‹ L'Heptaméron des nouvelles, réimprimé par les soins de D. Jouaust avec une notice, des notes et un glossaire (volume 2)Chapitre 3 sur 14 · II · texte numérisé non relu

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tendoit le retour de son mary ; et, quandil entroit en la chambre, alloit au devant de luy le baiser, et luy portoit un bassin et de l’eau pour laver ses mains. Luy, estonné de ceste nouvelle façon de faire, luy dist qu’il ne venoit que du retraict, et que, pour cela, n’estoit mestier qu’il se lavast ; à quoy elle respondit que, combien que ce n’estoit pas grand chose, si estoit-il honneste de laver ses mains quand on venoit d’un lieu ord et salle, desirant par là luy faire cognoistre et haïr sa meschante vie. Mais, pour cela, il ne se corrigeoit point , et continua ladicte dame ceste façon de faire bien un an. Et, quand elle veid que ce moyen ne luy servoit de rien, un jour, attendant son mary, qui demeura plus qu’il n’avoit de coustume, luy print envie de l’aller chercher; et tant alla de chambre en chambre qu’elle le trouva couché en une arriere garderobbe et endormi avec la plus laide, orde et salle chambriere qui fust leans. Et lors se pensa qu’elle luy apprendroit à laisser une si honneste femme pour une si salle et vilaine : si print de la paille et l’alluma au milieu de la chambre; mais, quand elle veid que la fumée eust aussitost tué son mary que esveillé, le tira par le bras en criant : « Au feu! au feu! » Si le mary fut honteux et marry, estant trouvé par une si honneste femme avec une telle ordure, ce n’estoit pas sans grande occasion. Lors sa femme luy dist : « Monsieur, j’ay essayé, un an durant, à vous retirer de ceste meschanceté par douceur et patience, et vous monstrer qu’en lavant le dehors

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vous deviez nettoyer le dedans ; mais, quand j’ay veu que tout ce que.je faisois estoit de nulle valeur, je me suis essayée de m’ayder de l’element qui doit mettre fin à toutes choses, vous asseurant, Monsieur, que, si ceste cy ne vous corrige, je ne sçay si une seconde fois je vous pourrois retirer du danger comme J’ay faict. Je vous prie de penser qu’il n’est nul plus grand desespoir que l'amour, et que, si je n’eusse eu Dieu devant les yeux, je n’eusse usé de telle patience que j’ay faict. » Le mary, bien aise d’en estre eschappé à

. Si bon compte, luy promit jamais ne luy donner occasion de se tourmenter pour luy : ce que tresvolontiers la dame creut, et, du consentement du mary, chassa dehors ce qui luy deplaisoit. Et depuis ceste heure-là vesquirent ensemble en si grande amitié que mesmes les faultes passées, par le bien qui en estoit venu, leur estoient augmentation de contentément.

« Je vous supplie, mes Dames, si Dieu vous donne de tels mariz, que vous ne vous desesperez point jusques à ce que vous ayez longuement essayé tous les moyens pour les reduire, car il y a vingtquatre heures au jour esquelles l’homme peut changer d'opinion; et une femme se doit tenir plus heureuse d'avoir gaigné son mary par patience et longue attente que si la fortune et les parens luy en donnoient un plus parfaict. — Voyl, dist Oisille, une exemple qui doit servir à toutes les femmes mariées. — II prendra ceste exemple

qui voudra, dist Parlamente ; mais, quant à moy, il ne me seroit possible avair si longue patience : car, combien qu’en tous estats patience soit une belle vertu, j’ay opinion qu’en mariage elle ameine à la fin inimitié, pource qu’en souffrant injure de son semblable on est contraint de s’en separer le plusloing que l’on peult; et de ceste estrangetélà vient un despris de la faulte du desloyal, et, en ce despris, peu à peu l’amour diminuë, car autant aime l’on la chose que l’on en estime la valeur. — Mais il y a danger, dist Emarsuitte, que ‘ la femme impatiente trouve un mary furieux qui luy donneroit douleur au lieu de patience. — Et que sçauroit faire un mary, dist Parlamente, que ce quiaesté racompté en ceste histoire? — Quoy? dist Emarsuitte : battre tresbien sa femme et la faire coucher en la couchette, et celle qu’il aimeroit au grand lict. — Je croy, dist Parlamente, qu’une femme de bien ne seroit point tant marrie d’estre battue par colere que desprisée par une qui ne la vault pas; et, aprés avoir porté la peine de la separation d’une telle amitié, ne sçauroit faire le mary chose dont elle se sceust plus soucier. Et aussi dict le compte que la peine qu’elle print pour le retirer fut pour l’amour qu’elle avoit à ses enfans, ce que je croy. — Et trouvez-vous grande patience à elle, dist Nomerfide, d'aller mettre le feu sous le lict où son mary dormoit ? — Ouy, dist Longarine, car, quand elle veit la fumée, elle l’esveilla, et, par-avanture, ce fut où elle feit plus de faulte : car de tels mariz que ceux-

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à les cendres en seroient bonnes à faire la lescive. — Vous estes cruelle, Longarine, dist Oisille ; mais si n’avez-vous pas ainsi vescu avec le vostre. — Non, dist Longarine, car (Dieu mercy) il ne m'en a point donné occasion, mais de le regretter toute ma vie, au lieu de m’en pleindre. — Et s’il vous eust esté tel dist Nomerfide, qu’eussiezvous faict ? — Je l’aimois tant, dist Longarine, que je croy que je l’eusse tué et me fusse tuée aprés, car mourir aprés telle vengeance m'’eust esté chose plus agreable que vivre loyale avec un desloyal. — A ce que je voy, dist Hircan, vous n'aimez voz mariz que pour vous. S’ils sont bons selon vostre desir, vous les aimez bien, et, s'ils font la moindre faulte du monde, ils ont perdu le labeur de leur sepmaine par un samedi. Par ainsi voulez-vous estre maistresses, dont, quant à moy, j'en suis d’advis, si tous les mariz s’y accordent. — C’est raison, dist Parlamente, que l’homme nous gouverne comme nostre chef, mais non pas qu’il nous abandonne ou traicte mal. — Dieu a mis, dist Oisille, si bon ordre tant à l’homme qu’à la femme, que, si l’on n’en abuse, je tiens le mariage l’un des plus beaux et des plus seurs estats qui soit èn ce monde ; et suis seure que tous ceux qui sont icy, quelque mine qu’ils facent, en pensent autant ou davantage. Et, d’autant que l’homme se dict plus sage que la femme, il sera plus reprins si la faulte vient de son costé. Mais, ayans assez mené ce propos, sçachons à qui Dagoucin donnera sa voix. — Je la donne, dist-il,

à Longarine. — Vous me faictes grand plaisir, dist-elle, car j’ay un compte qui est digne de suivre le vostre. Or, puis que nous sommes à louër la vertueuse patience des dames, je vous en monstreray une plus louable que celle de qui a esté maintenant parlé, et de tant plus est elle estimée qu’elle estoit femme de ville, qui de coustume ne sont nourries si vertueusement que les autres. »

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Memorable charité d’une femme de Tours envers son mary putter.

Van la ville de Tours, y avoit une bour- YX geoise belle et honneste, laquelle, pour PP ses vertuz, estoit non seulement aimée, Gr SH mais crainte et estimée de son mary.

Si est-ce que, suyvant la fragilité des hommes, qui s’ennuyent de manger bon pain, il fut amoureux d’une mestayere qu’il avoit, et souvent s’en partoit de Tours pour aller visiter sa mestayere, où il demeuroit tousjours deux ou trois jours. Et, quand il retournoit à Tours, il estoit tousjours si morfondu que la pauvre femme avoit assez à faire à le guerir. Et, si tost qu’il estoit sain, ne failloit

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à retourner au lieu où, pour le plaisir, oublioit tous ses maux. Sa femme, qui sur tout aymoit sa vie et sa santé, le voyant revenir ordinairement en si mauvais estat, s’en alla en la mestairie, où elle trouva la jeune femme que son mary aymoit, à laquelle , sans colere, mais d’un tresgracieux visage, dist qu’elle sçavoit bien que son mary la venoit veoir souvent, mais qu’elle estoit mal contente de ce qu’elle le traictoit si mal qu’il s’en retournoit tousjours morfondu en la maison. La pauvre femme, tant pour la reverence de sa dame que pour la force de la verité, ne luy peut denier le faict, duquel luy requist pardon. La dame voulut veoir le lict et la chambre où son mary couchoit, qu’elle trouva si froide, salle et mal en poinct, qu’elle en eut grande pitié. Parquoy incontinent envoya querir un bon lict, garny de linceux, mante et contrepoincte, selon que son mary l’aymoit; feit accoustrer et tapisser la chambre, luy donna de la vaisselle honneste pour le servir à boire et à manger, une pipe de bon vin, des dragées et des confitures, et pria la mestayere qu'elle ne luy renvoyast plus son mary si morfondu. Le mary ne tarda gueres qu’il ne retournast, comme il avoit accoustumé, veoir sa mestayere, et s’esmerveilla fort de trouver ce pauvre logis si bien en ordre, et encores plus quand elle luy donna à boire en une coupe d’argent ; et luy demanda d’où estoient venuz tous ces biens. La pauvre femme luy dist, en plorant, que c’estoit sa femme, qui avoit tant de pitié de son mauvais traic-

tement qu’elle avoit ainsi meublé sa maison et luy avoit recommandé sa santé. Luy, voyant la grande bonté de sa femme, et que, pour tant de mauvais tours qu’il luy avoit faicts, luy rendoit tant de biens, estimant sa faulte aussi grande que l’honneste tour que sa femme Îuy avoit faict, aprés avoir donné argent à sa mestayere, la priant pour l’avenir vouloir vivre en femme de bien, s’en retourna à sa femme, à laquelle il confessa la debte, et que, sans le moyen de ceste grande doulceur et bonté, il estoit impossible qu’il eust jamais laissé la vie qu’il menoit. Et depuis vesquirent en bonne paix, laissans entierement la vie passée.

« Croyez, mes Dames, qu’il ÿ a bien pey de mariz que patience et amour de la femme ne puissent gaigner à la longue, ou ils seront plus durs que pierres, que l’eau foible et molle, par longueur de temps, vient à caver. » Ce dist Parlamente : « Voÿlà une femme sans cueur, sans fiel et sans foye. — Que voulez-vous? dist Longarine ; elle experimentoit ce que Dieu commande, de faire bien à ceulx qui font mal. — Je pense, dist Hircan, qu’elle estoit amoureuse de quelque cordelier, qui luy avoit donné en penitence de faire si bien traicter son mary aux champs, à fin que, ce pendant qu’il iroit, elle eust le loisir de le bien traicter à la ville. — Or çà, dist Oisille,' vous monstrez bien la malice de vostre cueur, qui en bons actes faictes un mauvais jugement. Je croy plustost qu’elle estoit si mortifiée en l’amour de

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Un president de Grenoble, adverty du mauvais gouvernement de sa femme, ÿ meit si bon ordre que son honneur n’en fut interessé, et si s’en vengea.

NF N la ville deGrenoble, y avoit un president dont je ne diray le nom; mais Sd il n'estoit pas François. Il avoit une

blement ç en grande paix. Ceste femme ) Voyant que son mary estoit vieil, print en amour un jeune clerc, beau et advenant. Quand son mary alloit le matin au Palais, ce clerc entroit en sa chambre et tenoit sa place; dequoy s’apperceut un serviteur du president qui l’avoit bien servi trente ans, et, comme loyal à son maïistre, ne se peut garder de luy dire. Le president, qui estoit sage, ne le voulut croire legerement, mais dist qu’il avoit envie de mettre divisiôn entre luy et sa femme, et que, si la chose estoit vraye comme il disoit, il la luy pourroit bien monstrer, et, s’il ne la luy monstroif, il estimeroit qu’il auroit controuvé ceste men- . songe pour separer l’amitié de luy et de sa femme. Le varlet l’asseura qu’il luy feroit veoir ce qu’il luy disoit, et, un matin, si tost que le president fut allé à la court et le clerc entré en la chambre, 11 ; 6

le serviteur envoya un de ses compagnons dire à son maistre qu’il pouvoit bien venir, et se tint tousjours à la porte pour guetter que le clerc n’en saillist. Le president, si tost qu’il veit le signe que luy feit l’un de ses serviteurs, feignant de se trouver mal, laisse l’audience, et s’en alla hastivement en sa maison, où il trouva son vieil serviteur à la porte de sa chambre, l’asseurant pour vray que le clerc estoit dedans, qui ne faisoit gueres que d’entrer. Le seigneur luy dist : «Ne bouge de ceste porte, caÿ tu sçais bien qu’il n’y a autre issuë ne entrée que ceste cy, si non un petit cabinet, duquel moy seul porte la clef. » Le president entra en sa chambre et trouva sa femme et le clerc couchez ensemble, lequel, en chemise, se jetta à ses pieds et luy demanda pardon. Sa femme, de l’autre costé, se print à plorer. Lors dist le president : « Combien que le cas que vous avez faict soit tel que pouvez estimer, si est-ce que je ne vueil, pour vous, que ma maison soit deshonorée et les filles que j’ay euës de vous desavancées; parquoy, dist-il, je vous defends de plorer; mais voyez ce que je feray. Et vous, Nicolas (ainsi se nommoit son clerc), cachez-vous en mon cabinet et ne faictes un seul bruit. » Quand il eut ainsi faict, va ouvrir la porte, et appella son vieil serviteur, et luy dist : « Ne m’as-tu pas asseuré que tu me monstrerois mon clerc couché avecques ma femme? Et, sur ta parole, je suis venu icy en danger de tuer ma femme. Je n’ay rien trouvé de ce que tu m’as dict ; j’ay cherché

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par toute ceste chambre, comme je te veux monstrer. » Et, ce disant, feit regarder son varlet sous les licts et par tous costez. Et quand le varlet ne trouva rien, tout estonné, dist à son maistre : « Il fault que le diable l’ait emporté, car je l’ay veu entrer icy, et si n’est point sailly par la porte; mais je voy bien qu’il n’y est pas. » A l’heure le maistre luy dist: « Tu es bien malheureux de vouloir mettre entre ma femme et moy une telle division, parquoy je te donne congé de t’en aller, et, pour les services que tu m'as faicts, te veux payer ce que je te dois et davantage; mais va-t’en bien-tost et garde d’estre en ceste ville vingtquatre heures passées. » Le president luy donna cinq ou six payemens des années à advenir, et, sçachant qu’il luy estoit loyal, esperoit luy faire autre bien. Quand le serviteur s’en fut allé pleurant, le president feit saillir le clerc de son cabinet, et, aprés avoir dict à sa femme et à luy ce qu’il luy sembloit de leur meschanceté, leur deffendit d’en faire aucun semblant à personne ; et commanda à sa femme de s’habiller plus gorgiasement qu’elle n’avoit accoustumé et se trouver en toutes compagnies et festins, et au clerc qu’il eust à faire meilleure chere qu’il n’avoit au paravant ; mais que si tost qu’il luy diroit à l’aureille : « Va-ten », qu’il se gardast bien de demeurer en la ville trois heures aprés son commandement. Et, ce fait, s’en retourna au Palais sans faire sem-. blant de rien. Et durant quinze jours {contre sa coustume) se meist à festoyer ses amis et voisins,

ét, aprés le banquet, avoit des tabourins pour faire dancer les dames. Un jour, voyant que sa femme ne dançoit point, Commanda au clerc de la mener dancer, lequel, cuidant qu’il eust oublié les faultes passées, la mena dancer joyeusement. Mais, quand la dance fut achevée, le president, feignant luy commander quelque chose en sa maison, luy dist en l’aureille : « Va-t’'en et ne retourne jamais! » Or fut bien marry ce clerc de laisser sa dame, mais non moins joyeux d’avoir la vie sauve. Aprés que le president eut mis en l’opinion de tous ses parens et amis et de tout le . païs la grande amour qu’il portoit à sa femme, un beau jour du mois de may alla cueillir en son jardin une sallade de telles herbes que, si tost que sa femme en eut mangé, ne vesquit pas vingtquatre heures, dont il feit si grand dueil par semblant que nul ne pouvoit soupçonner qu’il fust occasion de ceste mort. Et, par ce moyen, se vengea de son ennemy et sauva l’honnew de sa maison.

« Je ne veux pas, mes Dames, par cela, louër la conscience du president, mais ouy bien monstrer la legereté d’une femme et la grande patience et prudence d’un homme, vous suppliant, mes Dames, ne vous courroucer de la verité, qui parle quelquefois contre vous aussi bien que contre les hommes : car les femmes sont communes aux vices et vertuz. — Si toutes celles, dist Parlamente, qui ont aimé leurs varlets estoient contrainctes à

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manger de telles sallades, j’en cognois qui n’aimeroient tant leurs jardins comme elles font, mais en arracheroient toutes les herbes pour eviter celles qui rendent l’honneur à la lignée par la mort d’une folle mere. » Hircan, qui devina bien pourquoy elle le disoit, luy respondit tout en colere : « Une femme de bien ne doit jamais juger une autre de ce qu’elle ne voudroit faire. » Parlamente respondit : « Sçavoir n’est pas jugement et sottie; si est-ce que ceste pauvre femme porta la peine que plusieurs meritent. Et croy que le mary, puis qu’il s’en vouloit venger, se gouverna avec une merveilleuse prudence et sapience. — Et aussi avec une grande malice, dist Longarine, longue et cruelle vengeance, qui monstroit bien n’avoir Dieu ny conscience devant les yeux. — Et qu’eussiez-vous donc voulu qu’il eust faict, dist Hircan, pour se venger de la plus grande injure que la femme peult faire à l’hommer — J’eusse voulu, dist-elle, qu’il l’eust tuée en sa colere, car les docteurs dient que tel peché est plus remissible, pource que les premiers mouvemens ne sont pas en la puissance de l’homme; parquoy il en eust peu avoir grace. — Ouy, dist Guebron; mais ses filles et sa race eussent à jamais porté ceste note? — Il ne la devoit point tuer, dist Longarine : car, puis que la grand colere estoit passée, elle eust vescu avec luy en femme de bien, et n’en eust jamais esté memoire. — Pensez-vous, dist Saffredent, qu’il fust appaisé, partant qu'il dissimulast sa colere ? Je pense,

quant à moy, que, le dernier jour qu’il feit sa sallade, il estoit encor aussi courroucé que le premier : car il y en a aucuns desquels les premiers mouvemens n’ont jamais d'intervalle jusques à ce qu’ils ayent mis en effect leur passion. Et me faictes grand plaisir de dire que les theologiens estiment ces pechez-là faciles à pardonner, car je suis de leur opinion. — Il faict bon regarder à ses paroles, dist Parlamente, devant gens si dangereux que vous; mais ce que j’ay dict se doit entendre quand la passion est si forte que soudainement elle occupe tant les sens que Îa raison ne peult avoir lieu. — Aussi, dist Saffredent, je m’arreste à vostre parole, et veux par là conclure qu’un homme bien fort amoureux merite plus aisément pardon qu’un autre qui peche ne l’estant point : car, si l’amour le tient parfaictement lié, la raison ne luy commande pas facilement. Et, si nous voulons dire verité, il n’y a aucun de nous qui n’ait quelquefois experimenté ceste furieuse folie, et qui ne s’attende avoir pardon, veu que l’amour vray est un degré pour monter à l’amour parfaicte de Dieu, où nul ne peult monter facilement qui n’ait passé par l’eschelle des tribulations, angoisses et calamitez de ce monde visible, et qui n'aime son prochain et ne luy veule et souhaitte autant de bien comme à soymesme, qui est le lien de perfection. Car sainct Jean dist : « Comment « aimerez-vous Dieu, que vous ne voyez point, « si vous n’aimez celuy que vous voyez? — Il n’y a si beau passage en l’Escriture, dist Oisille,

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que vous ne tiriez à vostre propos. Mais gardezvous de faire comme l’araigne, qui convertit toutes bonnes viandes en venin; et si vous advise qu’il est dangereux d’alleguer l’Escriture saincte sans propos et necessité. — Qu’appellez-vous dire verité sans propos et necessité ? dist Saffre-. dent. Vous voulez donc dire qu’en parlant à vous autres incredules et appellant Dieu à nostre aide, nous prenons son nom en vain. Mais, s’il y a peché, vous seules en devez porter la peine, car voz incredulitez nous contraignent à chercher teus les sermens dont nous pouvons adviser; etencore ne pouvons nous allumer le feu dedans voz cueurs de glace. — C’est signe, dist Longarine, que vous mentez tous : car, si la verité estoit en vostre parole, elle est si forte qu’elle nous feroit croire ; mais il y a danger que les filles de Eve croyent trop tost ce serpent. — J'entends bien que c’est, dist Saffredent : les femmes sont invincibles aux hommes; parquoy je m’en tairay, à fin de sçavoir à qui Emarsuitte donnera sa voix. — Je la donne, dist-elle, à Dagoucin, car je pense qu’il ne voudroit point parler contre les dames. — Pleust à Dieu, dist-1l, qu’elles respondissent autant à ma faveur que je voudrois parler pour la leur ! Et, pour vous monstrer que je me suis estudié d’honorer les vertueuses en recherchant leurs bonnes œuvres, je vous en vois racompter une. Je ne veuil pas dire, mes Dames, que la patience du gentil-homme de Pampelune et du president de Grenoble n’ait esté grande; mais la vengeance

n’en a esté moindre. Et quand il fault louër un homme vertueux, il ne fault point tant donner de gloire à une seule vertu qu’il la faille faire servir de manteau à couvrir un si grand vice. Aussi celuy est louable qui, pour l’amour de la vertu seule, faict œuvre vertueuse, comme j'espere vous faire veoir par la patience et vertu d’une jeune dame qui ne cherchoit, en sa bonne œuvre, que l’honneur de Dieu et le salut de son mary. »

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Prudence d’une femme pour retirer son mary de la folle amour qui le tourmentoit.

É DA PE) y avoit une dame, en une grand’ $ RSS? maison du royaume de France, dont

Ta DS : ; ù KÆK je tairay le nom, tant sage et vertueuse

JE), ee nu ex A qu'elle estoit aimée et estimée de tous ses voisins. Son mary, comme il devoit, se fioit en elle de toutes ses affaires, qu’elle conduisoit si sagement que sa maison, par son moyen, devint une des plus riches et des mieux meublées qui fust au païs d'Anjou ne de Touraine. Ayant vescu ainsi longuement avec son mary, duquel elle porta plusieurs beaux enfans, la felicité (aprés la-

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Dieu qu’elle ne se soucioit plus que du salut de son mary. — Îl me semble, dist Simontault, qu’il avoitiplus d’occasion de retourner à sa femme quand il avoit froid en sa mestairie que quand il estoit si bien traicté. — À ce que je voy, dist Saffredent, vous n’estes pas de l’opinion d’un riche homme de Paris, qui n’eust sceu laisser son accoustrement, quand il estoit couché avec sa femme, qu’il n’eust esté morfondu. Mais, quand il alloit veoir sa chambriere en la cave, sans bonnet et sans souliers, au cueur de l’yver, il ne s’en trouvoit jamais mal; et si estoit fort belle, et sa chambriere bien aide. — N'avez-vous pas ouy dire, dist Guebron, que Dieu aide tousjours aux fols, aux amoureux et aux yvrognes ? Peult-estre que cestuy là tout seul estoit les trois ensemble. — Par cela voulez-vous conclure, dist Parlamente, que Dieu nuist aux chastes, aux sages et aux sobres ? — Ceux qui par eulx-mesmes, dist Guebron, se peuvent ayder, n’ont point besoing d’aide : car celuy qui a dit qu’il est venu pour les malades, non point pour les sains, est venu par la loy de sa misericorde secourir à noz infirmitez, rompant les arrests de la rigueur de sa justice. Et qui se cuide sage est fol devant Dieu. Mais, pour finer nostre sermon, à qui donnera sa voix Longarine ? — Je la donne, dist-elle, à Saffredent. — J'espere donc, dist Saffredent, vous monstrer, par exemple, que Dieu ne favorise pas aux amoureux : car, nonobstant, mes Dames, qu’il ait esté dict par cy devant que le vice est commun aux IL 8

femmes et aux hommes, si est-ce que l’invention d’une finesse sera trouvée plus promptement et subtilement d’une femme que d’un homme, et je vous en diray un exemple. »

NOUVELLE TRENTENEUFIESME

Bonne invention pour chasser le lutin.

AATSO\N seigneur de Grignaulx, qui estoit ! BaQUie/ chevalier d'honneur de la Royne de

QHG France Anne, Duchesse de Bretaigne,

, retournant en sa maison, dont il avoit esté absent plus de deux ans, trouva sa femme en

une autre terre là auprés; et, s’enquerant de l’oc-

casion, luy dist qu’il revenoit un esprit en sa mai-

son qui les tourmentoit tant que nul n’y pouvoit :

demeurer. Monsieur de Grignaulx, qui ne croyoit

point en bourdes, luy dist que, quand ce seroit le

diable mesmes, il ne le craindroit, et emmena sa

femme en sa maison. La nuict, feit allumer force

chandelles pour veoir plus clairement cest esprit, et, aprés avoir veillé longuement sans rien ouyÿr, s’endormit; mais incontinent fut resveillé par un grand soufflet qu’on luy donna sur la joué, et ouyt une voix criant : « Revigne ! Revigne ! »

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laquelle avoit esté sa grand’mere. Lors appella la femme qui couchoit auprés d’eux pour allumer de la chandelle, pource qu’elles estoient toutes esteinctes; mais elle ne se osa lever. Incontinent sentit le seigneur de Grignaulx qu’on luy ostoit la couverture de dessus luy, et ouït un grand bruit de tables et tresteaux et escabelles qui tomboient en la chambre, qui dura jusques au jour. Et fut plus fasché ledict seigneur de perdre son repos que de peur de l’esprit, car jamais ne creut que ce fust un esprit. La nuict ensuyvant se delibera de prendre cest esprit, et, un peu aprés qu’il fut couché, feit semblant de ronfler tresfort, et meit la main toute ouverte prés son visage. Ainsi qu’il attendoit cest esprit, sentit quelque chose approcher] de luy; parquoy ronfla plus fort qu’il n’avoit accoustumé, dont l'esprit s’apprivoisa si fort qu’il luy bailla un grand soufflet. Et tout à Pinstant print ledict seigneur de Grignaulx la main dessus son visage, criant à sa femme : « Je tiens l’esprit! » Laquelle incontinent se leva et alluma de la chandelle, et trouverent que c’estoit la chambriere qui couchoïit en leur chambre, laquelle, se mettant à genoux, leur demanda pardon et leur promit confesser verité, qui estoit que l’amour qu’elle avoit longuement portée à un serviteur de leans luy avoit faict entreprendre ce beau mistere pour chasser hors la maison maistre et maistresse, à fin que eux deux, qui en avoient toute la garde, eussent moyen de faire grand chere, ce qu’ils faisoient quand ils estoient tous

seuls. Monsieur de Grignaulx, qui estoit homme assez rude, commanda qu’ils fussent battuz, en sorte qu’il leur souvinst à jamais de l’esprit : ce qui fut faict, puis chassez dehors. Et par ce moyen fut delivrée la maison du tourment des esprits, qui deux ans durant avoient joüé leur rolle.

« C’est chose esmerveillable, mes Dames, de penser aux effects de ce puissant dieu d'amour, qui, ostant toute crainte aux femmes, leur apprend à faire toute peine aux hommes pour parvenir à leur intention. Mais, d’autant qu’est vituperable l’intention de la chambriere, le bon sens du maistre est louable, qui sçavoit tresbien que l’esprit s’en va et ne retourne plus. — Vrayement, dist Guebron, amour ne favorisa pas à ceste heure-là le varlet et la chambriere, et confesse que le bon sens du maistre luy servit beaucoup. — Toutesfois, dist Emarsuitte, la chambriere vesquit long temps, par sa finesse, à son aise. — C’est un aise bien malheureux, dist Oisille, quand il est fondé sur peché et prend fin par honte et punition. — Il est vray, ma Dame, dist Emarsuitte ; mais beaucoup de gens ont de la douleur et de la peine, pour vivre bien justement, qui n’ont pas le sens d’avoir en leur vie tant de plaisir que ceux-cy. — Si suis-je de ceste opinion, dist Oisille, qu’il n’y a nul parfaict plaisir si la conscience n’est en repos. — Comment? dist Simontault; l'Italien veult maintenir que tant plus le peché est grand, de tant plus il est plaisant. — Vrayement, dist

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Oisille, celuy qui a inventé ce propos est luymesmes vray diable. Parquoy laissons-le là, et sçachons à qui Saffredent donnera sa voix. — A qui? dist-il; il n’y a plus que Parlamente à tenir son rang. Mais, quand il y en auroit un cent d’autres, si luy donneray-je tousjours, pour estre celle de qui nous devons apprendre. — Or, puis que je suis pour mettre fin à la journée, dist Parlamente, et que je vous promis hier de vous dire l’occasion pourquoy le pere de Rolandine feit faire le chasteau où il la tint si long temps prisonniere, je la vous vay racompter. »

Un seigneur feit mourir son beau-frere, ignorant l'alliance.

ex E seigneur, pere de Rolandine, eut me plusieurs sœurs, dont les unes furent VS mariées bien richement, les autres re- Cr ligieuses, et une qui demeura en sa maison sans estre mariée, plus belle que toutes les autres sans comparaison, laquelle son frere aimoit tant qu’il n’avoit femme ny enfans qu’il preferast à elle. Aussi fut demandée en mariage de beau-

coup de bons lieux ; mais, de peur de l’estranger et par trop aimer son argent, n’y voulut jamais entendre, qui fut cause qu’elle passa grande partie de son aage sans estre mariée, vivant treshonnestement en la maison de son frere, où il y avoit un beau jeune gentil-homme, nourry de son enfance en ladicte maison, lequel avec l’aage creut en si grande beauté et vertu qu’il gouvernoit son maistre tout paisiblement : de sorte que, quand il mandoit quelque chose à sa sœur, c’estoit tousjours par cestuy-là. Et luy donna tant d’authorité et privauté, l’envoyant soir et matin vers elle, que par la longue frequentation s’engendra une grande amitié entre eux. Mais le gentil-homme, craignant sa vie s’il offensoit son maistre, et la damoiselle son honneur, ne prindrent en leur amitié autre contenance que de Îa parole jusques à ce que ce seigneur, frere d’elle, luy dist souvent qu’il voudroit qu’il luy eust beaucoup cousté et que le gentil-homme eust esté de mesme maison qu’elle, car il n’avoit jamais veu homme qu’il aimast tant pour son beau-frere que luy. Il luy recita tant de fois ces propos que, les ayant debattuz avec ce gentil-homme, estimerent que s'ils se marioient ensemble on leur pardonneroït aisément. Etamour, qui croit volontiers ce qu’il veult, leur feit entendre qu'il ne leur en pouvoit que bien venir, et, sur ceste esperance, conclurent et parfeirent le mariage sans que personne en sceust rien qu’un prestre et quelques femmes.

Et, aprés avoir vescu quelques années au plaisir

qu’homme et femme mariez peuvent prendre ensemble, comme l’une des plus belles couples qui fust en la chrestienté, et de la plus grande et parfaicte amitié, fortune, envieuse de veoir deux personnes si à leur aise, ne les y voulut souffrir, mais leur suscita un ennemy qui, espiant ceste damoiselle, apperceut .sa grande felicité, ignorant toutesfois ce mariage. Et vint à dire à son frere que le gentil-homme auquel il se fioit tant alloit trop souvent en la chambre de sa sœur, et aux heures que les hommes n’y doivent entrer : ce qui ne fut creu pour la premiere fois, de la fiance qu’il avoit à sa sœur et au gentil-homme. Mais l’autre rechercha tant de fois, comme celuy qui aimoit l’honneur de la maison, qu’on y meitun guet tel que les pauvres gens, qui ne pensoient en nul mal, furent surprins : car, un soir que le frere d’elle fut adverty que le gentil-homme estoit chez sa sœur, s’y en alla incontinent, et trouva les deux pauvres aveuglez d'amour couchez ensemble, dont le despit luy osta la parole, et, en tirant son espée, courut aprés le gentil-homme pour le tuer. Mais luy, qui estoit fort dispos de sa personne, s’en fuit tout en chemise, et, ne pouvant eschapper par la porte, se jetta par une fenestre dedans un jardin. La pauvre damoiselle, toute en chemise, se jetta à genoux devant son frere et luy dist : « Monsieur, sauvez la vie de mon mary, car je l’ay espousé, et, s’il y a offense, n’en punissez que moy, par ce que ce qu’il en a faict a esté à ma requeste. » Le frere, outré de courroux,

ne luy repondit, sinon : « Quand il seroit vostre mary cent mil fois, si le punirai-je comme un meschant serviteur qui m’a trompé. » En disant cela se meit à la fenestre, et cria tout haut qu’on le tuast, ce qui fut faict promptement par son commandement, devant les yeux de luy et de sa sœur, laquelle, voyant ce piteux spectacle, auquel nulle priere n’avoit sceu remedier, parla à son frere comme une femme hors du sens :

« Mon frere, je n’ay pere ne mere, et suis en tel aage que je me puis marier à ma volonté. J’ay choisi celuy que maintes fois vous m’avez dict que voudriez que j’eusse espousé, et pour avoir faict vostre conseil, ce que je puis, selon la loy, faire sans vous, vous avez faict mourir l’homme du monde que vous avez le mieux aimé. Or, puis qu’ainsi est que ma priere ne l’a peu garantir de la mort, je vous supplie, pour toute l’amitié que m'avez jamais portée, me faire en ceste mesme heure compagne de sa mort comme j’ay esté de toutes ses fortunes. Par ce moyen, satisfaisant à vostre cruelle et injuste colere, vous mettrez en repos le corps et l’ame de celle qui ne veult et ne peult vivre sans luy. » Le frere, nonobstant qu’il fust esmeu jusques à perdre la raison, si eut-il tant de pitié de sa sœur que, sans luy accorde ny denier sa requeste, la laissa; et, aprés qu’il eut bien considéré ce qu’il avoit faict et entendu qu'il avoit espousé sa sœur, eust bien voulu jamais n’avoir commis un tel crime. Si est-ce que la crainte qu'il eut que sa sœur en demandast justice ou

vengeance, luy feit faire un chasteau au milieu d’une forest, auquel il la meit, et deffendit que aucun ne parlast à elle.

Aprés quelque temps, pour satisfaire à sa conscience, essaya de la gaigner et luy feit parler de mariage; mais elle luy manda qu’il luy avoit donné un si mauvais disner qu’elle ne vouloit plus soupper de telle viande, et qu’elle esperoit vivre en sorte qu’il ne seroit point l’homicide du second mary : car à peine penseroit-elle qu’il pardonnast à un autre d’avoir faict un si meschant tour à l’homme du monde qu’il aimoit le mieux. Et, nonobstant qu’elle fust foible et impuissante pour s’en venger, si esperoit-elle en celuy qui estoit vray juge et qui ne laisse aucun mal impuni, avec le seul amour auquel elle vouloit user le demeurant de sa vie en son hermitage : ce qu’elle feit, car, jusques à la mort, elle n’en bougea, vivant en telle patience et austerité qu’aprés sa mort chacun y couroit comme à une saincte. Et, depuis qu’elle fut trespassée, la maison de son frere alla tellement en ruine que, de six fils qu’il avoit, n’en demeura un seul, et moururent tous fort miserablement; et à la fin l’heritage demeura (comme vous avez ouy en l’autre compte) à sa fille Rolandine, laquelle avoit succedé à la prison faicte pour sa tante.

« Je prie à Dieu, mes Dames, que cestexemple vous soit si profitable que nulle de vous ait envie de se marier pour son plaisir sans le consente-

ment de ceux à qui l’on doit porter obeïssance : car mariage est un estat de si longue durée qu’il ne doit estre commencé legerement ne sans l'opinion de noz meilleurs amis et parens. Encore . ne le peult-on si bien faire qu’il n’y ait pour le moins autant de peine que de plaisir. — En bonne foy, dist Oisille, quand il n’y auroit point de Dieu ne de loy pour apprendre les folles à estre sages, cest exemple est suffisante pour leur faire porter plus de reverence à leurs parens que de s’adresser à se marier à leur volonté. — Si est-ce, ma Dame, dist Nomerfide, que celle qui a un bon jour en l’an n’est pas toute sa vie malheureuse. Elle eut le plaisir de veoir et parler longuement à celuy qu’elle aimoit plus que soy-mesme, et puis en eut la jouïssance par mariage, sans scrupule de conscience. J’estime ce contentement si grand qu’il me semble avoir passé l’ennuy qu’elle porta. — Vous voulez donc dire, dist Saffredent, que les femmes ont plus de plaisir de coucher avec un mary que de desplaisir de le veoir tuer devant leurs yeux ? — Ce n’est pas monintention, dist Nomerfide, car je parlerois contre l’experience que j’ay des femmes; mais j'entends qu’un plaisir non accoustumé, comme d’espouser l’homme du monde que l’on aime le mieux, doit estre plus grand que de le perdre par mort, qui est chose commune. — Ouy, dist Guebron, par mort naturelle ; mais ceste-cy estoit trop cruelle, car je trouve bien estrange, veu que ce seigneur n’estoit son pere ny son mary, mais seulement

son frere, et qu’elle estoit en aage que les loix permettent aux filles de se marier à leur volonté, comme il osa exercer telle cruauté. — Je ne le trouve point estrange, dist Hircan, car il ne tua pas sa sœur, qu’il aimoit tant et sur laquelle il n’avoit point de justice, mais se print au gentilhomme, lequel il avoit nourry comme fils et aimé comme frere, et, aprés l’avoir honnoré et enrichy en son service, pourchassa le mariage de sa sœur, chose qui en rien ne luy appartenoit. — Aussi, dist Nomerfide, le plaisir n’est pas commun ny accoustumé qu'une femme de si grande maison espousast un gentil-homme serviteur. Si la mort est estrange, le plaisir aussi est nouveau, et d'autant plus grand qu’il a pour son contraire l’opinion de tous les sages hommes, et pour son aide le contentement d’un cueur plein d’amour et le repos de l’ame, veu que Dieu n’y est point offensé. Et quant à la mort, que vous dictes cruelle, il me semble, puis qu’elle est necessaire, que la plus briefve est la meilleure, car l’on sçait bien que ce passage-là est inevitable ; mais je tiens heureux ceux qui ne demeurent point longuement aux fauxbourgs, et'qui de la felicité qui se peut seule nommer en ce monde felfcité volent soudain à celle qui est eternelle. — Qu’appellez-vous les fauxbourgs de la mort? dist Simontault. — Ceux qui ont beaucoup de tribulations en l'esprit, ceux aussi qui ont esté longuement malades, et qui, par extremité et douleur corporelle ouspirituelle, sont venuz à despriser la mort et trouver son

heure trop tardive. Je dy que ceux-là ont passé par les fauxbourgs, et vous diront comme se nomment les hostelleries où ils ont plus crié que reposé, et que ceste dame ne pouvoit faillir de perdre son mary par mort; mais elle a esté exempte, par la colére de son frere, de veoir son mary longuement malade ou fasché, et elle, convertissant l’aise qu’elle avoit avec luy au service de Nostre Seigneur, se pouvoit dire bien heureuse. — Ne faictes-vous point cas, dist Longarine, de la honte qu’elle receut et de sa prison? — J’estime, dist Nomerfide, que ta personne qui aime parfaictement d’un amour joinct au commandement de son Dieu ne cognoist honte ne deshonneur, sinon quand elle deffault ou diminuë de la perfection de son amour : car la gloire de bien aimer ne cognoist nulle honte. Et, quant à la prison de son corps, je croy que, pour la liberté de son cueur, qui estoit'joincte à Dieu et à son mary, elle ne la sentoit point, mais estimoit la solitude tresgrande liberté : car qui ne peult veoir ce qu’il aime n’a plus grand bien que d’y penser incessamment, et la prison n’est jamais estroicte où la pensée se peult promener à son aise. — I] n’est rieh plus vray que ce que dit Nomerfide, dist Simontault; mais celuy qui feit ceste separation par fureur se devoit dire malheureux, car il offensoit Dieu, l’amour et l’honneur. — En bonne foy,.dist Guebron, je m’esbahis des differentes amours des femmes, et voy bien que celles qui ont plus d'amour ont plus de vertu; mais

celles qui en ont moins, se voulans feindre vertueuses, le dissimulent. — Il est vray, dist Parlamente, que le cueur honneste envers Dieu et les hommes aime plus fort que celuy qui est vicieux, et ne craint point que l’on voye le fond de sonintention. — J’ay tousjours ouy dire, dist Simontault, que les hommes ne doivent point estre . reprins de pourchasser les femmes : car Dieu a

mis au cueur de l’homme l’amour et la hardiesse pour demander, et en celuy de la femme la crainte et la chasteté pour refuser. Si l’homme, ayant usé des puissances qui luy sont données, a esté puny, on luy tient tort. — Mais c’est grand cas, dist Longarine, de l’avoir longuement loüé à sa sœur, et me semble que ce soit folie ou cruauté à celuy qui garde une fontaine de loüer la beauté de son eau à un qui languist de soif en la regardant, et puis le tuër quand il en veult prendre. — Pour vray, dist Parlamente, le frere fut occasion d’allumer le feu par ses douces paroles, qu’il ne devoit point esteindre à coups d’espée. — Je m'esbahis, dist Saffredent, pourquoy l’on trouve mauvais qu’un simple gentil-homme, n’usant d’autre force que de service, et non de suppositions, vienne à espouser une. femme de grande maison, veu que les philosophes tiennent que le moindre homme du monde vault mieux que la plus grande et vertueuse femme qui soit.

— Pource, dist Dagoucin, que, pour entretenir la chose publicque en paix, l’on ne regarde que les degrez des maisons, les aages des personnes

et les ordonnances des loix, sans priser l’amour et les vertuz des hommes, à fin de ne confondre point la monarchie. Et de là vient que les mariages qui sont faicts entre pareils, et selon le jugement des hommes et des parens, sont bien souvent si differens de cueur, de complexions et conditions, qu’en lieu de prendre un estat pour mener à salut, ils entrent aux fauxbourgs d’enfer. — Aussi en a l’on bien veu, dist Guebron, qui se sont prins par amour, ayans les cueurs, les conditions et complexions semblables, sans regarder à la difference des maisons et du lignage, qui n’ont pas laissé de s’en repentir : car ceste grande amitié indiscrette tourne souvent en jalousie et en fureur. — I] me semble, dist Parlamente, que l’un ny l’autre n’est louable, et que les personnes qui se soumettent à la volonté de Dieu ne regardent ny à la gloire, ny à l’avarice, ny à la volupté, mais pour une amour vertueuse, et du consentement des parties, desirent de vivre en l’estat de mariage, comme Dieu et nature l’ordonnent. Et combien qu’il ne soit aucun estat sans tribulation, si ay-je veu ceux-là vivre sans repentence. Et nous ne sommes pas si malheureux en cèste compagnie que nul de tous les mariez ne soit de ce nombre-là. » Hircan, Guebron, Simontault et Saffredent jurerent qu'ils s’estoient mariez en pareille intention, et que jamais ne s’en estoient repentiz. Mais, quoy qu’il en fust de la verité, celles à qui il touchoit en furent si contentes que, ne pouvans ouir un meilleur propos à leur gré,

se leverent pour en rendre graces et louange à Dieu, où les religieux estoient prests à dire vespres. Le service fini, s’en allerent soupper, non sans plusieurs propos de leur mariage, qui durerent tout le long du soir, racomptans leurs fortunes qu'ils avoient euës durant le prochats du mariage ; mais, pource que l’un rompoit la parole de l’autre, l’on n’a peu retenir les comptes tout du long, qui n’eussent esté moins plaisans à escrire que ceux qu'ils disoient dans le pré. Si estce qu’ils y prindrent grand plaisir, et s’y amuserent tant que l’heure du coucher fut plustost venuë qu'ils ne s’en apperceurent. Au moyen de quoy la dame Oisille, sentant l'heure de se retirer, donna occasion à la compagnie d’en faire autant, chacun fort joyeux de sa part, mesmes les mariez, qui ne dormirent pas si long temps que les autres, pource qu’ils employerent une partie de la nuict à racompter leurs amitiez passées, avec demonstration de la ptesente. Ainsi, la nuict se passa doucement jusques au matin.

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UAND le matin fut venu, ma dame Oiésille leur prepara un desjeuner spirituel 4 d’un si tresbon goust qu’il estoit suffi-

se, sant de fortifier le corps et l’esprit, où toute la compaignie fut fort ententive : en sorte qu’il sembloit bien n’avoir jamais oy sermon qui leur profitast tant. Et quand ils oyrent sonner le dernier coup de la messe, s’allerent exercer à la contemplation des saincts propos qu’ils avoient entenduz. La messe oÿe et s’estre un peu promenez, se meirent à table, se promettans la journée presente devoir estre aussi belle que les passées. Lors Saffredent leur dist qu’il voudroit que le pont demeurast encore un moys à faire, pour le plaisir qu’il prenoit à la bonne chere qu’ils faisoient. Mais l’abbé de leans y faisoit faire toute diligence à luy possible, pour ce que ce n’estoit pas sa consolation de vivre entre tant de gens de bien, pour la presence desquels ses

pelerines accoustumées n’alloient si privéement visiter ses saincts lieux. Et quand ils se furent reposez quelque temps aprés disner, ils retournerent à leur passe-temps accoustumé, et, ayans prins chacun son siege, demanderent à Parlamente à qui elle donneroit sa voix. « I] me semble, distelle, que Saffredent commenceroit bien ceste journée, car je ne voy point qu'il ayt le visage propre à nous faire plorer. — Vous serez doncques bien cruelles, mes Dames, dist Saffredent, si n'avez pitié d’un cordelier duquel je vous compteray l’histoire. Et encores que, par celles qu’aucuns d’entre nous ont recitées cy-devant, vous pourriez penser que ce sont cas advenuz à pauvres damoiselles dont la facilité de l’execution a faict sans crainte commencer l’entreprinse, si est-ce que, pour vous faire cognoistre que l’aveuglement de leur concupiscence leur oste toute crainte et prudente consideration, à ceste fin je vous diray ce qui advint en Flandres. »

DA NU ASS y

NOUVELLE QUARANTEUNIESME

Estrange et nouvelle penitence donnée par un cordelier confesseur à une jeune damoiselle.

À la paix entre luy etle Roy treschretien, de la part duquel s’y trouva sa mere madame Loyse de Savoye, estoit en la compaignie de Îadicte dame Marguerite la comtesse d’Aiguemont, qui emporta en ceste assemblée le bruit d’estre la plus belle de toutes les Flamandes. Au retour de ceste grande assemblée, s’en retourna la comtesse d’Aiguemont en sa maison, et, le temps des Advents venu, envoya en un convent de cordeliers demander un prescheur suffisant et homme de bien: tant pour prescher que pour confesser elle et toute sa compaignie. Le gardien chercha le plus digne qu’il eust de faire tel office, pour les grands biens qu’ils recevoient de la maison d’Aiguemont et de celle de Piennes, dont elle

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estoit. Eux, qui sur tous autres religieux desirent gaigner la bonne estime et amitié des grandes maisons, envoyerent un predicateur le plus apparent de leur convent, lequel tout le long de l’Advent feit tresbien son devoir, et avoit la comtesse grand contentement de luy. La nuict de Noël, que la comtesse vouloit recevoir son Createur, feit venir son confesseur, et, aprés s’estre confessée en une chappelle bien fermée, à fin que la conféssion fust plus secrette, laissa le lieu à sa dame d’honneur, laquelle, aprés s’estre confessée, envoya sa fille passer par les mains de son bon confesseur; et, aprés qu’elle eut dict tout ce qu’elle sçavoit, cogneut le beau-pere quelque chose de son secret qui luy donna envie et hardiesse de luy bailler une penitence non accoustumée, et luy dist : « Ma fille, voz pechez sont si grands que pour y satisfaire je vous baille en penitence de porter ma corde sur vostre chair toute nuë. » La fille, qui ne luy vouloit desobeir, luy dist : « Baillez-la-moy, mon pere, et je ne faudray de la porter. — Non, ma fille, dist le beaupere, il ne seroit pas bon de vostre main. Il fault que les miennes propres, desquelles vous devez avoir l’absolution, la vous ayent premierement ceincte; puis aprés vous serez absoulte de tous vos pechez. » La fille, se prenant à plorer, respond qu’elle n’en feroit rien. « Comment! dist le prescheur, estes-vous une hereticque qui refusez les penitences selon que Dieu et nostre mere saincte Eglise l’ont ordonné? — J’use de la

confession, dist la fille, comme l’Eglise l’a commandé, et veux bien recevoir l’absolution et faire la penitence; mais je ne veux point que vous y mettiez les mains, car en ceste sorte je refuse vostre penitence. — Par ainsi, dist le confeseur, ne vous puis-je aussi donner l’absolution. » La damoiselle se leva de devant luy ayant la conscience bien troublée, car elle estoit si jeune qu’elle avoit peur de faillir par le reffus qu’elle avoit faict au beaupere. Quand ce vint aprés la messe, que la comtesse d’Aiguemont eut receu le corpus Domini, sa dame, voulant aller aprés, demanda à sa fille si elle estoit preste. La fille, en pleurant, luy dist qu’elle n’estoit point confessée. « Et qu’avezvous tant faict avec ce prescheur? dist la mere. — Rien, respondit la fille, car, luy refusant la penitence qu’il m’a baillée, m’a aussi refusé l’absolution. » La mere $’en enquist si sagement qu’elle cogneut l’estrange façon de penitence que le beaupere vouloit bailler à sa fille, et, aprés l'avoir faicte confesser à un autre, receurent toutes ensemble. Et, si tost que la comtesse fut retournée de l’eglise, la dame d’honneur luy feit la plaincte du prescheur, dont elle fut bien marrie et estonnée, veu la bonne opinion qu’elle avoit de luy; mais son courroux ne la peult engarder qu’elle n’eust bien envie de rire, veu la nouvelleté de la penitence. Si est-ce que le rire n’empescha point aussi qu’elle ne le feit prendre et battre en sa cuisine, Où, à force de verges, il confessa la verité ; et aprés l’envoya pieds et mains liez à son

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gardien, le priant qu'une autre fois il baïllast commission à plus gens de bien de prescher la parole de Dieu.

« Regardez, mes Dames, si en une maison si honorable que celle-là ils n’ont point eu peur de declarer leur follie, qu’ils peuvent faire aux pauvres lieux où ordinairement ils vont faire leurs questes, où les occasions leurs sont presentées si faciles que c’est miracle quand ils en eschappent sans scandale. Qui me faict vous prier, mes Dames, de tourner vostre mauvaise estime en compassion, et pensez que celuy qui peut aveugler les cordeliers n’espargne pas les dames quand il les tient à propos. — Vrayement, dist Oisille, voilà un . bien meschant cordelier! Estre religieux, prestre et predicateur, et user de telle vilennie au jour de Noël, et en l’eglise, sous le manteau de confession, qui sont toutes circonstances qui aggravent le peché! — Comment! dist Hircan, pensez-vous que les cordeliers ne soient pas hommes comme nous et excusables, et principalement cestuy-là, se sentant seul de nuict avec une belle fille? — Vrayement, dist Parlamente, s’il eust pensé à la Nativité de Jésus Christ, qui estoit representée ce jour-là, il n’eust pas eu la volonté si meschante. — Voire mais, dist Saffredent, vous ne dictes pas qu’il tendoit à l’incarnation avant que de venir à la nativité. Toutes fois c’estoit un homme plein de mauvais vouloir, veu que pour si peu d'occasion il faisoit une si meschante entreprinse.

— Il me semble, dist Oisille, que la comtesse en feit si bonne punition que ses compagnons y pouvoient prendre exemple. — Mais à sçavoir, dist Nomerfide, si elle feit bien de scandaliser ainsi son prochain, et s’il eust pas mieux valu qu’elle luy eust remonstré ses faultes doucement que de les divulguer. — Je croy, dist Guebron, que c’eust esté bien faict, car il est commandé de corriger nostre prochain entre nous et luy avant que le dire à personne ne à l’eglise. Aussi, depuis qu’un homme est deshonté, à grand peine se peut-il jamais amender, par ce que la honte retire autant de gens du peché que la conscience. — Je croy, dist Parlamente, qu’envers un chacun se doit user le conseil de l'Evangile, sinon envers ceux qui le preschent et font le contraire : caril ne fault point craindre à scandaliser ceux qui scandalisent les autres; et me semble que c’est grand merite de les faire cognoistre tels qu’ils sont, à fin que nous nous donnions garde de leurs seductions à l’endroit des filles, qui ne sont pas tousjours bien advisées. Mais à qui donnera Hircan sa voix? — Puis que vous me le demandez, ce sera à vous-mesmes, dist Hircan, à qui nul homme d’entendement ne la doit refuser. — Or, puis que vous me la donnez, dist Parlamente, je vous en vay compter une dont je puis servir de tesmoing, et ay tousjours ouy dire que tant plus la vertu est en un subject debile et foible, assaillie de son tresfort et puissant contraire, c’est à l'heure qu’elle est plus louable et se monstre

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mieux telle qu’elle est : car, si le fort se deffend du fort, ce n’est pas cas esmerveillable ; mais, si le foible en a victoire, il en a gloire de tout le monde. Pour cognoistre les personnes dont je veux parler, il me semble que je ferois tort à la verité, que j’ay veuë cachée sous un si pauvre vestement que nul n’en tenoit compte, si je ne parlois de celle par laquelle ont esté faicts actes si honnestes qu’ils me contraignent les vous racompter.

NOUVELLE QUARANTEDEUXIESME

Continence d’une jeune fille, contre l’opiniastre poursuitte amoureuse d’un des grands seigneurs de France, et l’heureux succez qu’en eut la damoiselle.

#* N une des meilleures villes de Tou- * raine demeuroit un seigneur de grande # et bonne maison, lequel y-avoit esté S Knourry de sa grande jeunesse. Des perféctions, grace, beauté et grandes vertuz de ce jeune prince, ne vous en diray autre chose sinon qu’en son temps ne trouva jamais son pareil. Estant en l’aage de quinze ans, il prenoit plus

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