LES INSCRIPTIONS EN LATIN
cel lents et nombreux modèles, dont se sont inspirés, avant tous, les grands imprimeurs et graveurs de la Renaissance. Lorsque fut formée chez nous, en 1663, la « petite Académie pour les inscriptions et devises de Sa Majesté », elle avait précisément pour objet de renouveler cet art d'écrire sur les monuments et de l'appliquer aux souvenirs de notre histoire; elle ne le pouvait mieux faire qu'en remontant à l'antiquité classique. L'usage était depuis longtemps d'écrire en latin les légendes des médailles, les devises de tableaux, les inscriptions sur les monuments d'architecture. On s'accordait volontiers à nous recommander cet exemple (1); Santeuil nous le recommandait en beaux vers latins :
Quin inscribendis semper magis apta triumphis Roma lubens offert patrii sermonis honores (2):
et il faut avouer que, presque toujours, le latin dit en moins de mots que le français ce que nous le chargeons de dire. Gomme le grec, il use librement d'ellipses qui donnent au st\le monumental une sorte de brièveté austère et majestueuse (3). On s'ex-
(1) Voir, au tome II de la Bibliothèque françoise de Goujet, l'histoire des controverses entre les savants sur ce sujet. Voltaire en parle, avec l'esprit que I on sait, dans une jolie lettre à M. de Rochefort (28 avril 1773). L'abbc Barthélémy y touche en passant dans une page de son charmant opuscule, Essai d'une nouvelle histoire romaine.
(2) Épitre adressée à ladite Académie, p. 176 de l'édition de
(3) Voir Letronne, Du style elliptique des inscriptions dédieatoires (Revue archéologique, VII* année, 1850).
plique ainsi qu'il se soit encore conservé pour certaines inscriptions sur nos médailles et nos monuments, et qu'en Italie on cultive encore avec amour l'art d'écrire en latin sur la pierre et sur le métal (1). Chez nous, Santeuil a laissé, en ce genre, un volume de petits chefs-d'œuvre auxquels on promettait jadis l'immortalité même des monuments qu'ils décorent (2), et qui, en tout cas, survivront dans les livres où les historiens et les hommes de goût aiment à les relire. Nous avons bien fait sans doute de renoncer à écrire en latin les inscriptions de nos monuments; mais, du même coup, nous perdons de plus en plus l'habitude de consigner ainsi aux yeux et pour l'instruction de la foule maint souvenir de notre histoire : c'est une fâcheuse négligence. Un roi d'Athènes faisait graver des sentences morales sur des stèles ou plaques de pierre placées le long des che-
(1) On s'en fera une idée par l'ouvrage d'un habile latiniste, disciple de Ch. Boucheron : Th. Vallaurii Inscriptions . Accedunt epistolx duœ de re epigraphica et Osvaldi Berrinii Appendix de stilo inscriptionum ex operibus St. Ant. Morcelli deprompta (3e éd. Turin, 1865, in-12).
(2) « Elles sont, dit Tilon du Tillet (Parnasse françois, p. 331), les ornements du bronze et du marbre sur lequel elles sont gravées, et dureront autant que la ville de Paris et que les autres édifices et monuments du royaume qu'elles décorent et passeront jusqu'à la lin des siècles. » Je crois, hélas! qu'on les trouverait difficilement aujourd'hui ailleurs que dans le recueil des Œuvres de Santeuil (1698). A Paris, du moins, la dernière de ces inscriptions disparaissait naguère avec le dernier des monuments qu'elle décorait, la fontaine d'eau d'Arcueil élevée sur l'ancienne place Saint-Michel. On la retrouvera p. 351 du recueil cité, avec une médiocre traduction en quatre vers français par Bosquillon.