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LES POÉSIES FUGITIVES

mins (1 ). Nousavons de meilleurs moyens de propager la morale ; mais beaucoup d'autres notions utiles ont leur place naturelle sur un monument : la date de sa construction, le nom de son auteur, l'événement qui en amena l'érection, etc. Pour tout cela et pour les inscriptions fuuéraires, notre langue, au besoin, sait trouver des formules claires et brèves. Il est à souhaiter qu'elle ne renonce pas à lutter avec les deux langues anciennes qui lui ont, en ce genre, légué tant et de si parfaits modèles.

Si nous n'avons pas, à proprement dire, dans notre littérature, Yépigramme monumentale, où les anciens ont excellé, en revanche les petites poésies descriptives, les stances amoureuses, les billets et menus propos de table ou de société, etc., forment chez nous, sous le nom commun de poésies légères , une galerie des plus riches et des plus variées. Ces poésies ont de bonne heure rempli les feuilles littéraires et les journaux (2). Dès le seizième siècle, on en composait déjà des recueils qui se sont multipliés jusqu'à nos jours (3), et nous avons là certainement

(1) Platon, Hipparque, p. 228-229, éd. H. Estienne.

(2) Je n'en citerai que trois : Recueit des plus beaux vers de MM. Malherbe, Racan, Maynard, Boisrobcrt, etc., et autres divers auteurs des plus fameux esprits de la cour (Paris, 1638); — Recueil des plus belles épigrammes des poêles françoist par Brugière de Barante (Paris, 1698); — Élite des poésies fugitives (Londres, 1769, 5 vol. in-12).

(3) Voltaire , Conseils à un journaliste (1737 , t. XXXVII, p. 373, éd. Beuchot) : « Vous répandrez beaucoup d'agrément sur votre journal, si vous l'ornez de temps en temps de ces petites pièces fugitives marquées au bon coin, dont les porte-

une des images les plus vraies et les plus agréables de l'esprit français. La vie des salons et des ruelles, celle de la cour et de ses antichambres, s'expriment là tour à tour par des confidences diversement heu reuses, où se peignent au naturel les mœurs, les caractères, les vicissitudes de la morale et du goût. Là aussi on rencontre bien des traits de ressemblance avec la société que décrit l'Anthologie grecque. Gomme les Athéniens d'autrefois, les Français ont beaucoup vécu; ils raffiuent leurs idées et leurs sentiments. A Paris comme à Athènes, versifier est une distraction d'oisif à laquelle tout sert d'occasion. Au temps de Plutarque, un soldat athénien , obligé d'aller soutenir un procès hors de la ville, avait déposé sa bourse dans la main demi-fermée d'une statue de Démosthène qu'ombrageait un platane. A son retour, il retrouva le dépôt intact, et il raconta partout son aventure avec une grande joie. Ce fut pour les beaux esprits d'alors à qui lutterait de jolis vers pour célébrer l'incorruptibilité de Démosthène, de ce grand patriote condamné jadis par les Athéniens pour avoir, disaient-ils, reçu de l'argent d'Harpalus, l'infidèle trésorier d'Alexandre (1). Nous avons dans l'Anthologie plusieurs exemples de ces petits concours poétiques ; quelquefois aussi diverses pièces sur un même sujet ne sont pas de même date ; un poète du temps d'Auguste s'est piqué d'émulation pour surpasser uu de ses prédécesseurs en reprenant

feuilles de curieux sont remplis qui respirent tantôt le feu

poétique, tantôt la douce facilité du style épistolaire. » (1) Plutarque, Vie de Démosthène, c. xxxi.

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