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L'ÉPIGRAMME CHEZ LES GRECS ET LES ROMAINS

aimée des savants et des poêles français. Saumaise et Brodeau contribuent à en épurer, à en éclaircir le texte. Le petit recueil des Anacréontiques, vrai complément de l'Anthologie, trouve un éditeur dans le jeune Bouthillier, celui même qui devait être un jour le réformateur de la Trappe. Sans compter bien des traductions éparses dans les livres de ce temps, en 1656, La Mesnardière remplit de diverses épigrammes traduites d'après le grec une partie du volume qui renferme ses Poésies. Nous retrouverons de ces imitations, diversement heureuses et aimables , dans Voltaire et au dt là.

Pour Tépigramme proprement dite, qui fut alors particulièrement cultivée, et sur laquelle on a écrit jadis tant de gros livres (I), l'esprit français a fort bien réussi. Rien que dans le recueil de Maucroix, l'ami de La Fontaine, j'en trouve un grand nombre, qui ne sont pas toujours des plus décentes, mais qui sont des plus finement aiguisées. Quant aux inscriptions des monuments, elles n'ont pu exercer l'esprit des écrivains français comme elles exerçaient celui des Grecs et des Romains. C'était aux latinistes que revenait cet office. Il a été convenu jusqu'à ces derniers temps que, même dans les rues de nos villes, il fallait écrire en latin les inscriptions destinées à être lues par des Français. Le latin, je le

(I) Voir la Bibliothèque françoise de Goujet, t. III, p. 327. Les plus célèbres écrits sur ce sujet sont celui de Lancelot (1C59) en tète de YEpigrammatttm delectus publié à l'usage des petites écoles de Port-Royal, et celui du P. Vavasseur (1669 et 1672), qui n'est guère qu'une critique du précédent.

fiais, a, pour dire brièvement en vers beaucoup de choses, une fort heureuse aptitude; le grec l'avait comme le latin, et en a fait un meilleur usage. Qu'il me soit permis, à cette occasion, de remarquer que l'épigraphie monumentale est un art dont les Grecs et les Romains nous ont donné les premiers et les plus purs modèles. Dire brièvement l'auteur et la destination d'un monument public ou particulier n'est pas chose aussi facile qu'il semble au premier abord. Les Perses anciens et les peuples sémitiques, phéniciens, assyriens et autres, qui ont écrit des milliers de pages de leurs annales sur la pierre ou sur le bronze, semblent n'avoir jamais cherché à mettre la forme d'une iuscription en rapport avec le lieu où elle doit être gravée ni avec les idées qu'elle exprime ((). Les Grecs ont les premiers compris la beauté du style qu'on appelle épigrapkique, c'est-àdire la convenance d'une langue particulière et d'un caractère particulier avec la pierre sur laquelle l'inscription doit être gravée pour perpétuer un souvenir historique. Les Romains ont développé cet art et ils lui ont donné souvent un rare cachet de grandeur. Grecs et Romains savent admirablement parler sur le marbre au passant qui interroge les ruines de leurs monuments ; ils ont fourni, en ce genre, d'ex-

(1) Je ne parle pas ici des Égyptiens, chez qui l'écriture nationale, dans ses deux formes les plus anciennes, était une véritable peinture, parlant aux yeux et à l'imagiuation autant qu'à l'esprit . En Égypte, le graveur et le peintre d'hiéroglyphes était, en même temps et par la force même des choses, un décorateur de monuments.

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