‹ L'Heptaméron des nouvelles, réimprimé par les soins de D. Jouaust avec une notice, des notes et un glossaireChapitre 10 sur 36 · SUR MARGUERITE D'ANGOULÈME XIX · texte numérisé non relu

SUR MARGUERITE D'ANGOULÈME XIX

tousjours dans son âme fort secrète, d'autant que le roy la haïssait fort ». Ce changement dans sa conduite, qui lur fut imposé par les embarras de sa position tant qu’elle resta en butte aux malignités de ses ennemis à la cour de France, n’indiquait pas que ses croyances eussent changé; son exemple eut pourtant de graves conséquences. « Le plus grand mal fut que la plus part des grands commença lors de s’accommoder à l’humeur du roy, et peu à peu s’esloignèrent tellement de l’estude des saintes lettres que finalement ils sont devenus pires que tous les autres; voire mesme da reyne de Navarre commença de se porter tout autrement, se ployant aux idolastries comme les autres, non pas qu'elle approuvast telles superstitions en son cueur, mais d’autant que Ruffi (c’est le même que Roussel);et autres semblables lui persuadoient que c’estoient choses indifférentes!. » Elle se vit ainsi exposée aux défiances et aux injustes récriminations de ceux-là mêmes qui lui devaient dix ans de tolérance et d’impunité. ;

Mais, aussitôt qu’elle se fut retirée dans sa principauté de Béarn, elle ne dissimula plus ses opinions religieuses : elle avait alors auprès d’elle Calvin, Marot et autres novateurs, qui toutefois ne se crurent point en sûreté à la cour de Pau et qui passèrent bientôt en Piémont, car ils se défiaient def intentions du roi de Navarre à leur égard. Celui-ci, d’ailleurs, gardait rancune à Marot, que la poésie avait peut-être mené trop avant dans les bonnes grâces de Marguerite, et qui, en tous cas, affichait indiscrètement lestime particulière qu’on n’accordait qu’à sa belle science. Certes, il fallait que Clément Marot fût bien certain de ne pas déplaire à la reine de Na-

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