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L'ÉCORCE CÉRÉBRALE ET L’HÉMIANOPSIE EN QUADRANT

Avant d'étudier les quelques cas recueillis dans la litté- . rature, nous donnerons ici une observation personnelle recueillie à la Salpêtrière, grâce à l’obligeance de M. le professeur Pierre Marie et de MM. les docteurs de Martel et Charles Chatelin.

OBSERVATION 9 (personnelle). — Scotome hémianopsique dans le quadrant inférieur droit, consécutif à l'extraction d’une balle située au-dessus de la sphère visuelle.

Alfred B.., 24 ans, adressé en 1915 à la Salpêtrière, donne à notre ami Charles Chatelin les renseignements suivants : Parents bien portants. Sept frères et sœurs bien portants. Un frère mort d'accident. Fièvre typhoïde à 12 ans.

En septembre 1908, reçoit une balle de revolver dans la région frontale gauche. Transporté à l'hôpital Bichat. Intervention du ‘docteur Lécène, qui nettoie la plaie, enlève les esquilles, agrandit l’orifice osseux. On aperçoit nettement la perte de substance osseuse sur les radiographies ci-jointes. Expertise médico-légale du docteur Socquet. Après être resté dans le coma quelques jours, le malade commence à reconnaître son entourage et à se souvenir de ce qui lui est arrivé. ‘

Il s'aperçoit alors qu'il est paralysé du côté droit, « ne pouvant

faire aucun mouvement du bras ou de la jambe droits » et la com-

rie

missure labiale gauche étant tirée en haut et en dehors. Il déclare aussi qu'il ne sentait du tout quand on le touchait au bras ou à la jambe du côté droit. Au bout de trois mois et demi, il quitte l'hôpital Bichat, et rentre chez lui, toujours hémiplégique droit. Les symptômes hémiplégiques seraient complètement disparus un an après.

En 1910, part au régiment pour deux ans. Pendant son séjour au

régiment : plusieurs crises (tombe brusquement à terre, sans connais-

sance. Pas d’aura. Pas de morsure de la langue. Pas de miction invo-,

lontaire, jamais de secousses musculaires, me se débat pas). En février 1913, rentre à Paris, redevient garçon fumiste : nouvelles crises, céphalées continues de la moitié gauche de la tête, sensation

de pesanteur, élancements.

24 mai 1913. — Force musculaire très bonne dans tous les segments

des deux côtés. Pas de paralysie faciale. Peauciers normaux. Réflexes

tendineux et cutanés : normaux. Pas de troubles de la sensibilité.

Pas de troubles sensoriels.

24 mai 1913. — Examen oculaire : OD et OG normaux. Réactions

pupillaires normales. Fond d'œil normal. Motilité des globes normale.

VOD et OG = 1. — Champ visuel : Léger rétrécissement concentrique

Fa OD. OG.

FrG. 14. — Obs. 9 : le 24 mai, avant l'intervention.

du champ visuel, un peu plus marqué à droite qu'à gauche (fig. 14). Vision des couleurs normale. — Radiographie : Planche IIT. Radiographie de profil. La balle se trouve immédiatement au-dessus et

en avant du lambda (union de la suture sagittale et de’ la suture

pariéto-occipitale). Or, pour tous les auteurs classiques, le lambda correspond exactement au point où la scissure pariéto-occipitale ou perpendiculaire interne atteint le bord supérieur de l’hémisphère et se continue sur la convexité avec la perpendiculaire externe. La. balle se trouve donc en avant et au-dessus du cuneus, au niveau du précuneus. Un coup d’œil jeté sur n'importe quel traité classique d'anatomie ou, mieux encore, sur le merveilleux atlas de topographie craniocérébrale d'Hermann établit nettement que, même en tenant compte des plus grandes variations individuelles, la balle se trouve au-dessus de la sphère visuelle. Le peu de trouble qu’elle détermine dans le champ visuel (fig. 14) en est la confirmation.

Planche IV. La radiographie de face montre bien que le projectile est dans l’hémisphère gauche, immédiatement en dehors de la ligne médiane, implanté donc dans l'écorce cérébrale, ou immédiatement

au-dessous.

20 juin 1913. — Anesthésie à l’éther. Extraction de la balle. Le docteur de Martel pratique un volet osseux, immédiatement à gauche de la ligne médiane, au-dessus de la protubérance occipitale externe et dépassant, en haut, la suturé pariéto-occipitale. Incision de la dure-mère. On récline la face interne de l’hémisphère gauche légèrement en dehors. Le docteur de Martel, ayant exactement pris ses points de repères, et avec la remarquable habileté qu'on lui connait surtout en chirurgie cérébrale, pénètre, avec l'extrémité de son auriculaire droit déganté, sous la balle et la ramène aussitôt. La balle était immédiatement sous l'écorce. La faux du cerveau étant en dedans, la tente du cervelet bien au-dessous, sous sa première phalange, son doigt en flexion regardant en haut et se dirigeant vers la partie toute supérieure du cuneus et la partie postérieure du précuneus, il est évident que, si le chirurgien a lésé une partie de la sphère visuelle, c’est le cuneus et la lèvre supérieure de la calcarine, bien plutôt que la lèvre inférieure ou le lobule lingual qui à ce niveau avec le Ilobule fusiforme se cache à la face inférieure de l'hémisphère

et repose sur la tente du cervelet, oblique en bas et en dehors.

21 juin 1913.

Il existe au réveil une hémianopsie droite.

Suites opératoires normales. Pas de température.

En 76 =

93 juin 1913. — Le malade est ramené à la salle Pinel, hospice de la Salpêtrière : hémianopsie droite. Phénomènes d’irritation pyramidale droite : extension légère de l'orteil à droite. Réflexes tendineux plus forts à droite. Pas de troubles de la sensibilité. Pas de troubles cérébelleux. Le malade est encore dans un état de choc assez marqué et il est difficile de préciser l’examen.

24 juin 1913. — Réflexe rotulien plus fort à droite. Réflexe cutané plantaire : extension à droite, flexion à gauche. Pas de troubles

psychiques, pas de troubles aphasiques. Lit correctement. La recherche

OD

FrG, 15. — Obs. 9: le 24 juin 1913, après l'intervention, hémianopsie complète transitoire.

du champ visuel peut être faite au périmètre ; hémianopsie homonyme droite complète absolument typique (fig. 15). La limite suit la ligne médiane, et respecte le point de fixation

de 5°. Champ périphérique légèrement rétréci. VOD et OG = I.

29 juin 1915. — L’hémianopsie transitoire a disparu, le champ visuel qui à la périphérie était rétréci à droite, avant l'intervention, a maintenant répris des limites sensiblement normales. Enfin, il existe un scolome hémianopsique au niveau du quadrant inférieur droit, empiétant légèrement sur le quadrant supérieur. Le champ visuel pour les couleurs est normal dans les parties voyantes (fig. 16).

6 juillet 1913. — Même état du champ visuel : pour le blanc et les

couleurs. Pas de projection lumineuse au niveau du scotome.

25 juillet 1913. — Les limites du scotome n'ont pas varié. Réflexes

Observation 9.

G. STEINHEIL, ÉDITEUR

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