DISTINCTION DES GENRES DRAMATIQUES
jamais lu le nom ailleurs que dans les préfaces du Romain Térence ( 1 ) .
Cette division même du drame en deux genres principaux, le tragique et le comique, on s'y était arrêté après bien des essais de rapprochement et de mélange, moins par déférence pour les théories anciennes que pour avoir reconnu la profonde différence des sujets et des sentiments propres à la tragédie et à la comédie. Ce qu'on appelle le drame aujourd'hui n'est guère qu'un retour à la tragi-comédie du temps de Louis XIII. Alors on y renonça faute d'avoir pu réussir ; ce fut l'expérience qui nous ramena aux exemples antiques. A notre tour, ne soyons pas esclaves de la tradition, mais n'en rougissons pas comme d'une erreur.
Ce théâtre, que certains esprits accusent aujourd'hui de monotonie, de froideur, passionna vivement nos ancêtres ; une preuve de son immense popularité se montre dans l'opposition même qu'il soulevait de la part des moralistes. Cet épisode de notre histoire littéraire mérite d'arrêter quelques instants l'attention, car on l'a peu étudié jusqu'ici, et nous y retrouverons plus d'un souvenir des controverses que souleva jadis la moralité du spectacle dramatique chez les Grecs et chez les Romains, soit avaut, soit après le christianisme.
Au milieu du dix-huitième siècle, Desprez de Boissy a publié une histoire des ouvrages pour et contre les théâtres (2). Il est intéressant d'y suivre
(1) Voir la XVIIIe leçon.
(2) [Deux] Lettres sur les spectacles, avec une histoire des
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les vicissitudes de l'opinion publique et de la législation en France sur ce sujet. Au seizième siècle, on n'a guère combattu, on n'a voulu réprimer que la licence des auteurs et des acteurs. Chaque fois que le Parlement est intervenu par quelque édit ou par quelque règlement sévère, c'était, soit pour interdire dans les collèges des jeux malséants à la jeunesse (1), soit pour préserver Tordre public compromis par la lotte des passions politiques ou religieuses. Au dix-septième siècle, ce n'est plus à de grossiers baladins, ce n'est plus à des poètes de carrefour que s'adressent les attaques ; c'est à un théâtre qu'ont purifié les lois et règlements de l'Etat, et que déjà honorent des chefs-d'œuvre. Corneille venait de faire applaudir le Cid, et toute la France était émue de ce succès vainement contesté par une petite cabale de rivaux médiocres ; il allait nous donner Horace et Cinna, quand, aux plaintes dont la comédie en général était le sujet, Scudéry crut devoir répondre par son Apologie du Théâtre. C'était en 1 639, l'année même ou naquit Racine, et, vingt-cinq ans plus tard, Racine à ses débuts allait rencontrer l'austère opposition des jansénistes de Port-Royal. Après ses deux tragédies de la Thèbaïde et d'Alexandre, il s'entendait traiter « d'empoisonneur public » par ses
ouvrages pour et contre les théâtres, 6* éd., Paris, 1777, 2 vol. in-12. La première édition de la première de ces lettres est de
(1) On en trouve de nombreux exemples dans Du Boulay, dans Grévier et dans le continuateur de Du Boulay, M. Ch. Jourdain, Histoire de l'Université de Paris (voir entre autres, Pièces justificatives, n* Cl).