STADE
Dans un article récent (Société d’'Heidelberg, 1912), à propos de la vision des couleurs, Lenz rapporte un cas sur lequel nous aurons à revenir à propos de l’achromatopsie : lésions calcariniennes inférieures bilatérales, grosse lésion à droite, lésion plus discrète à gauche ; scotome absolu dans le quadrant supérieur gauche. Achromatopsie dans le quadrant supérieur droit. Les moitiés supérieures des deux sphères visuelles étaient, dans la substance blanche et surtout à gauche, relativement peu lésées ; à gauche, absence complète ; à droite, absence relative du sens chromatique.
Ces deux observations de Lenz confirment pleinement la théorie de la projection. I{/en est de même des trois précédentes d’Henschen et des observations 31 (Lavista) et” 932 (Hun).
Obs. 39 (BEzvor et CorLiEer). — Wehrli voit ici « un cas de toute beauté » qui « renverse la théorie de la projection ». Ce cas prête à discussion, mais un examen attentif permet de réduire dans une certaine mesure l'enthousiasme de l’ardent défenseur de Monakow. Cas Beevor et Collier Lésions de la face interne du lobe occipital ; ramollissement du lobule lingual et du lobule fusiforme, empiétant en haut sur la partie moyenne du gyrus inférieur du cuneus. Le gyrus inférieur du cuneus était, en effet, conservé sur une grande étendue en avant et en arrière. Et toute la partie supérieure du cuneus était intacte. En un mot, ramollissement prédominant au niveau de la région inféro-calcarine déterminant une hémianopsie en quadrant supérieur. À première vue, £e cas s'accorde avec la théorie de la projection, mais la lèvre supérieure de la calcarine était atteinte au
niveau de la partie moyenne du segment inférieur du
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cuneus, et c'est sur ce point que se base Wehrli pour dire que dans ce cas, suivant la théorie d’Henschen, le scotome n'aurait pas dû être limité au quadrant supérieur.
Certainement, mais Beevor et Collier ne donnent que des figures représentant schématiquement la surface cérébrale, des photographies de coupes seraient ‘plus convaincantes.
D'autre part, il existait des lésions multiples de date « plus récente ». De la lésion de la bandelette droite et de la substance grise sous-jacente, il n’y a aucune description. Il en est de même de la lésion du lobule fusiforme gauche. L’hémianopsie en quadrant date d’un ictus qui se produisit en décembre 1899 : le malade ne fut examiné à l'hôpital que le 22 mai 1900, et le seul schéma donné dans ce travail de Beevor date de ce jour. Or, le 18 août 1901, le malade présenta de nouveaux troubles visuels, que les auteurs ne décrivent pas, mais croient devoir attribuer au ramollissement de la bandelette droite immédiatement en arrière du chiasma. Le malade présenta, quelques jours après, de nouveaux troubles cérébraux. Il était dans un état de faiblesse tel qu'on ne put prendre le champ visuel. La mort survint en septembre 1901, sans qu’un nouvel examen périmétrique fût pratiqué.
D'après ce que nous savons de la localisation et de la projection à la calcarine, les lésions constatées au niveau de la face interne du lobe occipital n'auraient pas dû limiter leur trouble fonctionnel au quadrant supérieur, dit Wehrli, avec juste raison d’ailleurs. Mais rien ne prouve qu’un examen périmétrique, pratiqué à partir du 18 août 1901, peut-être même bien avant, n'eût pas révélé une hémianopsie complète. L'hémianopsic en quadrant supérieur, constatée le
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22 mai 1900, à pu laisser place à une hémianopsie complète du fait de l’extension au cuneus d’une lésion primitivement sous-jacente. Rien ne prouve que la lésion de la bandelette se soit produite le 18 août, comme le veulent les auteurs ; elle a pu se produire quelques jours après, au moment où le malade présentait de nouveaux troubles cérébraux.
En résumé, ce cas ne nous paraît pas suffisamment net
pour « renverser » la théorie de la projection.
En résumé : Nous avons vu dans le chapitre précédent, qu'il y avait lieu d'admettre la projection des quadrants rétiniens, dans les radiations optiques, jusque dans leur portion la plus reculée. Le présent chapitre nous mène jusqu'à l’écorce, et, là encore, il n’existe pas un seul cas qui, sérieusement étudié, puisse être opposé à la doctrine de la projection corticale.
Dans notre observation 9, nous avons vu une véritable lésion expérimentale du cuneus produire un scotome dans le quadrant inférieur. L’écorce voisine n’est pas venue suppléer celle qui fut détruite, comme le voudrait Monakow.
En ce qui concerne le siège exact des lésions, les adversaires de la théorie nous diront que, dans notre cas et dans la plupart des observations rapportées dans ce chapitre, la lésion n'était pas exclusivement corticale et que les radiations étaient atteintes dans la profondeur. C’est exact. Mais, si les partisans de la théorie de Monakow émettent une telle objection, c’est donc qu'ils admettent la projection, jusqu’à quelques millimètres de l'écorce. Or, à ce niveau, les fibres de projection sont épanouies en éventail, et il est évident que les radiations sous-jacentes, atteintes dans notre cas 9, par exemple, sont bien celles qui vont au cuneus, et non
pas celles qui vont au lobe lingual, et moins encore celles qui vont rejoindre la face externe du lobe occipital ou le gyrus angulaire. Ces dernières fibres, si éloignées de notre lésion, auraient dû, d’après Monakow comme d’après Bernheimer, « restituer » la fonction.
Nous dirons de même des observations 32 (Hun), 36 (Amark), 38 (Lenz). À ce sujet, l'observation 37 (cas Jan Janson d’Henschen) et le cas Eggers ont une valeur absolument indiscutable. La lésion du fond de la calcarine, dans le cas Eggers, « n’atteint même pas toute l’épaisseur de l'écorce » et le petit ramollissement du cas Jan Janson « n’atteignait la substance sous-corticale que sur une épaisseur de r à 2 millimètres ». Mais, pour Monakow et Wehrli, les ramollissements corticaux représentent une impossibilité anatomique. Nous ne reviendrons pas sur cette question de la vascularisation, car dans des lésions aussi discrètes, il est évident que les radiations qui peuvent être atteintes, si toutefois elles le sont, sont évidemment, à très peu de chose
rès, celles qui correspondent à l’écorce détruite. ; P
Cette objection de Monakow ne renverse donc en rien la doctrine de la projection corticale des quadrants ; un seul cas d’hémianopsie en quadrant, avec une lésion siégeant au territoire qu'Henschen réserve à l’autre quadrant, vaudrait mieux pour les adversaires de la théorie de la projection. Or il n’en existe pas un seul : et quelle que soit l’idée que l’on veuille adopter, on ne peut s'empêcher de reconnaître qu'au niveau de la bandelette, du corps genouillé, des radiations, ou de l'écorce, toutes les observations publiées jusqu’à ce jour concordent exactement pour établir que le quadrant
supérieur de la rétine se projette sur la lèvre supérieure
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de la scissure calcarine et la partie adjacente du cuneus, et le quadrant inférieur sur la lèvre inférieure de la ca carine et le lobule lingual. La ligne horizontale du champ
visuel correspond au fond de la calcarine.