‹ L'Heptaméron des nouvelles, réimprimé par les soins de D. Jouaust avec une notice, des notes et un glossaireChapitre 11 sur 36 · Théodore de Bèze · texte numérisé non relu

Théodore de Bèze

varre, en se déclarant son favori, pour oser lui adresser les vers suivants :

Tous deux aymons gens pleins d’honnesteté, Tous deux aymons honneur et netteté,

Tous deux aymons à chascun ne medire, Tous deux aymons un meilleur propos dire, Tous deux aymons à nous trouver en lieux Où ne sont point gens mélancolieux,

Tous deux aymons la musique à chanter, Tous deux aymons les livres fréquenter :

Que diray plus? Ce mot-là dire j'ose :

Je te diray que, presque en toute chose, Nous ressemblons, fors que j’ay plus d’esmoy Et que tu as le cœur plus dur que moy.

Henri d’Albret, offensé des relations presque familières qui existaient entre la reine et ses domestiques !, la traitoit très-mal, et eust encore fait pis, sans le roy François, son frère, qui pârla bien à lui, le rudoya fort et le menaça pour honorer sa femme et sa sœur, veu le rang qu’elle tenoit 2. Un jour, ayant été averti qu’on faisait le prêche dans la chambre de Marguerite, « il y entra, résolu de chastier le ministre, et, trouvant que l’on l’avoit fait sauver, les ruines de sa colère tombèrent sur sa femme, qui en reçut un soufflet, luy disant : Madame,

1. Sans admettre, sur la foi de la tradition, que la reine de Navarre soit la Marguerite célébrée dans les poésies de Clément Marot, qui l’appelle sa sœur d’alliance, on est forcé de reconnaître, au ton des vers qu’ils s’adressaient l’un à l’autre, l’existence d’une grande familiarité entre éux.

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