SUR MARGUERITE D'ANGOULÈME XVII
Miroir de l’âme pécheresse, avec cette épigraphe empruntée au Psalmiste : « Seigneur Dieu, crée en moi un cœur net! » Elle l’avait fait imprimer dans sa ville d’Alençon, en 1531, par Simon Dubois. La réimpression de ce traité de morale, faite deux ans après à Paris, fut censurée par les Sorbonnistes comme renfermant des propositions et des tendances contraires à la religion catholique romaine. Mais, par ordre du roi, Nicolas Cop, recteur de l’Université, désavoua cette censure et l’excusa néanmoins, en disant que le livre avait paru sous le voile de l’anonyme et sans lapprobation de la Faculté de théologie. Le fougueux Noël Beda, qui osa signer la condamnation de l’ouvrage de la sœur du roi, avait tellement échauffé les esprits contre la protectrice des sectaires que les écoliers du collége de Navarre, de concert avec leurs régents, jouèrent une farce dans laquelle Marguerite était transformée en Furie d’enfer. François [** ne pouvait souffrir qu’on insultât publiquement sa mignonne : il envoya des archers de sa garde pour arrêter les coupables, et ceux-ci, élèves et maîtres, repoussèrent à coups de pierres les gens du roi. Ils n’obtinrent leur pardon qu’aux instances de la généreuse princesse qu’ils avaient représentée sous les traits d’une Furie!.
Elle aurait peut-être gagné à la cause de la Réforme François Ier lui-même, qui se laissait entourer des partisans de ces novelletés et qui leur prêtait une oreille favorable, si l'affaire des placards n’eût contraint le roi de se proclamer le vengeur et l’appui du catholicisme dans son royaume. Une nuit du mois de novembre 1534, des
1. Théodore de Bèze, Histoire ecclésiastique des Églises réformées.
placards injurieux contre l’Eucharistie furent affichés aux portes des églises et dans les rues de Paris. François Ier eut la faiblesse de satisfaire à lindignation du peuple, en sacrifiant six luthériens qui furent brûlés vifs sur la place de l’Estrapade, et en prenant l’engagement solennel d’anéantir les hérétiques, dans le temps même qu’il négociait secrètement avec les protestants de la Ligue de Smalkalde, et lorsqu'il paraissait disposé à entendre la parole du grand Mélanchthon. Dès ce moment, le crédit de la reine de Navarre ne fut plus suffisant pour couvrir ses amis; elle leur conseilla seulement d’aller se cacher en Béarn, et, pendant que Rabelais, Marot, Dolet, Des Periers, échappaient aux poursuites de l’inquisition sorbonique, elle eut besoin de compter sur la tendresse de son frère pour oser demeurer ellemême à la cour de France, où ses ennemis triomphants voulaient la perdre ou l’abreuver de chagrin. « Le connestable de Montmorency, en sa plus grande faveur, discourant de ce faict un jour avec le roy, ne fit difficulté ni scrupule de lui dire que, s’il vouloit bien exterminer les hérétiques de son royaume, il falloit commencer à sa cour et à ses plus proches, lui nommant la reyne sa sœur. À quoy le roy respondit : « Ne parlons pas de « celle-là, elle m'aime trop; elle ne croira jamais que ce « que je croiray, et ne prendra jamais de religion qui « préjudicie à mon Estat !. »
Marguerite était vraiment attachée à la religion de Luther; « mais, pour le respect et amour qu’elle portoit au roy son frère, qui l’aimoit uniquement et l’appeloit toujours sa mignonne, elle n’en fit jamais aucune profession ni semblant; et, si elle la croyoit, elle la tenoist
1, Brantôme,