Blampignon, de l'Esprit des sermons de saint Bernard (Paris, 1858, in-8°).

mas d'Aquin (1) jusqu'à Pierre Charron, depuis Jean Gerson (2) jusqu'au chancelier de l'Hôpital, depuis Menot et Maillard jusqu'aux prédicateurs de la Ligue; depuis Jean Petit, l'apologiste du meurtre du duc d'Orléans, jusqu'aux auteurs de la Satire Mènippée; depuis le Contre un de La Boëtie jusqu'aux Tragiques d'Agrippa d'Aubigné, que de formes n'avait pas revêtues l'éloquence française, et que de rôles n'avait-elle pas joués à travers les vicissitudes de notre histoire et celles du goût public ! Était-il juste de dire que l'éloquence politique n'eut pas sa place sous le vieux régime monarchique de la France? Sans doute, dans les temps où l'autorité royale s'exerça sans discussion et sans contrôle, les grands intérêts de l'État n'étaient pas mis en délibération comme dans les assemblées du peuple à Athènes et à Rome; mais que de fois les violences de la guerre ou des révolutions avaient ébranlé ou rompu les ressorts de cette organisation monarchique ! Dans le désordre des partis, que de fois la parole était devenue une arme aux mains de fougueux tribuns, comme fut, par exemple, Étienne Marcel! Les seuls États généraux de 1484 nous ont laissé Je souvenir d'une assemblée délibérante, où les trois ordres de l'État, par la voix de leurs orateurs, purent librement soutenir leurs droits et leurs prétentions (3). L'Université avait

(1) Voir la thèse de l'abbé E. Goux de Sancli Thomx Aquinatis sermonibus (Paris, 1856, iii-8°).

(2) Voir la thèse de l'abbé Bourret sur les sermons français de Gerson (Paris, 1858, iu-8°).

(3) Voir le Procès-verbal qu'en a rédigé J. Massellln.

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