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LA MORALITÉ DU THÉÂTRE

anciens maîtres, et cela l'engageait avec eux dans un débat où il retournait cruellement contre Nicole, contre Du Bois et Barbier d'Aucour, l'art de plaisanter à la façon des Provinciales (l); contraste d'autant plus piquant que Pascal lui-même avait naguère écrit, parmi les Pensées destinées à sa grande apologie du christianisme, quelques réflexions sévères et profondes contre les séductions de la comédie (2) . En vain l'honnête abbé d'Aubignac avait demandé et obtenu « pour le rétablissement du théâtre» (3) quelques réformes utiles, auxquelles plus tard la sévérité même de Bossuet devait rendre justice (4) ; deux partis restaient en présence, éga-

(1) Lettres ïi l'auteur des Hérésies imaginaires et des Visionnaires (ouvrage dirigé contre Desmarets de Saint-Sorlin). Les deux réponses de Du Bois et de Barbier d'Aucour paraissent avoir été réimprimées pour la première fois dans le recueil contenant les huit dernières lettres sur l'Hérésie imaginaire (Liège, 1667, in-!2). Le volume se termine par un petit Traité de la comédie, en trente-cinq articles, distinct de celui qui termine le cinquième volume des Essais de Nicole (XIV* traité) et qui a pour titre : Réflexions sur les spectacles.

(2) Pensées, article XXIV, n. 64, éd. Havet.

(3) Projet pour le rétablissement du Théâtre français, publié en 1657, avec sa Pratique du théâtre, et distinct d'un ouvrage du même auteur sur le même sujet, qui a paru en 1666. Goujet (Bibl. fr., t. IV, p. US), signale aussi un projet curieux pour la réforme de l'opéra, par l'abbé Terrasson, et une réponse de Dacier à ce projet, dans la préface de sa traduction du Manuel d'Épictète (1715).

(4) Maximes et réflexions sur la comédie, § 35 : « Tout le fruit des précautions d'un grand ministre qui a daigné employer ses soins à purger le théâtre, c'est qu'on y préseute aux âmes infirmes un appât plus caché et plus dangereux. »

lemeot ardents, l'un à défendre, l'antre à condamner les plaisirs du théâtre. La province comme Paris se passionnait au débat, ainsi qu'on le voit par un témoignage de Fléchier dans ses Mémoires sur les Grands Jours (1). Les théologiens et les poètes n'étaient pas seuls aux prises; un grand seigneur intervenait dans la controverse : le prince de Conti rédigeait, vers 1664, un livre qui parut en 1666, après sa mort» sur la Comédie et les spectacles selon la tradition de V Église tirée des conciles et des saints Pères, Ni Polyeucte, ni Esther, ni À t halte, ne parvieunent à coujurer les inquiétudes de l'autorité religieuse au sujet des représentations dramatiques. Loin de là, elle s'attaque de préférence aux chefsd'œuvre (2), pour montrer que les meilleurs poètes sont, par cela même, les plus séducteurs et les plus dangereux. Encore moins se laisse-t-elle arrêter par l'exemple que donne un tout-puissant monarque en protégeant Molière et en s'attachant Racine. Le P. Caffaro, religieux théatin, avait publié un écrit où il se montrait indulgent pour les jeux du théâtre, et facilement rassuré par le témoignage des honnêtes gens qui déclaraient n'y avoir pas vu matière à scan» dale. Non content d'avoir, par une première réponse, amené le P. Caffaro à se rétracter (3), Bossuet com-

(1) P. 140, éd. 1844, à propos d'une farce représentée à Clermont, et où Chapelain était fort maltraité.

(2) C'est ce que dit formellement l'auteur du Traité de la comédie, imprimé dans le recueil que nous citons plus haut, et il appuie son opinion sur de nombreux exemples tirés des pièces de Corneille.

(3) Lettre d'un théologien illustre pour savoir si la comédie

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