‹ L'heptaméron. Contes de la reine de NavarreChapitre 64 sur 79 · SEPTIEME JOURNEE · texte numérisé non relu

SEPTIEME JOURNEE

Madame Oisille ne faillit au matin de leur administrer la salutaire pâture qu'elle print en la lecture des Actes et vertueux faits des glorieux chevaliers et apôtres de Jésus- Christ, selon saint Luc, leur disant : « Que ces contes-là dévoient être suffisants pour désirer avoir un tel temps, et pleurer la fortune de cettui-ci. » Et, quand elle eut suffisamment lu et exposé le commencement de ce digne livre, les pria d'aller à l'église en l'union que les apôtres faisoient leur oraison, et demander à Dieu sa grâce, laquelle n'est jamais refusée à ceux qui en foi la requièrent. Celle opinion fut trouvée de chacun très-bonne, et arrivèrent à l'église ainsi que l'on commençoit la messe du Saint-Esprit, qui leur sembloit chose venir à leur propos, qui leur lit ouïr le service en grande dévotion; et, après, à leur dîner, ramenturent ^ cette heureuse vie apostolique ; à quoi ils prindrent tel plaisir, que quasi leur entreprise éloit oubliée. De quoi s'advisa Nomerfide, comme la plus jeune, et leur dit : «Madame Oisille nous a tant roulées en dévotion, que nous passons l'heure accoutumée de nous retirer pour nous préparer à raconter nos Nouvelles, n Sa parole fut occasion de faire lever toute la compagnie ; et, après avoir bien peu demeuré en leurs chambres, ils ne faillirent à se trouver comme ils avoient fait le jour de devant. Et quand ils furent donc bien à leurs aises, madame Oisille dit à Saffredant: «Encore que je sois assurée

1 Happeli'rent en mémoire.

que vous ne direz rien à l'avantage des femmes, si est-ce qu'il faut que je vous advise de dire la Nouvelle que dès hier au soir vous nous avez promise. — Je proleste, Madame, dit Saffredant, queje n'acquerrai point déshonneur des médisants, pour dire vérité, ni ne perdrai la grâce des dames vertueuses, pour raconter ce que les folles font. Car j'ai bien expérimenté que c'est d'être sûrement éloigné de leur vue ; et, si je l'eusse été autant de leur bonne grâce, je ne fusse pas à cette heure en vie. » En ce disant, tourna les yeux au contraire de celle qui étoit cause de son bien et de son mal ; mais, en regardant Éraarsuitte, la fit aussi bien rougir, comme si c'eût été elle à qui le propos s'adressoit; si est-ce qu'il n'en fut moins entendu de celle dont il désiroit être ouï. Et alors madame Oisille l'assura qu'il pouvoit donc dire vérité librement, aux dépens de ceux à qui il appartiendroit. Parquoi Saffredant commença et dit :

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