CHAPITRE V
Nous réservons pour le chapitre suivant les lésions corticales. Nous étudierons ici tous les cas où les voies optiques ont été touchées depuis leur sortie des centres primaires jusqu’au seuil de l’écorce. Nous commencerons cette étude par la relation d’un cas suivi, au point de vue chirurgical, par le docteur Hautefort et, au point de vue oculaire, par le docteur Coutela.
Notre ami le docteur Coutela avait pris de son malade une observation très complète qu'il nous a communiquée ; il avait, d'autre part, conservé les hémisphères cérébraux qu'il a bien voulu nous confier.
Nous avons étudié ce cerveau au point de vue microscopique en le débitant en coupes sériées vertico-transversales de la pointe occipitale aux nerfs optiques.
OBSERVATION 8 (avec examen anatomique personnel). — Hémianopsie en quadrant supérieur et gauche, consécutive à une balle de revolver ayant traversé le lobe occipital droit au-dessous de la scissure calcarine (fig. 9},
Georges Mach.…., commis épicier, 18 ans.
27 août 1908. — À 9 heures du matin, tente de se suicider en se
lirant un coup de revolver (6/M) dans la région occipitale droite,
CNRS
très en arrière, Pour éviter la déviation possible de la balle, il avait appuyé son bras droit sur le dossier de sa chaise, tandis qu'il appliquait le canon de l’arme sur le crâne. Tombe sur le lit, aurait appelé. Perte de connaissance, coma.
Transporté à l'hôpital Saint-Antoine, service de M. Ricard. La plaie est nettoyée, l'orifice de pénétration de la balle débarrassé des esquilles et agrandi par résection de ses bords à la pince gouge.
Le malade sort du coma au bout de trois jours, mais ne reprend connaissance que petit à petit. Il ne se souvient de rien ; se plaint de céphalée, qui ne fut que peu ou point calmée par une série de ponctions lombaires.
La plaie se cicatrise au bout de quelques jours.
7 septembre 1908. — Le pansement qui jusqu'alors, étant volumineux, couvrait l'œil droit, est simplifié. L’œil droit étant découvert, le malade prétend y voir double. Une seule image après la fermeture d’un œil. Rien d'autre à signaler qu’une impossibilité absolue de se servir du bras droit.
A cette époque le docteur Coutela, remplaçant le docteur Dupuy- Dutemps, ophalmologiste de l'hôpital Saint-Antoine, examine le malade. Diplopie homonyme par parésie du droit externe droit. Ecartement caractéristique des images du côté droit. Elles se rapprochent, maïs sans se confondre à gauche. Pas de modification appréciable à l’examen des globes. Stase papillaire bilatérale typique. Acuité
visuelle normale.
20 septembre 1908. — On autorise le malade à se lever, Radiographie. La balle est à 3 à 4 centimètres environ au-dessous de la
voûte cranienne, à un travers de doigt à gauche de la ligne médiane.
Examen oculaire. — Diplopie homonyme persiste. Le docteur Coutela fait l’examen périmétrique ; il existe une hémianopsie en quadrant supérieur et gauche typique, avec rétrécissement périphérique du champ visuel du même côté (fig. 9).
La vision maculaire est respectée jusqu’à 7°. VOD = 0,9 avec — 1995. VOG = 0,9 avec — 1°. La stase papillaire a complètement disparu, le malade quitte l'hôpital Saint-Antoine le 21 septembre 1908.
La plaie cranienne est complètement cicatrisée, mais il existe une saillie encéphalique, qui soulève la peau.
14 octobre 1908. — Examen général. — Membre supérieur droit : hypoesthésie dans la zone interne de l’avant-bras et de la main. Force musculaire diminuée aux deux derniers doigts. Au début, le malade ne pouvait pas bouger le bras. Diminution des réflexes au membre inférieur droit. On émet l'hypothèse de monoplégie brachiale due au siège de la balle au niveau de la scissure de Rolando. M. le professeur
Pierre Marie, qui voit le malade, ne partage pas cette opinion, et pense
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