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LA SATIRE ET SES FORMES DIVERSES

souvenirs, cette heureuse façon d'écrire sur des matières de politique, de morale et de littérature : c'était donc là une sorte de résurrection où nos écrivains ont une large part d'originalité.

Le nom de Ménippe et de la Satire Ménippée nous rappelle une autre espèce de malicieux poèmes qui, sous bien des formes, se sont multipliés, surtout au dix-septième siècle, dans notre langue, je veux dire la parodie et le poème burlesque. En cela aussi les Grecs nous ont précédés, mais ils n'ont pu, à vrai dire, nous servir directement de modèles. Les Parodies homériques de Matron d'Éphèse ont peut-être fourni l'idée du repas ridicule d'Horace, imité ensuite par Boileau (I). Mais ni Matron, ni Timon le Sillographe (2), qui flagellait les philosophes avec des vers empruntés à l'Odyssée ou à l'Iliade et détournés de leur sens naturel, ni la Batrachomyomachie qui porte le nom d'Homère, et qui n'est, en réalité, qu un jeu poétique de date plus moderne (3), ni même les Dialogues de Lucien, n'ont pu inspirer toute la littérature grotesque dont Boileau s'est j ustement moqué ; encore moins le Lutrin. Les vieux trouvères et les Italiens sont, chez nous, les véritables pères de cette

(i> Dans Athénée, Banquet des Savants, I, p. 5 j II, p. 62; IV, p. 134} XIV, p. 656. Cf. Horace, Satires, H, 8.

(2) Voir la Collection des fragments de ce .Timon publiée en 1859, à Leipzig, par C. Wachsmuth : de Timone Phliasio cœterisque sillographis grxcis, etc.

(3) Il en existe une agréable et très-libre imitation, publiée en 1668, sous le titre de la Guerre comique, réimprimée en 1709; puis en 1837, par Berger de Xivrey, à la suite de son édition, avec traduction française^ de la Batrachomyomachie.

poésie satirique, qui ne fut certes pas inconnue chez les anciens, mais dont ils ne nous ont pas laissé de monuments assez appréciables pour avoir attiré l'attention de nos poètes.

J'en dirai autant des Contes. Là aussi les Fables miUsiennes (1) paraissent avoir enlevé aux modernes l'honneur de l'invention ; mais, sauf un exemple, la Matrone a" Êphèse, conservée dans la rédaction latine de Pétrone, qu'en reste-t-il qui aitpu servir à Boccace, à la reine de Navarre, à la Fontaine? Nous notons là en passant des rencontres, des ressemblances partielles et fugitives, rien qui se puisse appeler, chez les Français, une imitation formelle et réfléchie.

Au reste, c'est peut-être aussi le lieu de remarquer combien l'exemple des Latins avait accrédité chez nous l'usage des mots grecs pour désigner les ouvrages les plus divers d'érudition et de littérature. Pline l'Ancien el Aulu-Gelle, dans leurs Préfaces, signalaient et enviaient la facilité des Grecs à trouver pour leurs livres des titres aimables et piquants : Raxjons de miel (Kripta), Corne d'Amalthée (Képaç 'AixaAÔEia;), Prairies (Aêijawveç) , Forêt (TXr,), Recueil universel (Ilavcextai). Les Homains les imitaient de leur mieux, et les Français prirent de bonne heure cette habitude. Comme Stace avait écrit des Silvœ, Rousard nous donne son Bocage royal; comme A. Gelle avait intitulé Nocles Àlticse son recueil d'extraits et d'anecdotes, H. Kstienne rédige des Noctes Parisinx Âtticis i4. Gellii Noctibus invigUatœ. Scévole de

(1) Voir A. Cliassang, Histoire du roman dans V antiquité, liv. III , c. 7.

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