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LES HARANGUES CHEZ LES HISTORIENS

en examiner de trop près les procédés, et que la vraisemblance y tenait volontiers place de la vérité. Peu de réclamations s'élevèrent chez les anciens contre une méthode qui paraissait pleinement justifiée par tant de beaux exemples. Sauf quelques exceptions, l'histoire fut écrite à Rome, comme elle Tétait en Grèce, avec un mélange de discours appropriés aux situations et aux caractères, et heureusement accommodés aux proportions du récit. De bonne hejure aussi ces petits discours, où se condensaient pour ainsi dire la philosophie politique et le talent oratoire de l'historien, servirent de modèles pour la jeunesse dans les écoles de rhétorique. On en fit des recueils (I) , on recueillit même les discours de Y Ênéide (2) ; on les classa par espèces oratoires, on les décomposa en leurs parties régulières. Il y eut comme un échange de services entre le rhéteur et l'historien. Le rhéteur était presque seul chargé d'enseigner l'histoire et de donner les règles du genre; l'historien fournissait au rhéteur de petits modèles d'art oratoire, que leur brièveté même rendait commodes pour l'enseignement.

Le ConcioneSy pour l'appeler par son nom, le Conçûmes, chose si ancienne et que le moyen âge n'avait pas oubliée (3), devint bien vite un sujet de pré- Ci) Dion Cassius, LXVIl, 12, et Suétone, Domitien, c. 10.

(2) Saint Augustin, Confessions, I, 17; Servius, ad ASneidem, X, 18.

(3) On en a la preuve dans le recueil, que les manuscrits nous ont conservé, des discours extraits des Histoires de Salluste, et dans le TfcXoç «epi £7)(i7]Yoptûv qui faisait partie de la grande compilation de Constantin Porphyrogénète.

dilection chez les maîtres de la jeunesse, au seizième siècle, et de très-bonne heure on vit imprimer de petits recueils des discours de Thucydide et d'autres historiens. En 1570, Henri Estienne les éclipsa tous par sa grande et savante collection qu'il intitula : Conciones sive Orationes ex grsecis latinisque historicis excerptœ, etc. , œuvre considérable, qu'il préparait depuis quatre ans (1) avec un collaborateur, Jobus Veratius, et qu'il dédia à Pomponne de Bellièvre, ambassadeur du roi près les Cantons suisses, en insistant sur l'importance d'un pareil cadeau pour un personnage chargé des fonctions d'orateur officiel. On voit qu'il ne prétendait pas seulement à servir la jeunesse, mais aussi l'âge mûr, en publiant cette laborieuse compilation. Chose remarquable, il y comprenait, et avec raison, certains discours peu éloquents, mais authentiques, que nous ont conservés les écrivains dits de l'Histoire Auguste. Une preuve qu'Henri Estienne ne se trompait pas sur l'intérêt que devait exciter cet ouvrage, c'est que, dès 1572, on voit paraître les Harangues et conciom de Thucydide et autres auteurs mis en français par Fr. de Belleforest. Depuis ce temps, les éditions des textes grecs et latius comme aussi les traductions du Conciones se sont fort multipliées (2). Dans l'un

(1) En effet, il l'annonce dès 1566 dans une lettre à Camérarius qui précède son édition latine d'Hérodote.

(2) Voir Fabricius, Bibl. grseca, t. II, p. 734, dont le catalogue n'est pas complet. J'y ajoute : V Académie de l'ancienne et de la nouvelle éloquence, ou harangues tirées des historiens grecs et latins, trad. enfr. par le jésuite A. Verjus (Lyon, 1666;

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